Yves Meynard et Élisabeth Vonarburg, Chanson pour une sirène (SF)

Yves Meynard et Élisabeth Vonarburg

Chanson pour une sirène

Hull, Vents d’ouest (Azimuts), 1995, 94 p.

La première chose qui frappe au sujet de ce livre, c’est… sa longueur. À quatre-vingt-quatorze pages, il s’agit ici bien plus d’une novella que d’un roman proprement dit.

Mais si le nombre de pages est réduit, les idées, elles, ne manquent pas. Dans un futur moyennement avancé, la calotte glaciaire a fondu et une bonne fraction des terres actuelles – dont une grande partie de Montréal – se retrouve maintenant sous l’eau. (La ressemblance avec Waterworld, je vous le promets, s’arrête là !) Les stations orbitales ont été démantelées, les manipulations génétiques interdites, le taux de natalité est à la baisse et l’économie ne va pas trop bien non plus. À l’avant-plan de ce décor pas très amusant se dresse Antoine, jeune Montréalais, qui a comme métier occasionnel de faire visiter les ruines englouties de la métropole aux touristes. Or voici donc qu’une journée, une femme intrigante lui demande ses services…

En dire plus serait priver de découvertes le lecteur prospectif. Si quelques détails manquent ou ne sont guère convaincants, ce brave nouveau monde submergé est en général à point. Question style, l’auteur « virtuel » créé par Yves Meynard et Élisabeth Vonarburg écrit de façon remarquablement constante. Une fois passées les premières pages plutôt confuses, la prose est plus divertissante qu’on aurait pu le croire. Le rythme est parfait, les choses bougent, les événements se succèdent… Avant même qu’on ait eu le temps de s’ennuyer, on est déjà parvenu à la fin. La longueur initialement décevante du livre convient donc parfaitement à l’histoire, une histoire qui, malgré les décors originaux, devient quand même assez linéaire une fois que l’on a saisi ce qui se passe. Pour tous les raffinements stylistiques, on a parfois l’impression, surtout lors de la confrontation avec l’antagoniste, d’assister à un film de SF des années cinquante (ricanements sadiques de l’antagoniste non-inclus).

Mais peu importe : une grande partie du charme du livre repose sur ses deux protagonistes adéquatement sympathiques. La science semble être du type « discrète mais au point », à l’exception malheureuse de détails informatiques vers la toute fin qui sont plus inutiles que convaincants.

Un bon divertissement, cependant, que cette chanson pour une sirène. Les personnages, décors, et le style agréable plairont à plusieurs. Bravo à la maison hulloise Vents d’ouest pour avoir risqué cet ouvrage.

Christian SAUVÉ

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