Archives de catégorie : Critiques

Critique de la semaine : Démesure (Inaccessibles -3), de Katharine McGee

Katharine McGee

Démesure (Inaccessibles -3)

Neuilly-sur-Seine, Michel Lafon, 2019, 340 p.

Nous connaissions déjà, entre autres, les romans La Maison aux mille étages (1928) de Jan Weiss, La Tour de verre (1970) et la série de nouvelles Les Monades urbaines (1970-71) de Robert Silverberg. Voici le gratte-ciel de mille étages qui se dresse en 2118 à Manhattan, cadre de la trilogie de Katharine McGee dont c’est la conclusion. La Tour s’effile sur quatre kilomètres jusqu’à sa pointe comprenant un seul appartement, propriété d’une famille ultra-riche. C’est une ville complète avec des rues, un système d’ascenseurs, des commerces, des hôtels, des places, des musées, des parcs, des restaurants, des lieux de rencontre et de culte, des salles de spectacles, des locaux scolaires et universitaires, des hôpitaux, des commissariats de police, etc. Un monde en soi dont les drames et les injustices sont ici exposés.

Ce volume final est inséparable des précédents et il serait impensable d’en parler séparément. Ils constituent un seul et même roman dont les intrigues sont (con)centrées sur la Tour. Elle se compose de matériaux composites de carbone ultra résistant usinés en apesanteur, mais quelles sont ses dimensions à sa base ? Et surtout, l’extérieur est vague. Quel type de société l’a produite ? Capitaliste, certes, sans doute ultralibérale, mais encore ? À peine des événements passés et l’actualité sont-ils mentionnés, comme s’ils n’avaient aucun intérêt : le réchauffement climatique a été maîtrisé, la monarchie anglaise abolie, la majeure partie de l’Islande engloutie. Çà et là surnagent épars des éléments super-scientifiques : la Lune et Mars sont colonisés – mais jusqu’à quel point ? –, la météorologie est en partie contrôlé, etc.

Nous apprenons encore qu’un personnage s’est fait illégalement greffer pour l’assister dans son ascension sociale une intelligence artificielle qu’il finira par rejeter, qu’un autre est le produit d’une coûteuse manipulation des gènes de ses richissimes parents pour lui conférer une beauté presque surhumaine qui ne fera que lui nuire. Néanmoins, leur caractère exceptionnel n’apporte rien de véritablement déterminant dans ce pur prolongement de la société ultralibérale du XXI° siècle où ils évoluent avec d’autres plus ordinaires, plus attachants ou plus détestables. Mais tous sont adolescents et non moins aliénés par cette Tour, véritable thermomètre social dont les graduations trahissent le niveau économique des habitants : les riches vivent en haut, les pauvres en bas. C’est un des drames qui irriguent la trilogie. Cet empilement est le seul vrai changement.

Ce n’est pourtant qu’accessoirement de la SF sociologique. Si la Tour demeure le cadre immanent, il n’est guère développé, comme si K. McGee ne s’y intéressait que pour décortiquer – non sans adresse, il est vrai – de banales et souvent mesquines intrigues et des états d’âme d’adolescents. Ceux-ci, à cause de leurs pulsions amoureuses ou autres, jouent avec le feu au point, pour plusieurs, d’y perdre la vie, à l’image de séries télévisées à succès (il est d’ailleurs question d’une telle adaptation). Aliénée par son propre univers, l’autrice se limite à prolonger la peinture de la jet-set actuelle aux secrets inavouables qui font chuter certains et où s’immiscent des arrivistes plébéiens. Et surtout elle s’adresse aux jeunes comme s’ils n’étaient pas concernés par l’avenir architectural de l’humanité. D’où l’adroite mais immense superficialité de la trilogie.

Jean-Pierre LAIGLE

Critique de la semaine : La Forêt des araignées tristes, de Colin Heine

Colin Heine

La Forêt des araignées tristes

Chambéry, ActuSF (Les Trois Souhaits), 2019, 488 p.

J’ai une confession à faire : je lis rarement de mauvais livres. Pourquoi ? Parce que chaque fois que j’aborde un nouveau livre, j’ai une raison de le faire. Soit je connais l’auteur, soit on me l’a conseillé, soit la thématique me rejoint… Lorsque j’ai reçu La Forêt des araignées tristes, j’ai d’abord pensé qu’il s’agissait d’une erreur. Avant d’écrire au coordonnateur de Solaris pour le lui faire remarquer, je suis allé voir mes courriels envoyés. Et, oui, j’avais bien demandé ce livre. Pourtant, encore maintenant, je n’en ai aucun souvenir. Est-ce le titre poétique qui m’a intrigué ? La superbe couverture ? La thématique steampunk ? Aucune idée.

Cela dit, je vous rappelle que j’ai dit d’entrée de jeu que je lis rarement de mauvais livres… et le roman de Colin Heine ne fait pas exception.

Ce roman, le premier de l’auteur Colin Heine, fait partie des pépites de l’Imaginaire 2019 avec Chevauche-brumes de Thibaud Latil-Nicola (Mnémos) et Opérations Jabberwock de Nicolas Texier (Moutons Électriques).

L’auteur, un Français qui vit maintenant en Autriche où il enseigne l’allemand, provient du jeu de rôle et cela paraît dans ce premier roman. En effet, on voit le souci du détail dans la création de cet univers riche. L’action se déroule dans un monde englouti par la vape, un brouillard mystérieux aux propriétés presque magiques, à la fois source d’ennuis et de pouvoirs. Des créatures étranges y prennent naissance, la plupart non répertoriée. L’humanité est confinée dans des poches protégées de la vape. La période est propice aux grandes aventures puisque la tension monte entre deux grandes puissances : la Germanie et la Gallande.

Le personnage principal, Bastien, est paléontologue. Il se spécialise dans l’étude des créatures étranges. Issu d’une famille riche, il a un caractère un peu naïf et s’abandonne souvent à l’oisiveté. Seulement, lorsqu’il survit à un attentat qui a les apparences d’un accident, il se retrouve pris dans les engrenages d’une affaire d’espionnage qui le dépasse. Cela l’amène à croiser une société secrète d’Assassins, une agence de détectives aux méthodes douteuses et des créatures cauchemardesques. Le tout dans un monde où le merveilleux fait partie du quotidien avec des machines volantes gigantesques et des gargouilles qui jouent le rôle de taxi.

Il sera appuyé par Ernest, un explorateur, qui effectue des expéditions dans les Vaineterres, des zones perdues dans un océan de vape. Parmi ses alliés, il faut aussi compter sur Agathe, sa domestique et, plus tard, sur Angela, une jeune femme qui a dû quitter la Germanie.

Le livre est séparé en trois sections de longueur similaire. Dans un premier temps, on pose les personnages, on découvre l’univers, on met en place l’intrigue. Cette section regorge de belles trouvailles et de bonnes idées. Par contre, elle pèche par un manque de rythme et par un personnage principal trop mollasson. Heureusement, ses acolytes sont nettement plus actifs et intéressants.

La deuxième partie, clairement la plus intéressante du livre, nous plonge dans l’action. Les nombreux rebondissements tiennent le lecteur en haleine. La motivation de certains personnages (surtout du côté des méchants) est à peine esquissée, pourtant le rythme du récit parvient à faire oublier les quelques défauts de cette section.

Puis arrive la conclusion. Ici, le bât blesse. On a un huis clôt sur le Gigantique, un dirigeable format géant qui est presque une ville en soi. Les retournements de situation sont un peu répétitifs et en deviennent prévisibles et on termine le livre avec beaucoup trop de questions en suspens.

L’auteur a du souffle et de l’ambition. D’ailleurs, c’est peut-être cette ambition qui a un peu plombé ce premier roman. À trop vouloir en faire, il part dans toutes les directions. Il aurait gagné à resserrer son intrigue et à mieux développer ses personnages. Cela dit, j’ai beaucoup aimé ma lecture, car l’auteur a un style fort agréable et efficace avec une dose bienvenue d’humour.

De plus, c’est un univers que j’aimerais revisiter. Il y a plusieurs histoires esquissées – comme la révolte des ouvriers et les conflits politiques – qui pourraient être développées dans une autre œuvre. Il y a aussi les Vaineterres qui mériteraient une exploration plus approfondie.

Au final, si La Forêt des araignées tristes n’est pas un livre parfait – il y en a si peu de toute façon – j’ai pu y découvrir un auteur qui a une voix que j’ai bien hâte de voir s’affiner au fil du temps.

Pierre-Luc LAFRANCE

Critique de la semaine : Les Noces de la renarde, de Floriane Soulas

Floriane Soulas

Les Noces de la renarde

Paris, Scrineo, 2019, 588 p.

1467, forêt d’Izumi. Hikari nourrit un intérêt clandestin pour les villageois qui ont élu domicile au pied de la montagne sacrée. Appartenant à un clan de kitsunes, déesses-renards du folklore japonais, Hikari est assujettie à des traditions millénaires qui prohibent toutes formes de relations entre les êtres humains et les divinités. Sa curiosité importune laissera lentement place à une passion tragique lorsque son chemin croisera celui de Jun, un jeune bûcheron. 2016, ville de Tokyo. Mina, lycéenne, s’isole de ses pairs à cause de son don de double vue. À côté de notre réalité, elle en distingue une autre, peuplée de yokais, esprits et créatures fantastiques qui hantent les rues de la mégalopole et les âmes de ses habitants. Lors d’une sortie scolaire au Fushimi Inari Taisha, sanctuaire shinto, Mina s’éloignera de son groupe et apercevra un être étrange dans le sous-bois : un renard « au sourire sardonique » et aux « cinq appendices agités ».

Toute la spécificité des Noces de la renarde repose sur cette narration croisée, qui glisse à travers deux espaces-temps distincts. Quels fils peuvent bien réunir le destin de ces deux femmes séparées par des siècles de distance ? Le lecteur est hameçonné ; cherche les indices ténus qui se dissimulent à la frontière des deux récits. Sa quête se transformera rapidement en un troublant jeu de miroirs, dont la forme n’est pas sans rappeler Kafka sur le rivage, du célèbre écrivain japonais Haruki Murakami. Comme Kafka et Nakata, dont les actes et les pensées deviendront indissociables, les vies d’Hikari et de Mina se font écho. La même solitude repose en elles, la même recherche de liberté. Malgré son amour pour elles, Hikari est seule au milieu de ses sœurs. Portée par un esprit de modernité, elle veut croire que le mur érigé entre le monde des hommes et des yokais n’est pas indestructible. Malgré Ino, la hargneuse cheffe du clan qui n’attend qu’une erreur de sa part pour la mettre à mort, malgré le poids des lois ancestrales et de la famille, Hikari vivra parmi les mortels. Elle rejettera son passé et son identité pour pouvoir connaître leurs labeurs, leurs corps, leur amour et leur mort. Mina, elle, est seule parmi les êtres humains et les esprits. Un pied dans chaque monde, elle n’appartient à aucun des deux. Elle se tient à l’écart de ses camarades de peur de ce que son don pourrait lui révéler, et rejette le moindre contact des yokais pour tenter de s’ancrer dans un semblant de normalité. Mina a construit sa propre cage et en assure la surveillance constante. Pourtant, sa sensibilité et sa volonté d’émancipation auront raison de sa résistance. Elle répondra à l’appel à l’aide de Natsume, une autre élève, et la suivra dans sa traque d’un tueur en série de yokais. Alors qu’Hikari, des siècles plus tôt, délaisse l’existence magique des kitsunes et apprend les us et coutumes de simples villageois, Mina pénètre délibérément dans l’univers terrifiant des spectres, dissimulés dans la pénombre de Tokyo, et de son cœur.

Ce chassé-croisé, entre présent et passé, enfermement et émancipation serait une totale réussite sans quelques maladresses stylistiques. Si le souci de Floriane Soulas à décrire la forêt d’Izumi ou le temple shinto au début du roman participe d’une volonté poétique d’en magnifier le caractère sacré, les descriptions des personnages secondaires tendent à sombrer dans le cliché ou le convenu. Eri, une médium qui viendra en aide à Mina, est présentée comme « irradiant littéralement de beauté » et « [rayonnant] comme un soleil ». Les vampires larmoyants de Twilight, brillants comme des diamants sous le soleil, ne semblent pas bien loin… Beaucoup d’analogies apparaissent comme des prétextes pour combler un vide descriptif et ne servent finalement qu’à encastrer certaines figures dans une imagerie archétypale. Une femme des neiges est ainsi habillée d’« un long kimono blanc », qui dissimule « sa peau transparente et le réseau de veines bleues palpitant en dessous ». Comme si à la neige, on ne pouvait associer que la blancheur spectrale et un froid bleuté. Dans cette œuvre dont le nœud est la complexité des deux protagonistes et des liens qui les unissent, la pauvreté du style, parfois, en décrédibilise le contenu et nuit à sa richesse thématique.

À travers ce deuxième roman, l’auteure semble donc encore à la recherche de ses propres images originales. Aux descriptions convenues, s’opposent cependant ses atmosphères angoissantes. La lune, « rictus narquois » du ciel nocturne, prend ainsi vie, suivant Mina des yeux, « prête à la dévorer ». Elle incarne la métaphore d’une présence visqueuse qui poursuit la protagoniste sans relâche. Le jour, les lieux et les objets se couvrent d’une inquiétante étrangeté ; les rues et les trottoirs alimentent un terrible sentiment d’oppression ; sortir de chez soi devient un acte dangereux. Hantée, Mina éprouvera de plus en plus de difficulté à distinguer les esprits des êtres de chair. Un gros chat de ruelle risque ainsi à tout instant d’afficher « un sourire plein de crocs pointus » et de se métamorphoser en bakeneko, félin de ses cauchemars, déformé, gigantesque, prêt à aspirer son âme au travers de ses promesses fallacieuses.

C’est donc à une véritable odyssée dans le Japon des légendes que nous convie Floriane Soulas, entre poésie douce-amère et cruauté raffinée. Là-bas, les créatures improbables fleurissent – kitsunes et bakeneko n’en sont que de minces exemples – et rien n’est jamais tel qu’il paraît être.

Attention, lecteur : les simples mortels ne sont pas autorisés à assister aux Noces de la renarde. Dissimule-toi dans la végétation dense de la forêt d’Izumi pour ne pas être vu des kamis. Contemple la procession nuptiale, la douce fourrure de la renarde, ses yeux profonds comme des abîmes, éperdus d’amour. Sous un ciel d’azur sans nuage, la pluie se mettra à tomber. Kitsune no yomeiri.

Anaïs PAQUIN

Critique de la semaine : L’Homme griffonné (Les Enfants de D’Hara -1), de Terry Goodkind

Terry Goodkind

L’Homme griffonné (Les Enfants de D’Hara -1)

Paris, Bragelonne, 2019, 119 p.

Terry Goodkind est reconnu pour son cycle de plusieurs volumes L’Épée de vérité, mais pas toujours pour la qualité de sa prose et la profondeur de ses personnages. Après quelques incursions dans le roman d’espionnage et une série « spin-off » sur l’un des personnages les plus adulés de son « magnum opus », voilà que l’auteur revient aux deux principaux protagonistes de L’Épée de vérité, Richard et Kahlan, dans une série de novellas, Les Enfants de D’Hara, dont L’Homme griffonné constitue le premier volume. Bien que les quelques œuvres que j’aie lues de cet auteur ne m’aient pas emballé outre mesure, j’étais curieux de connaître ses capacités dans le format court. Ce dernier permet-il de gommer les défauts des précédentes œuvres de Goodkind en allant à l’essentiel ? Réponse : plus ça change, plus c’est pareil.

À la fin de Le Cœur de la guerre, Richard et Kahlan ont réussi à instaurer la paix dans l’empire de D’Hara. S’efforçant d’accomplir au mieux leurs fonctions respectives de Sourcier et de Mère inquisitrice, les deux protagonistes tiennent dorénavant une assemblée quotidienne dans leur salle du trône pour écouter les demandes de leur peuple. Un jour, un homme appelé Nolodondri se présente à eux et affirme que la Déesse d’or détruira leur monde s’ils refusent de capituler. Kahlan décide de prendre l’homme à part pour l’interroger, mais se fait attaquer par une créature qu’elle surnomme l’homme griffonné. Entre temps, Shale, une magicienne-voyante, indique à Richard que sa douce moitié est en danger et qu’il n’y a qu’elle qui puisse la sauver. Le mystère s’épaissit, tandis que la violence se déchaîne dans le château. Bien vite, le couple apprend qu’il est voué à mourir en même temps que son monde, car le Sourcier et la Mère Inquisitrice n’ont aucune descendance.

Rendons d’abord à César ce qui est à César : en dépit de tous les défauts que l’on puisse trouver au style de Goodkind, celui-ci s’avère relativement fluide. L’Homme griffonné, comme toutes les autres œuvres de l’auteur, se lit aisément. L’univers dans lequel évoluent Richard et Kahlan est riche et donne envie aux lecteurs de poursuivre leur lecture pour en découvrir davantage. Goodkind s’essaie même au huis clôt, sans trop de heurts puisque le format court s’y prête bien.

Malheureusement, là s’arrêtent les points positifs de cette novella. Les personnages, bien qu’ils soient décrits avec moult détails, ne possèdent pas de personnalité propre. Ils ne s’avèrent que des archétypes, parfois même des stéréotypes, au service de l’intrigue. Le lecteur attentif apercevra les ficelles plutôt lâches de l’intrigue, dans laquelle l’auteur confond grandeur avec grand-guignolesque. Le texte semble d’ailleurs avoir déjà mal vieilli, comme si Goodkind l’avait écrit dans les années 1990, à ses débuts : le héros utilise la force pour sauver sa demoiselle en détresse, les discussions des personnages féminins tournent pour la plupart autour de l’amour qu’éprouve Kahlan pour Richard, les femmes ne sont bien souvent que des faire-valoir de Richard, etc. L’auteur affirme mettre en scène des femmes fortes, mais rappelons qu’il ne suffit pas de le dire et d’avoir une femme comme personnage principal pour que ce soit le cas. Les Mord-Sith, quant à elles, ne sont que de vulgaires potiches qui auraient très bien pu être supprimées de l’intrigue tant elles n’y apportent rien. Le format bref ne se prêtait donc pas à une pléthore de personnages, peu développés d’autant plus.

L’univers, pour sa part, aurait mérité d’être davantage exploité. Avec l’homme griffonné, l’auteur aborde le thème des peurs d’enfance, sans aller plus loin que d’indiquer que cette créature se cache sous le lit des enfants. Nous savons que le monde de Richard et Kahlan est magique, au contraire d’autres mondes (celui dans lequel nous vivons, où Richard a, par le passé, envoyé certaines personnes qui ne voulaient plus avoir affaires à la magie), mais le transfert d’un monde à l’autre est un concept qui n’est jamais véritablement expliqué.

En ce qui concerne le style, il abonde de points de suspension inutiles en plus d’être verbeux. Quant aux dialogues, très nombreux, ils sont plaqués et ne servent qu’à véhiculer l’information aux lecteurs. L’auteur s’évertue à dire plutôt qu’à montrer, à croire qu’il n’ait rien appris de ses erreurs, même avec plus d’une vingtaine d’œuvres à son actif.

En somme, L’Homme griffonné est une novella qui s’oublie aussi vite qu’elle se lit. À réserver aux inconditionnels de l’auteur.

Mathieu ARÈS

Critique de la semaine : Bios, de Robert Charles Wilson

Robert Charles Wilson

Bios

Chambéry, ActuSF (Perles d’épice), 2019, 301 p.

Ceux qui ont lu Deathworld (tr. Les Trois Solutions ou Le Monde de la mort, 1960) de Harry Harrison trouveront une certaine parenté avec Bios. Il y est en effet question d’une planète dont la vie autochtone est violemment hostile à la présence humaine et s’oppose par tous les moyens biologiques à son enracinement. Au point qu’Isis est le personnage principal et immanent – dans le sens propre comme quasi-mystique du terme – de ce roman qui conte la dernière tentative de colonisation à sa surface et son échec total. C’est le récit d’une lutte inexpiable.

Le second personnage – procédé narratif nécessaire pour expliciter l’action bien qu’elle soit à la troisième personne – est Zoé Fisher, dernier atout pour imposer la présence terrienne à ce monde qui refuse si obstinément d’être exploité : ses bases doivent être isolées hermétiquement de l’environnement extérieur pour empêcher le moindre germe – ils sont tous mortels – de s’y infiltrer et d’en contaminer les habitants. En plus de l’équipement extérieur, son corps a en effet été traité pour y résister : des organes et des glandes synthétiques lui ont été implantés.

Mais, quoique Zoé se sente d’abord en communion avec cette planète mortelle à laquelle elle a été artificiellement adaptée et avec qui elle se révèle à la fin capable de communiquer mentalement, elle y est foncièrement étrangère. Alors que la vie terrestre s’est développée sous la forme d’individualités, la biosphère isidienne – comme dans le reste de la Galaxie – constitue une entité planétaire unitaire. Malgré son désir de s’y fondre, la jeune femme demeure l’expression d’un système biologique anormal et incompatible et elle en mourra.

Un autre antagonisme véhiculé par le roman est le cadre que tentent d’importer les colonisateurs. Ils sont le produit d’une société où l’ultra-libéralisme l’a emporté et s’impose par l’intermédiaire de familles ploutocratiques qui traitent une humanité souffrante en outils gouvernés et modelés cyniquement selon leurs besoins dans tout le Système Solaire. Zoé elle-même en est la victime. Une justification de plus du rejet par Isis. Le lecteur approuvera ou non ces appréciations sur la culture et de la biologie terrestres mais y trouvera un passionnant sujet de réflexion.

Jean-Pierre LAIGLE

Critique de la semaine : Réjouissez-vous, de Steven Erikson

Steven Erikson

Réjouissez-vous

Nantes, L’Atalante (La Dentelle du cygne), 2019, 506 p.

Réjouissez-vous ! Toutes nos souffrances tirent à leur fin. Les coupes à blanc dans l’Amazonie viennent d’être stoppées net. Les poissons passent au travers des filets des pêcheurs industriels. Les troupeaux de bisons, élevés pour leur viande musquée, ont recouvré leur liberté et reconquièrent les plaines américaines. Les armes à feu font autant de dommage que des fusils jouets. Les femmes battues peuvent quitter leurs bourreaux sans craindre d’y laisser la vie. Les coups, les meurtres, les viols ressemblent chaque jour davantage à des cauchemars dont nous nous sommes enfin réveillés. Le sang sera bientôt un lointain souvenir. La paix vient d’arriver sur Terre.

Serait-ce une utopie que nous propose Steven Erikson ? L’espoir d’un avenir heureux pour l’humanité qui s’entre-déchire et notre planète au bord de l’implosion ? Pourtant, ce futur idéal n’est point né de la volonté d’un gouvernement élitiste comme l’écrivait Platon dans sa Républiqueet ne concerne pas seulement un pan privilégié de la race humaine. Dans Réjouissez-vous, l’utopie tombe sur l’ensemble des Terriens sans qu’ils s’y attendent, comme quelque catastrophe naturelle impossible. Du jour au lendemain, les forêts, les jungles et les océans se voient protéger d’un champ de force qui empêche l’exploitation des ressources. Non content de réprimer l’industrie, ce champ de force, que l’on ne peut que qualifier d’intelligent, annihile toutes formes de violence entre les êtres humains. Notre colère, notre haine, notre brutalité se retrouvent ainsi privées d’un de leurs principaux exutoires : l’agression.

Pour Erikson, l’utopie, la paix universelle qu’elle apporte ne peut qu’être imposée à l’humanité. Et certainement pas par d’autres humains, et encore moins par un gouvernement. L’optimisme que l’on ressent initialement en découvrant les populations du globe lentement tirées vers la lumière cache une vérité beaucoup plus sombre. Sans l’intervention d’une main céleste, presque divine, nous sommes condamnés. Ici, ce sont trois civilisations extraterrestres, possédant un savoir et une technologie incommensurables, qui se proposent de sauver la Terre et, accessoirement, notre espèce. La plupart des personnages se méfient de l’ingérence d’E.T. Certains la perçoivent comme une atteinte fondamentale à leur libre arbitre. D’autres cherchent des manières d’en tirer profit. Les instances de pouvoir se retrouvent paralysées. Incapables d’avancer dans un monde où le capitalisme fait naufrage.

L’humain ne serait ainsi qu’un enfant turbulent, condamné au suicide s’il n’est pas dirigé par une main de fer et surveillé par un œil omnipotent. Si ce constat semble vraisemblable en regard de la folie de nos politiciens et des catastrophes écologiques, toujours plus nombreuses et dévastatrices, sa mise en texte souffre de certaines longueurs et incohérences. En tentant de dresser le portrait d’une multitude de personnages, Erikson reste à la surface de leur psyché : nous n’avons pas accès à leurs véritables émotions, celles qui les rendraient vraiment vivants, qui nous feraient momentanément oublier qu’ils ne sont que des êtres de papier. La majorité des protagonistes connaissent une évolution psychologique similaire, passant par l’incrédulité première, l’incompréhension et un profond sentiment d’impuissance. Vient le regret du passé, voire une froide colère devant ce nouveau monde. Ne trouvant pas de défouloir, la rage se transforme en ennui, l’homme ne sachant pas comment vivre s’il n’a pas à travailler pour gagner son pain. S’ensuit un éveil spirituel, qui permettra même aux batteurs de femme et aux meurtriers de trouver la paix intérieure, d’apaiser l’enfant en larmes qu’ils portent en eux. La lecture devient rapidement lourde, comme si on lisait dix fois la même histoire.

Luttant déjà contre l’ennui qui nous envahit au fil des pages, nous peinerons parfois à nous immerger pleinement dans le monde construit par Erikson. Si, dans le pacte de lecture que nous passons avec l’auteur, nous acceptons de bonne foi l’intrusion des extraterrestres dans nos existences, il est parfois difficile de croire entièrement à leur omniscience. Devant les champs de force, l’intelligence artificielle quantique et la génération spontanée de bâtiments gigantesques, les explications données restent bien sommaires. En essayant de décrire l’ampleur de la transformation vécue par l’espèce humaine, l’auteur confond à certains moments la quantité d’informations avec la qualité. C’est un futur bien prometteur que celui dans lequel la famine a été vaincue et dans lequel les maladies disparaissent, mais sans vraisemblance, nous ne pouvons que le qualifier d’utopiste.

Avec ses nombreuses références intertextuelles, Réjouissez-vousn’est cependant pas sans nous arracher un sourire, à nous, fans de science-fiction. K. Dick, Asimov, Le Guin et les autres ne semblent pas bien loin derrière des auteurs fictifs comme Samantha August et Ronald Carpenter. Les bons vieux space operas ne sont pas oubliés, avec Star Trek à l’avant-plan. Mais Erikson ne se contente pas de rendre hommage à la SF ; il l’érige sur un piédestal. Tout au long du roman, les auteurs de SF apparaissent comme les esprits les plus éclairés ; les sages vers lesquels se tourner pour comprendre les projets d’E.T. et comment s’adapter à l’Éden qui nous a été offert. Ce n’est d’ailleurs pas un astronaute, un médecin ou un président que les extraterrestres ont choisi comme porte-parole. Non, c’est une écrivaine canadienne de science-fiction sociale, féministe qui plus est.

Et ça, ça mérite qu’on se réjouisse.

Anaïs PAQUIN

Critique de la semaine : La Disparition d’Annie Thorne, de C. J. Tudor

C. J. Tudor

La Disparition d’Annie Thorne

Montréal, Flammarion Québec, 2019, 400 p.

C. J. Tudor avait attiré l’attention avec son premier livre, L’Homme craie, dont la version française est parue l’an dernier aux éditions Flammarion Québec. Avec La Disparition d’Annie Thorne l’auteure de Nottingham en Angleterre frappe un grand coup.

Dès le début, l’auteure donne le ton : personne ne sera épargné… surtout pas le lecteur. Les policiers arrivent dans une maison et voient dans le salon le corps d’une femme en décomposition. À l’étage, ils découvrent son fils, qu’elle a assassiné. Sur le mur, en lettres de sang, elle a écrit que ce n’était pas son enfant. Cette maison jouera un rôle crucial dans le livre puisque c’est là que le héros, Jo Thorne, va aller vivre.

Ce dernier est un enseignant endetté jusqu’au cou qui cherche à fuir ses créanciers. Il retourne dans son village natal, situé dans l’Angleterre profonde. Il réussit à se faire engager dans l’école locale avec de fausses références. Il va y enseigner l’anglais. En effet, la dernière titulaire est la femme retrouvée morte au début du livre.

Jo a un plan pour se refaire une santé financière tout en se vengeant de vieux ennemis. Il espère aussi comprendre ce qui est arrivé à sa sœur Annie. En effet, un mystérieux correspondant lui dit savoir ce qui est arrivé à cette dernière. Elle a disparu une vingtaine d’années plus tôt quand Jo était adolescent et il traîne sa culpabilité depuis. Cela dit, la vraie horreur a commencé quand elle est revenue… De retour en ville, Jo va déranger bien des gens. Il retrouve de vieux amis ou des ennemis. La différence entre les deux n’est pas si claire.

Disons-le d’emblée, malgré plusieurs défauts, ce roman de C J. Tudor est diablement efficace. C’est un véritable page turner. Le style est prenant, l’écriture nerveuse et la fin de chacun des chapitres est haletante. C’est tout un défi de s’arrêter sans commencer le chapitre suivant.

Cela dit, on a aussi les défauts propres à plusieurs thrillers grands publics où l’action va à toute vitesse : l’histoire est grosse par moment et on tourne souvent les coins ronds. On peut aussi noter que la psychologie des personnages secondaires manque de profondeurs et que les motivations de chacun ne sont pas claires. La finale a aussi quelque chose de frustrant. Après tout le mystère distillé au fil des pages (on raconte le passé mystérieux à dose homéopathique), il y a quelque chose de précipité dans la conclusion.

Le personnage principal n’est pas sympathique aux premiers abords. C’est un antihéros dévoré par la culpabilité et gagné par ses démons personnels. Pourtant, on s’attache à ce narrateur un peu frondeur au ton délicieusement sarcastique. En fait, ce ton, servir par la plume simple et efficace de l’auteur, y est pour beaucoup dans l’efficacité du livre. Parce que malgré les défauts notés plus tôt, la mécanique roule parfaitement. La Disparition d’Annie Thorne est un polar fantastique qui se dévore d’une traite et où il n’y a aucune place pour l’ennui. L’ambiance est sombre à souhait, il y a du mystère, des rebondissements et des scènes d’horreur fort efficaces.

Pierre-Luc LAFRANCE

Critique de la semaine : Martine Chifflot, Howard, mon amour

Martine Chifflot

Howard, mon amour

Saint-Genès-Champanelle, Aigle Botté (Phantasia), 2018, 92 p.

Sous-titrée Vingt-trois scènes fantasmagoriques dans la vie conjugale de Sonia Greene Davis et Howard Philips Lovecraft, cette pièce présente la singularité d’offrir une alternance de monologues dont les protagonistes ne se parlent pas vraiment, évoquant chacun de leur côté des souvenirs communs. À peine H.P. Lovecraft est-il présent : sous la forme d’un spectre, il apparaît au spectateur après sa mort, mais pas à Sonia, sa veuve qui – intuition féminine, à défaut d’avoir le rare don de voir les fantômes – ressent vaguement sa présence et, plus qu’au public, s’adresse à lui.

Dans cette étrange prosopopée, Howard, pauvre mais sincère, nous confie devant Sonia, qui ne l’entend pas, sa gêne d’avoir accepté sa générosité – sa charité déguisée – qui le réduisait au rôle d’homme entretenu, situation réprouvée par ses deux tantes qu’il vénérait, tant attachées aux convenances, mais aussi son émerveillement pour cette charmante et riche jeune femme appartenant pourtant à un milieu totalement étranger au sien, qui lui mit le grappin dessus et sans doute le déniaisa. Il exprime aussi son regret de ne pas l’avoir écoutée durant leur vie conjugale (1924-29).

Active, délurée, Sonia avoue sa fascination amoureuse pour ce jeune homme gauche et inadapté qu’elle considère comme un génie, dont elle était devenue le mécène et qui lui apportait sans doute quelque chose, peut-être un enracinement dans cette Amérique où elle avait émigré. Étrange couple, en vérité : lui, classique, introverti, agoraphobe ; elle, moderne, extravertie, mondaine. Et surtout, lui, antisémite ; elle, juive. Et pourtant, tous deux s’acceptant malgré leurs différences, du moins avant que leurs modes de vie les séparent. L’amour fait faire de ces folies…

Basée sur une documentation sérieuse – les confidences de S. Greene et les diverses études et biographies sur H.P. Lovecraft – la pièce n’évoque pourtant pratiquement pas leurs différences religieuses. Bien que croyant en Dieu, elle n’était guère pratiquante et il avait insisté pour l’épouser à l’église, lui qui se revendiquait athée tout en restant attaché aux traditions de ses ancêtres, au moins dans les formes. Curieux compromis que l’autrice aurait pu exploiter. Pour le reste, elle livre au public un éclairage émouvant et utile au chercheur comme à l’amateur sur un couple atypique.

Jean-Pierre LAIGLE

Critique de la semaine : Anthelme Hauchecorne, Journal d’un marchand de rêves

Anthelme Hauchecorne

Journal d’un marchand de rêves

Paris, French Pulps (Anticipation), 2018, 528 p.

Curieux roman que voici, basé sur l’hypothèse farfelue mais féconde qu’une minorité – dont fit jadis partie le philosophe Pascal ! – a accès à un monde onirique créé par des milliers de rêveurs et que l’auteur décrit à sa manière : « Brumaire est un songe millénaire,…/… Las, je n’ai rien de mieux à vous offrir que des hypothèses. Brumaire pourrait être le reflet d’un lieu d’autrefois. Après tant de siècles, autant supposer qu’il n’en reste rien. » Débrouillons-nous avec cela. Walter Krowley, minable scénariste d’Hollywood, se réveille soudain de l’autre côté du miroir, à Doowylloh. La majeure partie de l’histoire s’y passe ainsi qu’à Sellexurb (parodie de Bruxelles), entrecoupées de brèves séquences dans le monde de l’Éveil, opposé à celui de l’Ever.

Une question se pose : Faut-il en condamner l’accès ? Brumaire a un régime totalitaire, à la bureaucratie féroce et tatillonne disposant d’une technologie avancée, de terribles automates et de la Garde de Nuit. Il y a aussi l’inflexible Gouverneur et le mystérieux Monsieur M qui serre de près Walter. À peine éveillé dans ce rêve – situation dont le lecteur appréciera l’humour noir – qu’il partage avec des milliers d’autres, il se voit assigner un logement où il est confiné sauf pour un travail idiot, suivi par un conseiller d’orientation et affublé d’un Ça – incarnation de son inconscient torturé ? –, monstrueuse bestiole liée à lui par une chaîne dont il arrivera à grand-peine à se débarrasser. Le but avoué est d’aliéner et d’exploiter les nouveaux-venus.

Le régime a ses opposants, les Outlaws. Ils contrôlent une partie du territoire mais non sans complices dans l’ordre établi. Walter tombera chez eux et constatera qu’ils ne valent guère mieux que les exploiteurs officiels. Il y a enfin les dissidents. Ainsi, parmi ces derniers, rencontre-t-il trois femmes : Spleen, transfuge facétieuse recherchée par la police qui apparaît et disparaît sans crier gare, Poppy Lollipop, sale petite chipie trafiquante qui le considère comme un juteux investissement, et surtout Banshee, une marginale, génie en mécanique et en piratage dont la tanière est une vraie caverne d’Ali Baba. Il connaîtra avec elle un amour passablement vache avant qu’elle monte en grade et disparaisse. La moitié du roman se passe à sa recherche.

Walter la perdra définitivement, mais cela ne l’empêchera pas de retourner à Brumaire qui semble lui coller à la peau. Entre temps a éclaté une révolte des Outlaws, puis une révolution, enfin une guerre civile au terme de laquelle démissionne le Gouverneur. Walter tirera quand même son épingle du jeu. Ce roman conte ses mésaventures. « Vous tenez mon journal intime. Prenez-en soin. Ce livre pourrait devenir mon testament, » prévient-il. Le lecteur aura sans doute du mal à s’y accrocher tant il est touffu et décousu, mais si vous tenez bon, vous ne le regretterez pas. Écrit dans un style à l’emporte-pièce proche de celui de San Antonio, ce récit tragi-comique, lauréat du Prix Imaginales 2017, vous laissera un goût sanglant de cauchemar éveillé.

Jean-Pierre LAIGLE

Critique de la semaine : Franck Cassilis, Le Mantra originel

Franck Cassilis

Le Mantra originel

Saint Léonard de Noblat, Pulp Factory (Aventures Imaginaires), 2017, 188 p.

La collection Anticipation première manière, souvent décriée des puristes modernes mais longtemps pleurée par les nostalgiques d’après-guerre, surtout après les trois cents premiers numéros et l’abandon des couvertures de Brantonne, ressurgit chez un nouvel éditeur avec ce premier volume. Nul ne contestera l’influence sur la SF d’expression française de cette série de romans relativement brefs et résolument populaires. C’est son public qui semble être visé ici. Toutefois, si l’ancien métrage est respecté, la formule apparaît modernisée tant par la maquette que par l’inspiration.

Pour ce roman-ci, c’est l’influence de Star Wars qui prédomine. Le cadre est la Galaxie colonisée par l’humanité mais où les extraterrestres ont leur place et que déchire une guerre civile entre deux factions : une bonne et une moins bonne. Le héros est Serro Warfin, contrebandier d’armes qui évoque d’abord de près Han Solo : surtout intéressé par l’argent que lui rapporte le trafic d’armes, il se laissera fléchir par la détresse de rebelles. Non seulement il sera converti par eux mais leur sauvera la mise en recueillant leur héritage. En ce sens, il se rapproche alors de Luke Skywalker.

Ce n’est pas tout : il y a un équivalent de la Force. Les néo-chamanes, pratiquent un culte mystique et détiennent la Pierre de Mantra qui procure à de rares élus des pouvoirs bien matériels. Serro Warfin se révélera l’un d’eux in extremis et s’en servira pour empêcher une des factions (la mauvaise), qui l’avait infiltré chez les rebelles, de s’en emparer dans des buts inavouables. Enfin, n’oublions pas une imitation féminine (et irrésistiblement sexy) de Darth Vader, chargée de le surveiller, qu’il devra (hélas) éliminer avant de récupérer son astronef et reprendre son métier de contrebandier.

Saluons donc là une aventure épique et mouvementée, pas très originale mais bien conçue, revendiquant sans prétentions et sans complexes son héritage cinématographique (lui-même synthèse de toute une tradition du space-opera états-unien). Son personnage principal, sympathique crapule rachetée par le destin pour sauver la Galaxie, mériterait davantage de développements, ce que ne suggère guère la conclusion. L’auteur, fanatique avoué de la collection Anticipation, aurait encore beaucoup à conter dans une série où son héros reprendrait du service.

Jean-Pierre LAIGLE