Critique de la semaine : Le Guide de la SF et de la Fantasy, de Karine Gobled

Karine Gobled

Le Guide de la SF et de la Fantasy

Chambéry, ActuSF (Les Trois souhaits), 2017, 339 p.

D’entrée de jeu, Le Guide de la SF et de la Fantasy avoue s’adresser aux néophytes, désire présenter un portrait d’ensemble des littératures de l’imaginaire aux curieux qui souhaitent explorer ces genres. Par conséquent, le livre couvre un panorama assez vaste, de la science-fiction aux conventions, en passant par le fantastique, les vampires et les collections dédiées des bibliothèques de Paris.

Le livre débute par une déconstruction des principaux préjugés sur les littératures de l’imaginaire et donne le ton – assez léger – que prendra le reste du texte. Cependant, de ressasser les idées reçues pour en prouver l’inexactitude est un exercice ici un peu raté car, en plus de nommer à nouveau ces préjugés, les argumentaires contre et les conclusions ne sont pas toujours bien construits. De plus, si nous nous permettons un saut vers la fin du livre, l’auteure utilise à profusion le terme « mauvais genres » dans la section sur les littératures de l’imaginaire et les autres médias, perpétuant maladroitement la connotation négative associée à ces-dites littératures, ce qui devient contreproductif au but avoué de son ouvrage.

Suivent les chapitres qui divisent les littératures de l’imaginaire : science-fiction, fantasy, fantastique. Si les deux premiers sont subdivisés en sous-genres, le troisième, très court, est suivi de chapitres complets sur certains « monstres typiques » du fantastique. Et c’est à partir de ce moment que les choix de chapitres commencent à agacer : quarante-quatre pages pour traiter de la science-fiction… et trente pour le vampire ? Pourquoi un chapitre sur l’uchronie, sous-genre de la science-fiction, alors que dans le chapitre sur le genre, certains sous-genres sont à peine effleurés (cinq lignes pour la hard SF). On ne peut que déduire que l’auteure s’est sentie plus à l’aise dans certains domaines que d’autres et a développé en conséquence, mais une telle pratique ne sert pas la fonction du livre. Ainsi, l’uchronie et le steampunk ont leur chapitre, alors même qu’un guide complet leur est déjà consacré chez le même éditeur.

Pour chaque chapitre, douze œuvres sont suggérées et commentées, de façon inégale, soit, mais en mélangeant classiques et œuvres récentes, productions anglophones et francophones. Au travers du texte, la description des sous-genres est bonifiée de multiples suggestions, mais l’intégration dans le texte alourdit la lecture et ne facilite pas le retour au livre pour référence. La formule d’une annexe en fin de volume aurait été plus conviviale et aurait permis d’alléger les références dans le corps du texte. Ça aurait aussi permis de grossir une bibliographie plutôt mince.

Au bout du compte, le livre peut constituer une introduction intéressante pour le néophyte, avec ses multiples suggestions de lectures et son panorama tout de même complet qui inclut les prix, les éditeurs, les revues. Son format cause par contre des répétitions dans la façon de présenter les choses et on se surprend à lire en diagonal. Dans les derniers chapitres, l’ajout d’entretiens rafraîchit et permet de pousser un peu plus loin certains éléments. On en vient à se demander si un second auteur, qui aurait complémenté Gobled, aurait pu être bénéfique. Tout comme une plus grande direction littéraire pour le découpage de l’œuvre. Il demeure une impression de débalancement entre trop en mettre (aurait-on pu faire un guide pour la SF, puis un sur la fantasy, et un sur le fantastique) et pas assez (on a développé en profondeur seulement quelques éléments aléatoires, pourquoi le traitement de faveur ?).

Donc : à mettre entre les mains de personnes curieuses, en leur suggérant de lire le tout avec un grain de sel. Pour les connaisseurs, peu de nouvelles notions à acquérir et certaines interprétations, ou encore raccourcis, peuvent agacer.

Josée LEPIRE

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