Critique de la semaine : L’Éveil des chimères, d’Éric Amon

Éric Amon

L’Éveil des chimères

Vanves, Leha, 2017, 442 p.

Ce recueil de douze nouvelles de longueurs très inégales, dont l’une est presque un court roman, comprend aussi neuf textes intercalaires ultra-brefs où un narrateur anonyme donne le ton au volume. Le cadre est un monde innommé, vaguement médiéval, imprégné de magie, doté de deux lunes, à l’ambiance rappelant les récits de Clark Ashton Smith, avec lequel l’auteur partage le goût du crépusculaire mais pas l’abus des mots rares et désuets. C’est une planète décadente où abondent les ruines – une Terre d’un lointain futur ? – où ont ressurgi et se cachent des monstres mythiques.

Ainsi un sphinx débonnaire en proie à des chasseurs qui finissent par l’exhiber comme phénomène de foire (« Grains d’exil » et « Grains d’espoir »), une manticore qu’inquiète la prédation d’une sorte de chimère sur le territoire humain qu’elle exploite sagement (« La Morsure de la brume »), un jeune faune que convoitent des marchands de raretés (« Silence »), un enfant normal adopté puis abandonné par une famille de cyclopes (« Difforme »), un membre sympathique d’une tribu de minotaures (« Gnosse en ses méandres »), une hydre traduite devant un tribunal (« La Sentence ») et une gorgone blessée qui nous livre ses réflexions existentielles (« Au-delà presque l’Horizon »).

Il y a encore une sirène, mais plutôt dans l’acception grecque originelle désignant une créature ailée. Cendres est l’héroïne de « Notre secret », « Les Violons de Roncegorge » et « Derrière la bouche d’ombre », qui auraient pu constituer un roman complet à part. Ayant perdu ses ailes, elle se cache parmi les humains mais conserve son pouvoir vocal. Elle fait partie de la Confrérie des Effraies, société secrète qui n’hésite pas à détrousser les puissants. Sa mission dans une ville décadente cernée par une forêt maléfique la mènera à accomplir sa destinée en tant que dernière de sa race.

Quelques textes à la première personne cèdent la parole aux monstres, sphinx, sirène, manticore gorgone et sirène, façon peut-être discutable de les humaniser, même au détriment des humains. Ils entendent parfois susciter la sympathie du lecteur, sauf le récit de l’hydre condamnée, à l’humour noir, consistant presque uniquement en dialogues. Les autres sont à la troisième personne, sauf une à la deuxième. C’est dire la variété du recueil, autant par l’écriture que par le ton, ironique, compatissant ou philosophique. Ce n’est pas toujours bien convaincant, mais en général agréable à lire.

Jean-Pierre LAIGLE

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