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Trois finalistes – Prix des Horizons imaginaire (5e édition)

Les trois finalistes de la cinquième édition du Prix des Horizons imaginaires sont maintenant dévoilés :

Nous tenons à féliciter chaleureusement les auteur(e)s de ces oeuvres qui le méritent.

Cette année, le comité de sélection était composé de Thomas Dupont-Buist (libraire, Librairie Gallimard), de Cédric Ferrand (auteur), de Rachel Hyppolite (chroniqueuse radio), de Joanne Rochette (autrice et enseignante, Collège de Rosemont) ainsi que de Cynthia Grondin, membre du jury intercollégial de la 3e édition au Cégep de Sainte-Foy et lauréate du concours de critique littéraire du Prix des Horizons imaginaires cette année-là. Ce concours assure la présence d’un.e représentant.e étudiant.e dans le comité de sélection mis sur pied chaque année.

À noter que les trois finalistes prendront part à une table ronde en compagnie de Christiane Vadnais, autrice de Faunes (Alto) et lauréate de la précédente édition du Prix des Horizons imaginaires. Diffusée en direct sur la page Facebook de la programmation « À la rencontre de l’imaginaire ! », la table ronde sera animée par Amalia Greve Danielsen, ambassadrice étudiante du prix.

Les inscriptions sont dès maintenant ouvertes et le resteront jusqu’au 30 septembre 2020. Rendez-vous en août 2020 pour le début des activités officielles du Prix.

Pour en savoir davantage ou inscrire un établissement d’enseignement : Prix des Horizons imaginaires

À la rencontre de l’imaginaire!

Même si nous n’avons pas pu vivre notre Congrès Boréal en cette sombre année 2020, voici un événement (virtuel) qui vient réchauffer nos coeurs de passionné(e)s des littératures de l’imaginaire : « À la rencontre de l’imaginaire! ».

L’événement se déroulera du 1er au 19 juin 2020 sur Facebook et offrira des tables rondes aux sujets variés avec plus d’une trentaine d’invité(e)s.

Voici le communiqué officiel ainsi que le programme complet :

Découvrez les littératures de l’imaginaire du Québec !

Du 1er au 19 juin, la corporation SFSF Boréal et le webzine étudiant ImaginAtlas du Collège Marianopolis collaborent pour vous offrir une riche programmation sur les littératures de l’imaginaire au Québec ! En tout, plus d’une douzaine de tables rondes, de conférences, de causeries et de lectures en direct, diffusées ici même sur la page de notre événement, avec plus d’une trentaine d’invité.e.s !

La programmation de l’événement « À la rencontre de l’imaginaire! » a été dirigée par Pascale Laplante-Dubé (doctorante, UQÀM et Université d’Artois) et Mathieu Lauzon-Dicso (enseignant, Collège Marianopolis) avec le soutien de nos précieux partenaires, le Festival littéraire international Métropolis Bleu, le Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ) et le partenariat Littérature québécoise mobile (LQM)

Cette programmation en français et en anglais reprend une partie d’une programmation croisée spéciale, qui avait été développée entre le Congrès Boréal de science-fiction et de fantastique et le Festival littéraire international Métropolis Bleu. Avec le report de la 41e édition du congrès et l’annulation de l’édition 2020 du festival, qui devaient avoir lieu en mai dernier, nous avons souhaité bâtir une série d’activités pour malgré tout marquer le calendrier printanier et célébrer les genres de l’imaginaire au Québec ! Grâce à la créativité et à l’implication de l’équipe étudiante du webzine ImaginAtlas, de la forte participation de la communauté SFFFQ, du soutien de nos partenaires et de nos collaborateurs du réseau universitaire, ce projet un peu fou a été monté pour vous en l’espace de quelques semaines à peine.

Aucune inscription n’est requise pour assister aux rencontres, et l’ensemble de la programmation est disponible ci-dessous et à travers les pages de l’événement.

Bonnes découvertes !

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– Programme complet –

* Lundi – 1er juin – 14 h : Mot d’ouverture et lancement officiel de la programmation (avec Alain Ducharme, Pascale Laplante-Dubé et Mathieu Lauzon-Dicso) 🇫🇷 🇬🇧

* Mercredi – 3 juin – 14 h : Table ronde « Effects of traduction » (avec Catherine Ego, Yves Meynard et Pascal Raud. Animation : ImaginAtlas) 🇫🇷 🇬🇧

* Vendredi – 5 juin – 14 h : Conférence « Du Babel fish au Tardis : comment bien gérer la diversité linguistique en SFF » (avec Anne-Marie Beaudoin-Bégin) 🇫🇷

* Samedi – 6 juin – 14 h : Une lecture d’Élisabeth Vonarburg, suivie d’une discussion animée par ImaginAtlas (avec Élisabeth Vonarburg. Animation : ImaginAtlas) 🇫🇷

* Dimanche – 7 juin – 14 h : Table ronde « Asimov, 100 ans plus tard : un héritage au Québec ? » (avec Philippe-Aubert Côté, Alexie Morin et Jean Pettigrew. Animation : ImaginAtlas) 🇫🇷

* Tuesday – June 9th – 2pm : Sylvain Neuvel reads, followed by a Q&A with ImaginAtlas (with Sylvain Neuvel. Host: ImaginAtlas) 🇬🇧

* Vendredi – 12 juin – 14 h : Table ronde « Imaginons d’autres horizons : la science-fiction et le fantastique au collégial ! » (avec Christiane Vadnais et les trois prochains finalistes du Prix des Horizons imaginaires (5e édition). Animation : Amalia Greve Danielsen) 🇫🇷

* Saturday – June 13th – 2pm : Jo Walton reads, followed by a Q&A with ImaginAtlas (with Jo Walton. Hosts: Kate Sheckler and ImaginAtlas) 🇬🇧

* Dimanche – 14 juin – 14 h : Table ronde « La fantasy, un genre engagé » (avec Séléna Bernard, Geneviève Blouin, Lili Boisvert et Fanie Demeule. Animation : ImaginAtlas) 🇫🇷

* Mardi – 16 juin – 14 h : Une lecture avec Patrick Senécal, suivie d’une discussion animée par ImaginAtlas (avec Patrick Senécal. Animation : ImaginAtlas) 🇫🇷

* Mercredi – 17 juin – 14 h : Table ronde « Entre mots et images, des imaginaires futuristes » (avec Dimani Mathieu Cassendo, Véronique Drouin et Karoline Georges. Animation : ImaginAtlas) 🇫🇷

* Vendredi – 19 juin – 13 h : Table ronde « À la croisée des chemins : passés et futurs dans les littératures de l’imaginaire québécoises » (Avec Maude Deschênes-Pradet, Éric Gauthier et Élisabeth Vonarburg. Animation : Alain Ducharme) 🇫🇷

* Vendredi – 19 juin – 14 h 30 : Table ronde « Un torrent de sueurs froides : plongée dans l’horreur et le fantastique québécois » (Avec Dave Côté, Ariane Gélinas et Jonathan Reynolds. Animation : Raphaëlle B. Adam) 🇫🇷

Virus : Réalité et fiction dans The Stand de Stephen King, de Hugues Morin

(Ré) introduction (mai 2020)

Plus de 350 000 morts en six mois dans plus de 190 pays, malgré l’adoption des mesures agressives de prévention dans la plupart des pays du globe (promotion de mesures d’hygiène, confinement, distanciation physique, etc.). Avant janvier 2020, un tel scénario de pandémie mondiale, accompagné de mesures drastiques et de milliards de personnes en confinement, passait pour de la science-fiction.

Le coronavirus causant la Covid-19 n’est pas le virus cauchemardesque imaginé par Stephen King en 1978 dans son roman The Stand (Le Fléau), mais sa rapide progression partout dans le monde a causé un réveil général face à la menace de ce genre de pathogène. Dans les pages de Solaris 122 (été 1997), nous comparions déjà la réalité et la fiction dans un tel scénario, à partir du célèbre roman de Stephen King. Retour sur un article (et un roman) encore d’actualité 23 ans plus tard.

Introduction

Lorsque Stephen King a publié The Stand pour la première fois en 1978, la réaction générale du public a été favorable au roman en tant que fiction, mais tous les lecteurs s’accordaient à dire que la situation décrite était fortement improbable, voire même impossible. Imaginer un virus aussi destructeur ayant la propriété d’être extrêmement contagieux, tout en se propageant par voie aérienne était tout bonnement trop effrayant.

Plusieurs œuvres de fiction ont mis en scène des maladies causées par des virus dévastateurs, ou encore des épidémies heureusement contrôlées à des fins dramatiques. L’émergence du Virus d’Immunodéficience Humaine (VIH), causant le sida, a contribué à la prolifération des œuvres de ce genre. L’émergence du VIH a aussi contribué à la conscientisation de la population face aux réels dangers que posent les virus.

Sauf qu’en 1978, le VIH était méconnu, pour ne pas dire inconnu et le virus de King semblait relever du surnaturel.

En 1991, King a réédité The Stand en version intégrale. À ce moment-là, après une décennie marquée par le sida, l’aspect terrifiant du virus était moins perturbant, puisque des virus semblables paraissent nettement possibles aujourd’hui.

Et de tels virus existent bel et bien, justement.

Les virus

Les agents pathogènes sont diversifiés. Les deux types d’agents les plus connus sont les bactéries et les virus. On traite les infections dues aux bactéries avec antibiotiques, comme la pénicilline, par exemple, un médicament qui empêche la croissance des bactéries.

Les virus sont plus mystérieux. Un virus n’est pas considéré comme un organisme vivant. On le qualifie plutôt de « forme de vie ». La nuance est importante. Elle est justifiée par le fait que le virus ne peut fonctionner ou se reproduire par lui-même. Pour cela, il a besoin d’un hôte.

Le virus est constitué d’acide nucléique (ARN ou ADN) enveloppé de protéines. Cet agent pathogène est le plus petit et le plus simple qui ait été découvert. Les plus connus sont ceux causant la grippe, le sida et, depuis peu, la fièvre Ébola.

Contrairement aux bactéries, il n’y a pas de médicaments contre les virus. Il s’agit d’un organisme trop simple pour ce genre d’approche. La seule arme actuelle demeure la vaccination, qui est en fait une stimulation artificielle du système immunitaire.

Il faut préciser un détail : plusieurs virus peuvent passer d’une espèce à une autre sans difficultés. Cependant, leur effet pourra différer totalement d’une espèce à l’autre. Comme ils ont absolument besoin d’un autre organisme vivant (hôte) pour se reproduire et se nourrir, il existe toujours un hôte d’origine, appelé le « réservoir naturel » du virus. Les caractéristiques de ce réservoir sont très simples : le virus peut s’y propager et s’y nourrir, mais il ne le tuera jamais. Sa survie en dépend. Si l’hôte meurt, il meurt aussi. [En fait, il arrive qu’un virus n’ait pas de réservoir naturel, mais seulement des organismes appelés « vecteurs ». Ces organismes meurent lorsqu’atteints par le virus, mais cette mort survient longtemps après l’infection, ce qui permet à celui-ci de se propager et de survivre parmi cette population, tout en tuant ses hôtes. C’est le cas de la rage, par exemple.] Enfin, la plupart des virus ne survivent pas longtemps dans des conditions difficiles hors de l’organisme-hôte.

Mais il est très difficile de s’attaquer à un virus. Comme il vit à l’intérieur d’une cellule, il faut détruire la cellule pour le tuer. C’est un problème grave car les virus envahissent des millions de cellules !

Comment mentionné ci-dessus, le seul « traitement » anti-virus est de nature préventive : la vaccination. Même si tous ont déjà entendu parler de vaccination, plusieurs ne savent pas exactement de quoi il s’agit. La vaccination a pour principe de base de tromper le système immunitaire humain en lui faisant croire à une infection. Ce leurre déclenche une réaction du système humain, lequel s’arme en quelque sorte contre le type d’attaque simulé par le vaccin. Le système s’active en produisant des anticorps. Une fois armé, le système est prêt à repousser une attaque réelle du virus.

Pour mettre au point un vaccin, on doit identifier les protéines de surface d’un virus, puis fabriquer un microbe synthétique (et inoffensif) porteur des mêmes protéines. Ça paraît simple, ainsi énoncé, mais c’est en fait très complexe. L’identification des protéines formant l’enveloppe n’est pas toujours chose facile. La confection d’un vaccin inoffensif ne l’est pas plus. Souvent, on atténue simplement le virus existant pour le rendre inactif, mais cette stratégie n’est pas sans risques. Une fois un « virus synthétique inoffensif » créé, il suffit de le faire se reproduire en quantité suffisante et de l’administrer aux personnes-cibles pour les immuniser contre le vrai virus.

Le mode de reproduction des virus est plutôt simple : celui-ci s’installe dans une cellule, qu’il reprogramme (à ses dépens) pour la forcer à se reproduire ! Le cheval de Troie des micro-organismes. Efficace, mais terrifiant !

C’est sur le mode de reproduction qu’est basée la fabrication de vaccins. On cultive le virus synthétique sur des cellules vivantes, à l’aide desquelles il se reproduit rapidement. Il est courant d’utiliser des cellules de singes pour la (re)production des vaccins destinés à l’humain. C’est aussi à cause de ce mode de reproduction que les effets des virus diffèrent d’une espèce à l’autre. Sur les cellules d’une espèce, les virus peuvent très bien se nourrir et se reproduire dans trop nuire à l’organisme-hôte. Ce qui est le cas des réservoirs naturels. Sur d’autres organismes, la reprogrammation des cellules pourra être destructrice, voire mortelle.

Pourtant, les virus passent d’une espèce à une autre, accélérant ainsi leur propagation.

La vaccination a plusieurs limites. La plus importante est que certains virus sont sujets à de fréquentes mutations. L’exemple idéal est le virus de la grippe. En constante mutation, le virus se transforme partiellement ; son enveloppe de protéines devient suffisamment différente pour déjouer le système immunitaire « armé » par une infection précédente (ou par un vaccin). C’est pourquoi il n’existe pas de véritable vaccin contre la grippe. Lorsqu’on vous propose de vous vacciner contre la grippe, il s’agit d’une grippe déjà propagée. Votre système a peut-être déjà été exposé et a peut-être déjà réagi à cette « version » de la grippe. Or, ce vaccin ne vous protège pas si le virus a subi une mutation importante. Et le virus de la grippe est un super-mutant. D’où le nombre élevé de cas de grippe à chaque année.

Lorsqu’un virus subit une mutation mineure, il est possible que le système immunitaire le reconnaisse et soit suffisamment armé pour empêcher sa propagation dans votre organisme. C’est le cas de plusieurs virus connus, tels ceux causant la coqueluche, la rougeole, la variole et la poliomyélite. Dans ces cas, la vaccination est un outil efficace.

Le virus de la Grippe A imaginé par King pour The Stand

Plusieurs éléments concernant le virus fictif mis en scène sont fournis dans le roman de Stephen King : symptômes provoqués, mode de transmission, degré de contamination et de mortalité, etc. Examinons donc ces données en détail.

Le virus de King semble être une mutation du virus de la grippe, qui est appelée « Grippe A », dans le roman. Il s’agit d’un virus aérogène, c’est-à-dire transmissible par voies aériennes, et qui comporte un degré de contamination de 99,4 % Bref, un virus très facile à transmettre d’un individu à l’autre. L’épidémie déclenchée dans le roman ne prend pas son origine dans un contact avec un réservoir naturel du virus. Il s’agit d’un virus étudié (ou créé) dans un laboratoire militaire. Un accident survient, un problème de sécurité, des réactions bien humaines, et voilà qu’un homme infecté se sauve, porteur de virus. C’est le « cas originel » du roman ; le personnage du gardien Campion.

Campion demeure « négatif » pendant plus de cinquante heures. Il est parti du désert de l’ouest de la Californie et se rend sans trop de problèmes jusqu’à Salt Lake City. Deux jours plus tard, il arrive au Texas, où il s’arrête et meurt des suites de l’infection. Bien évidemment, Campion a infecté sa femme et sa fille, en plus d’un nombre incalculable de personnes sur sa route.

Les symptômes du virus inventé par King sont les suivants : un peu de toux et de migraine pour commencer, perte d’appétit, puis la toux devient plus sévère, accompagnée de sécrétions. La fièvre prend le dessus, le cou se gonfle, les yeux noircissent, le nez coule… Finalement, la respiration devient difficile, avec des gargouillis, « comme si quelque chose clapotait au fond de [la] poitrine », puis le patient décède. Le tout se passe rapidement. On peut le déduire évidemment du fait que Campion et sa famille sont morts en quelques jours, mais aussi par des descriptions du laboratoire militaire, où les gens sont morts assez vite pour être simplement demeurés un peu partout dans la base. Bref, ils sont morts sur place, très rapidement. L’autre exemple évident est celui de cette insoutenable scène dans le Tunnel Lincoln, où des centaines de gens sont morts dans leur voiture…

Avec un taux de contamination de 99,4 %, le virus imaginé par King peut se propager très rapidement. L’épidémie qu’il a imaginée est crédible, compte tenu de la description de son virus. Mais une telle mutation est-elle possible ? Peut-être. La grippe espagnole qui a fait de nombreuses victimes au début du siècle en est une preuve. Heureusement, elle était moins dévastatrice et se propageait moins rapidement que le virus de King. Sauf que la grippe n’est pas le seul virus pouvant être potentiellement mortel pour l’humain. Nous connaissons même une famille entière de virus qui atteint des taux de mortalité épouvantables ; les filovirus.

Les filovirus

Depuis 1967, une « famille » terrifiante se dégage parmi les virus : les filovirus, ainsi nommés à cause de leur forme longiligne qui leur donne une allure de fil. [Filovirus est dérivé du terme latin filoviridae signifiant virus-fil]

Les filovirus se ressemblent tous beaucoup. De plus, ils ne ressemblent à aucun autre virus au monde. La plupart d’entre eux sont formés de particules sphériques alors que les filovirus sont longilignes. Le premier filovirus identifié (et considéré un temps comme le seul filovirus) est le Virus de Marbourg (ou, plus simplement, le Marbourg). Malgré son nom allemand, le Marbourg est un micro-organisme d’origine africaine. (Les virus reçoivent leur nom de l’endroit où ils apparaissent pour la première fois ; dans ce cas, la ville allemande de Marbourg). Il est apparu pour la première fois chez l’humain dans une usine allemande produisant des vaccins cultivés sur des cellules de singes verts importés d’Afrique. L’usine avait importé des singes d’Entebbe, en Ouganda.

Une remarque importante à ce sujet : quelques singes étaient en incubation lors de leur arrivée en Allemagne. Ils ne présentaient aucun symptôme visible. Un employé chargé de nourrir les singes, puis de les tuer et de nettoyer leur cage, fut le premier cas répertorié d’un humain infecté par un filovirus. Il tomba malade le 8 août 1967. Il mourut deux semaines plus tard.

Le virus était présent chez certains des singes. Comme le Marbourg n’est pas aérogène, la contamination des singes (et des humains) s’est surtout effectuée via les fluides corporels, dont le sang. Si le virus n’avait pas été si rapide (apparition des symptômes de la maladie chez les individus à partir du septième jour, environ), il aurait pu demeurer dans les cellules servant de culture pour les vaccins. Une fois inoculé par accident à l’humain via le vaccin, le Marbourg aurait pu devenir un véritable fléau.

Les symptômes causés par le virus de Marbourg sont abominables. Ça commence par des maux de tête ; rapidement, une forte fièvre apparaît, suivie aussitôt par la formation de caillots, puis de vomissements de sang. Vers la fin, les hémorragies se produisent par tous les orifices du corps, la victime étant littéralement saignée à blanc. Le sang rejeté est hautement contaminé.

Parallèlement à ces symptômes, sans que le phénomène soit vraiment apparent avant la fin, le patient se liquéfie de l’intérieur. Les organes internes, les organes génitaux et le cerveau sont atteints et le virus s’y reproduit à une vitesse incroyable, causant la destruction des cellules hôtes et, par le fait même, des organes. Du point de vue du patient, on a comparé les premiers symptômes dans le cerveau et le système nerveux central aux effets de la rage.

À Marbourg, en Allemagne, le virus tua sept personnes en quelques jours. Les médecins crurent à la fin du monde. Le Marbourg tue plus de 25 % des personnes atteintes. Par comparaison, le virus de la fièvre jaune tue un patient sur vingt. Le Marbourg est pourtant le plus inoffensif des filovirus. La maladie causée par le Marbourg a été baptisée « Fièvre hémorragique virale ».

Ébola

L’Ébola est un cousin du Marbourg. Il existe à l’heure actuelle quatre souches connues : l’Ébola Zaïre (que j’appellerai ÉZ), l’Ébola Soudan (ÉS), l’Ébola Reston (ÉR) et l’Ébola Taï (ÉT).

L’Ébola est un virus de constitution simple. Un seul brin d’ARN. Ce type de molécule est le plus ancien mécanisme de vie connu. Les différences entre les souches de l’Ébola sont encore plus mystérieuses qu’entre celles de l’Ébola et le Marbourg. Les différences connues sont minimes, au niveau de la séquence génétique et de quelques propriétés biologiques. Et, en fait, ce qui différencie le plus ces virus est leur enveloppe de protéines. La différence clinique la plus importante, quoique toujours inexpliquée, est étonnante : la souche Reston est à peu près inoffensive pour l’humain (elle cause des symptômes équivalents à une bonne grippe) alors qu’elle est tout aussi mortelle pour les singes que les autres souches. Deux autres souches sont quant à elles extrêmement dévastatrices chez l’humain. Il n’existe pas de statistiques concernant la souche ÉT, découverte récemment, mais l’ÉS tue 60 % des personnes atteintes alors que l’Ébola Zaïre est mortel pour 90 % des humains atteints. Un fléau éradicateur presque digne du roman de Stephen King.

Les symptômes de la « Fièvre Ébola » sont les suivants : maux de tête et fièvre, douleurs musculaires, problèmes respiratoires, saignements importants, problèmes rénaux et hépatiques, diarrhée, vomissements, puis choc final, le saignement à blanc par tous les orifices. C’est comme le Marbourg, mais encore plus direct ! Les protéines du virus Ébola démolissent le système immunitaire d’abord (comme le fait le VIH). Sauf que l’Ébola est cent fois plus rapide. Une fois le système immunitaire mis k.o., le virus a la voie libre pour se multiplier à une vitesse effroyablement destructrice.

Même s’il s’y prend différemment, la destruction du système immunitaire que le sida met dix ans à accomplir, l’Ébola l’accomplit en dix jours.

La période d’incubation varie de deux à vingt et un jours (généralement de 7 à 14 jours). La contamination s’effectue comme pour le Marbourg, par le sang et les fluides corporels, à l’exception de la souche Reston, qui est aérogène. Cette souche est donc transmissible par l’air, c’est-à-dire que le virus peut s’implanter dans l’organisme au niveau des poumons via les voies respiratoires. Comme le virus imaginé par King pour The Stand.

Il est intéressant de noter que l’on a observé des cas de transmission aérogène de la souche Zaïre chez le singe. Ces résultats n’ont pas fait l’objet d’une publication scientifique, même s’ils sont le fait de scientifiques du CDC (Le Center for Dicease Control, à Atlanta).

Le facteur le plus important de propagation de l’Ébola, à l’heure actuelle, demeure encore l’utilisation répétée de seringues. En Afrique, il est encore d’usage dans plusieurs pays de réutiliser des seringues plusieurs dizaines, voire des centaines de fois, sans même les désinfecter. Heureusement, il est très rare qu’une personne infectée mais ne présentant encore aucun symptôme apparent contamine d’autres personnes. En fait, l’Ébola se transmet surtout via les liquides expulsés par les victimes lors de leurs vomissements sanguins et leur choc final ainsi que par le sang. L’Ébola est un virus qui survit un court laps de temps après la mort des cellules. Et l’Ébola est aussi un super-mutant.

Actuellement, il n’existe aucun traitement ni vaccin contre la fièvre hémorragique Ébola. La technique du vaccin pose plusieurs problèmes. Le premier est l’identification des protéines de surface du virus, ce qui n’est fait pour aucune des souches de l’Ébola, à l’heure actuelle. Grosso modo, le virus est très simple ; il est constitué de sept protéines différentes. Seulement sept grosses molécules ! On a réussi à identifier plus ou moins vaguement trois d’entre elles. Mais les quatre autres demeurent tout à fait inconnues, autant dans leur structure que dans leur fonctionnement ! Les filovirus semblent particulièrement difficiles à étudier en détail.

L’autre problème posé par l’hypothétique vaccin est la création d’un virus artificiel inoffensif. Enfin, l’Ébola étant un virus à mutation courante, il est illusoire de croire à un vaccin. De plus, il faudrait alors au moins trois souches différentes de vaccin, puisque trois des souches connues de l’Ébola sont mortelles pour l’humain. Et puis, tout semble démontrer qu’à chaque apparition (ou presque), l’Ébola a subi une mutation…

La majorité des virus n’infectent plus un individu survivant à une première attaque. Le système attaqué ayant développé les anticorps nécessaires. L’Ébola ne semble pas faire exception, bien que ce ne soit pas prouvé (le nombre de survivant infecté est si petit !). Aucune seconde infection à l’Ébola n’a été déclarée jusqu’à maintenant. Sauf que cette immunisation n’est valable que pour la même souche du virus.

Mais au fait, comment l’attrape-t-on, ce virus ? Évidemment, in l’attrape par contact avec un hôte infecté, mais encore, cet hôte, il l’a attrapé comment ? Autrement dit, d’où sort-il, cet Ébola ? Dans The Stand, le cas initial élaboré par King pour son épidémie est un accident dans un laboratoire de recherche sur les virus. Est-ce crédible ? Existe-t-il des laboratoires de ce genre ? Et si oui, sont-ils sécuritaires ?

Les laboratoires de recherche de niveau 4

À titre d’exemple de laboratoire de recherche sur les virus « chauds » (au sens biologique), et pour faire un parallèle avec le laboratoire militaire imaginé par King dans The Stand, je vais faire une présentation sommaire d’un laboratoire de l’USAMRIID.

La mission de l’USAMRIID est la défense médicale. L’institut poursuit des recherches visant à trouver les moyens de contrôler les micro-organismes mortels, dont les virus. Et l’institut a un « laboratoire Ébola ». Ce laboratoire est situé dans un immeuble, lui-même situé à l’intérieur d’une base militaire. L’immeuble comporte des cheminées ne laissant échapper que des fumées filtrées provenant des laboratoires de biologie étanches. Le laboratoire Ébola est une suite de pièces étanches où règne une pression inférieure à la normale. Il s’agit d’une mesure de sécurité assurant qu’en cas de fuite, l’air pénétrera dans le laboratoire plutôt que d’en sortir. Le laboratoire est divisé en « zones » affectées de différents codes de sécurité. La personne désirant entrer au laboratoire Ébola doit absolument passer par les niveaux de sécurité successifs.

Le niveau de sécurité zéro est le « vestiaire ». On doit y retirer tout ce qui est en contact avec la peau (vêtements et sous-vêtements, bagues, verres de contact, etc.) et enfiler une chemise et un pantalon stériles semblables à un habit de chirurgien. Puis un sas mène au niveau deux. Il s’agit d’une pièce de décontamination par ultraviolets. Les rayons ultraviolets détruisent le matériel génétique des virus, ce qui les rend incapables de se multiplier. Au niveau trois, on doit enfiler une paire de gants chirurgicaux en latex, puis les coller avec du ruban adhésif aux manches de la chemise de chirurgien. Il faut aussi enfiler des bas et les coller aux chevilles du pantalon de chirurgien. On enfile ensuite une combinaison spatiale étanche. Pressurisée et constituée de plastique résistant, la combinaison comporte des gants en caoutchouc épais fixés aux poignets par des joints d’étanchéité. Enfin on enfile un casque de plastique flexible. Une fermeture à glissière le ferme hermétiquement. Le principal problème de cette étape, c’est l’élément imprévisible de claustrophobie. On raconte que quelques personnes prennent peur lorsque le casque des hermétiquement fermé et la peur suscite parfois des gestes brusques qui peuvent s’avérer dangereux.

Lorsque tout est prêt, on passe dans un sas menant au niveau quatre. Le sas diffuse une douche de décontamination chimique. L’opération de décontamination dure sept minutes. Passé cette étape, on peut entrer au laboratoire de niveau quatre, identifié comme à risque de contamination biologique, dont le symbole est une fleur rouge et épineuse à trois pétales. Voilà dans quel contexte travaillent les scientifiques affectés aux laboratoires de ce genre.

On peut facilement imaginer le niveau du stress du personnel ! La plupart ont des petits rituels avant de passer la porte du niveau quatre. Prières, signes de croix, amulettes dans les combinaisons, etc. Mais toutes ces précautions sont-elles suffisantes pour pallier à un accident tel que celui imaginé par King ? En fait, on sait très peu de choses sur l’accident à l’origine de The Stand. Mais il est facile d’imaginer qu’une personne du laboratoire a dû être infectée, ne pas s’en apercevoir ou ne pas le dire par crainte, et ainsi infecter ses collègues. Le temps de se rendre compte que le virus se baladait (à la vitesse où il agit dans le roman), l’alarme est donnée mais Campion a foutu le camp…

Dans la réalité, il est déjà arrivé des accidents. Dans le livre intitulé The Hot Zone, Richard Preston rapporte l’incident vécu par le major Nancy Jaax, alors qu’elle suivait sa formation en pathologie vétérinaire, à l’USAMRIID. La seconde fois où elle eut à entrer au niveau quatre du laboratoire Ébola, elle se rendit compte, après plusieurs manipulations de sang de singe contaminé, que son gant était déchiré sur la paume extérieure. Preston rapporte : « Elle rinça son gant et son bras dans du désinfectant. (…) Mais dans les deux gants restants, elle sentit sa main froide et poisseuse. Il y avait dans son gant de combinaison quelque chose de mouillé. (…) c’est alors qu’elle vit la fente au poignet. Il existait une déchirure dans sa combinaison spatiale (…) » Elle fila vers le sas et resta dans la chambre de décontamination les sept minutes nécessaires. Puis : « Elle arracha sa combinaison (…) et vit que la manche de sa chemise verte était noire d’humidité et que son gant de chirurgie était rouge. Le sang chargé de virus Ébola s’était infiltré jusqu’au gant intérieur, et s’était étalé sur le latex (…) [Il est normal que le jet de la douche de décontamination ne s’infiltre pas jusque-là.] Cinq ou dix particules virales d’Ébola suspendues dans une gouttelette de sang pouvaient facilement se glisser, par un trou d’épingle, dans un gant de chirurgien, et pouvaient suffire à déclencher l’infection explosive. Et un trou d’épingle dans un gant n’est pas visible à l’œil nu. (…) Elle (…) plaça sa main sous le robinet pour la rincer. (…) Elle retira alors son dernier gant (…) Elle n’avait pas de sang du singe sur sa main. »

Par la suite, elle vérifia le gant en le remplissant d’eau et s’assura qu’il n’y avait pas la moindre fuite. Le rapport d’accident conclut que le major Nancy Jaax n’avait pas été exposée au virus Ébola.

L’hypothèse de King est donc la suivante (ou une semblable) ; imaginons un accident du même genre, mais où le mince gant de latex a un tout petit trou, invisible à l’œil nu. Une personne est infectée, soit sans le savoir (si elle ne vérifie pas le gant) soit en le sachant, sans en informer personne, tellement son état de terreur est grand. Et voilà. C’est aussi simple que ça. Mais est-il crédible qu’une personne garde un tel secret ?

Oui, car dans les cas où un membre du personnel est infecté et qu’il en informe les autorités du laboratoire, il est placé en observation à l’hôpital de sécurité biologique de niveau quatre de la base. Si, après avoir été exposé à un agent contaminé et admis dans cet hôpital particulier, vous n’en sortez pas vivant, votre corps est emporté vers une morgue spéciale. Et le taux de mortalité de l’Ébola Zaïre étant de 90 %, vos chances de sortir de la base sont minuscules. Le choc peut faire qu’une personne ne décide pas immédiatement d’informer ses collègues, malgré les risques. Et, bien évidemment, une infection peut survenir sans que la personne puisse s’en rendre compte.

Dans le cas du virus Ébola, si une épidémie éventuelle est évitée par des mesures de sécurité adéquates en laboratoire, il se produit toutefois des apparitions du virus, provenant d’une autre origine.

D’où vient l’Ébola ?

Toutes les recherches semblent indiquer que la forêt vierge d’Afrique abrite les réservoirs naturels de l’Ébola et du Marbourg. Ces réservoirs peuvent être n’importe quel organisme vivant, des unicellulaires (quoique ce soit peu probable ici) aux vertébrés, en passant par les insectes. Il y a des dizaines de milliers d’espèces dans ce coin du monde. Ça complique la recherche. Actuellement, plus de 3 000 espèces animales et des dizaines de milliers d’insectes font l’objet de recherches fouillées. Géographiquement, les recherches ciblent la région du mont Elgon, près de la vallée du Rift. Il est amusant de constater que l’organisme qui pourrait pratiquement éradiquer l’humain de la planète a ses origines dans un endroit voisin de celui des origines de l’humain…

Bref, en plus de ne pas connaître l’hôte principal, on ne sait pas précisément où chercher ce réservoir. Des expéditions passées ont échoué dans des recherches semblables. Les résultats n’ont pas été publiés.

Mais même si l’on est incapable de le voir venir, l’Ébola surgit de nulle part et frappe. La solution du réservoir réside donc dans l’analyse des épidémies passées : l’épidémiologie. L’épidémiologie, c’est tenter de reconstituer la propagation du virus lors d’une épidémie. À partir des victimes, tenter de remonter d’abord au cas initial, celui qui semble avoir contaminé les autres, puis, dans un deuxième temps, retracer comment et où ce cas initial a contracté le virus. C’est ainsi que l’on a ciblé la région du mont Elgon, en Afrique. On s’approche du réservoir, lentement.

Une question demeure cependant nébuleuse ; impossible de savoir d’où venait le virus de la souche Reston (qui a infecté les singes importés des Philippines).

Les épidémies

Dans The Stand, King nous brosse une épidémie dévastatrice. L’élaboration littéraire de son épidémie est une brillante démonstration de la propagation d’un virus tel que celui mis en scène par King. Un virus à haut taux de contamination et qui tue rapidement.

Dans le roman, Campion est le cas initial de l’épidémie (oublions les autres personnes contaminées et mortes à l’intérieur de la base militaire, Campion ayant été le seul à sortir avec le virus). Il contamine, entre autres, le petit groupe d’amis de la station-service d’Arnette, Texas, groupe qui comprend le propriétaire, Hapscomb. Le lendemain, le cousin du propriétaire, Joe Bob, se pointe à la station pour être contaminé par Hapscomb. Ce cousin est policier et il traverse la moitié du Texas… Et voici comment King décrit le processus de contamination :

« Le 18 juin, cinq heures après avoir parlé à son cousin Bill Hapscomb, Joe Bob Brentwood arrêta une voiture (…) Il s’agissait de Harry Trent de Braintree, agent d’assurance. (…) Et il donna à Harry Trent beaucoup plus qu’une simple contravention. Harry Trent, un homme sociable qui aimait son travail, transmit la maladie à plus de quarante personnes ce jour-là et le lendemain. (…) Le 19 juin, Harry Trent s’arrêta pour déjeuner chez Babe’s Kwik-Eat, dans l’est du Texas (…) il infecta Babe, le plongeur, deux routiers, le livreur de pain (…) Quand il sortit, une voiture arrivait, remplie à craquer d’enfants et de bagages. (…) Plaque de New-York. Le conducteur avait baissé sa vitre pour demander à Harry (…) Le New-Yorkais était Edward M. Norris, lieutenant de police. (…) Ils passèrent la nuit dans un motel d’Eustace, dans l’Oklahoma. Ed et Trish infectèrent la réceptionniste. Les petits (…) infectèrent les enfants qui jouaient sur le terrain de jeu du motel – des enfants qui se rendaient dans l’ouest du Texas, en Alabama, en Arkansas et au Tennessee. (…) Aux petites heures du matin, Trish réveilla Ed pour lui dire que Heck, le bébé, était malade. (…) À deux heures de l’après-midi, ils étaient dans la salle d’attente du docteur Brenden Sweeney. Ed avait commencé à éternuer lui aussi. La salle d’attente était pleine. (…) dans la salle d’attente, ils transmirent la maladie (…) à plus de vingt-cinq personnes, dont une solide matrone qui était simplement venue payer ce qu’elle devait au médecin. Avant de transmettre la maladie à tous les membres de son club de Bridge. (…) Cette solide matrone était Mme Robert Bradford, Sarah Bradford pour ses amis (…). Elle et Angela allèrent prendre un verre (…) elles réussirent à infecter tous ceux qui se trouvaient dans le bar dont deux jeunes hommes (…). Le lendemain, ils repartirent en direction de l’ouest, en répandant la maladie sur leur passage. Les réactions en chaîne ne sont pas toujours faciles à amorcer. Celle-ci ne se fit pas prier. (…) Sarah rentra chez elle pour infecter son mari, ses cinq amis qui jouaient au poker avec lui, et leur fille, Samantha (…). Le lendemain, Samantha allait infecter toute la piscine de Polliston. Et ainsi de suite. »

Les épidémies ne sont que ça : des réactions en chaîne. Elles sont aussi étendues que le permettent les conditions, dont le taux de contamination et le mode de transmission. Ainsi, il s’est produit plusieurs épidémies d’Ébola depuis quelques années…

La première épidémie connue d’Ébola a eu lieu au Zaïre, en septembre 1976. L’épidémie a débuté dans un hôpital de mission, à Yambuku. L’Ébola s’est déclaré presque simultanément dans 55 villages de la région. 280 personnes atteintes, avec un taux de mortalité de 90 % L’Ébola devenait alors le micro-organisme le plus « mortel » après la peste bubonique. L’épidémie a été contenue par des mesures de quarantaine très sévères. Le virus disparut complètement sans que l’on sache d’où il était venu. On baptisa le virus Ébola, du nom d’une rivière affluent du fleuve Congo, tout près de « l’épicentre » de l’épidémie.

L’épidémie suivante a eu lieu au Soudan, toujours en 1976. Une souche légèrement différente, et moins virulente, avec un taux de mortalité de 60 %. Puis, une autre épidémie au Zaïre en 1977, puis de nouveau au Soudan, en 1979. À chaque occasion, la seule solution fut la quarantaine. On place les patients en isolement complet et on attend ! La majorité meurent, les autres survivent. Le virus, une fois l’hôte mort, ne survit pas très longtemps. Fin de l’épidémie. Par la suite, quelques cas isolés seulement, jusqu’en 1990…

…Aux États-Unis. Lieu d’origine de l’épidémie imaginée dans The Stand.

L’étonnante souche Reston

On nomme les différentes souches d’après leur endroit d’apparition. Reston est une petite ville de Virginie, tout près de Washington D.C. aux États-Unis. Dans cette ville se trouvait un petit pavillon où une compagnie de recherche s’occupait de singes qu’elle importait des Philippines. À l’automne 1989, plusieurs singes d’une des salles se mirent à mourir d’une maladie qui rappelait la fièvre hémorragique du singe (virus non transmissible à l’humain). On procéda à des prélèvements et à de nombreuses autopsies, sans résultats. Le directeur du pavillon pensa alors à l’USAMRIID.

Il faut comprendre qu’à ce moment, peu de gens connaissaient le virus Ébola, qui n’avait frappé qu’en Afrique. En fait, les scientifiques craignaient davantage le Marbourg, qui avait déjà frappé l’Allemagne. De plus, il n’était alors pas évident que les singes étaient des vecteurs d’Ébola.

Le directeur expédia donc différents échantillons à l’USAMRIID. Certains étaient des morceaux de rate ou de foie, emballés dans du papier d’aluminium. À l’USAMRIID, on aurait blagué à la réception de la chose en disant qu’on était chanceux de ne pas avoir affaire au Marbourg ! Ce qu’on découvrirait après des analyses plus approfondies, c’était qu’il s’agissait de l’Ébola. On fit des tests détaillés pour identifier la souche. À cette époque, on connaissait la souche Zaïre et la souche Soudan. Les tests se révélèrent positifs pour la souche Zaïre. La plus terrible des deux souches connues. Il y avait dans un petit édifice américain des singes atteints par le virus le plus dangereux du monde.

L’USAMRIID et le CDC réagirent le plus rapidement possible, en isolant complètement le pavillon, puis en stérilisant méthodiquement l’endroit, lors d’une opération qui semble irréelle lorsqu’on en lit les détails. L’idée était d’éradiquer toute forme de vie de ce pavillon. Même le film Outbreak, vaguement inspiré de cette histoire, n’arrive pas à transmettre au spectateur le sentiment d’irréalité d’une telle opération.

La description de l’intervention rappelle au lecteur de The Stand les mesures que l’auteur met en scène de la part des autorités.

À Reston, tout sembla rentrer dans l’ordre, à deux détails près : deux hommes qui avaient été en contact direct avec les singes malades. Leur « début de rhume » et leur fièvre cessèrent rapidement. Ils s’en tirèrent et l’on crut à une coïncidence. On procéda par contre à différents tests qui révélèrent que les hommes avaient des anticorps contre l’Ébola. Ils avaient donc été infectés et avaient survécu. Deux cas sur deux. On était loin de la virulence habituelle de l’ÉZ. Finalement, on fut se rendre à l’évidence, il s’agissait d’une nouvelle souche. On la baptisa donc Reston. On sait maintenant que la souche Reston est très proche de la Zaïre. Pourtant, non seulement est-elle inoffensive pour l’humain, mais elle s’avère transmissible par voies aériennes !

Il est important de noter ici l’aspect miraculeux de cette « épidémie ». Primo, on a affaire à une souche d’Ébola en partie aérogène, ce qui est probablement le pire cauchemar imaginable. Secundo, l’Ébola est alors implanté dans une grande ville américaine, ce qui est probablement le second pire cauchemar imaginable ! Tertio, et c’est là que le miracle survient : il s’agit de la seule souche inoffensive pour l’humain !

Un écrivain aurait bâti une fiction regroupant tous ses aspects avant 1989, il aurait passé pour un crétin. Trop invraisemblable ! Mais la réalité n’a pas à se soucier de vraisemblance. Et en fait, à part son aspect inoffensif, il s’agissait du virus idéal pour représenter celui imaginé par King pour The Stand !

L’ÉR de 1989 a été « vaincu » en stérilisant le pavillon de Reston. Après coup, le pavillon reprit ses activités, mais l’Ébola frappa à nouveau quelques mois plus tard. Encore une fois, il s’agissait de la souche Reston. Nouvelle stérilisation, en 1990, le pavillon a fermé ses portes. Notons ici que la réaction « rapide » du CDC et de l’USAMRIID n’a pas suffi à enrayer l’épidémie dès le départ. S’il s’était agi d’une souche plus virulente, mortelle, le virus se serait fort probablement propagé plus largement. C’est dire que même avec les deux organismes les plus aptes à faire face à une telle éventualité, on aurait pu perdre le contrôle de la situation. Mais il s’agissait du Reston, les gens atteints ont tous survécu. Fin de « L’épidémie Reston ».

Épidémies récentes

C’est au moment de la sortie du film Outbreak à l’été 1995 que, comme pour narguer les humains, l’Ébola frappa encore une fois. Et cette fois, c’est bien l’Ébola Zaïre. Le virus infecta 315 personnes. 244 moururent. La baisse du taux de mortalité est due à un traitement au sérum sur plusieurs victimes. Le traitement au sérum d’Ébola Zaïre semble donc atténuer l’impact du virus. Lors de l’opération menée par l’USAMRIID sur les lieux, des « singes sentinelles » (utilisés comme les canaris dans les mines) ont été infectés par les voies aériennes. C’était la première fois que l’on constatait une transmission aérogène de l’ÉZ. [Cette découverte a été faite par accident et n’a pas été réétudiée par la suite avec un protocole de laboratoire.]

Depuis, toute la communauté internationale de virologie est sur les dents. Jamais la transmission de l’information sur les filovirus n’a été aussi rapide. C’est ainsi que l’on a pu identifier quelques cas isolés de malades infectés par l’Ébola depuis l’été 1995, notamment en Côte d’Ivoire. C’est là qu’on a pu isoler une nouvelle souche, l’Ébola Taï, sur laquelle on ne possède pas suffisamment de statistiques pour déterminer le taux de mortalité chez l’humain. Récemment, on a identifié des cas d’Ébola au Gabon. 13 morts sur 20 patients infectés. Les victimes avaient tué et préparé un singe pour un festin de village. Enfin, des cas de fièvre hémorragique virale dont la souche demeure non identifiée ont été relevés au Zaïre au début de l’année 1996.

Mutations et fictions

Après avoir pris connaissance des manifestations de l’Ébola parmi les humains, on peut relever quelques points importants pour l’avenir. Tout d’abord, on remarque que l’incroyable virulence des filovirus nuit à son amplification dans la population humaine. En effet, le virus tue tellement vite que la contagion n’a pas le temps de se propager largement. Les procédures de quarantaine appliquées jusqu’à présent semblent de plus en plus efficaces. Par comparaison, le VIH s’est propagé lentement mais sûrement parmi la population mondiale et l’amplification se poursuit toujours.

Le virus fictif de King semble donc encore plus épouvantable que ne le sont les virus bien réels, puisqu’il tuait juste assez lentement pour assurer à son hôte le temps de transmettre la maladie à suffisamment d’autres individus. Par contre, notons que cette observation découle du fait que le virus de King est aérogène. Il n’est pas prouvé qu’en cas d’épidémie d’une mutation aérogène d’Ébola Zaïre (mortel), on pourrait limiter les dégâts.

Seconde observation importante : le traitement par le sérum est la seule solution connue pour diminuer le taux de mortalité du virus. Sauf qu’il n’est pas efficace lorsque la souche est différente. Dans le cas du virus de King, il était impossible d’éradiquer ainsi l’épidémie vu le grand nombre de cas et la rapidité de progression du virus dans la population.

Autre observation intéressante : la seule souche clairement aérogène est également la seule souche inoffensive pour l’humain. On pourrait trop facilement en conclure que la mutation nécessaire au virus pour être transmissible par les voies aériennes provoque une diminution de la virulence de l’Ébola chez l’humain. C’est un raisonnement simpliste qui ne tient malheureusement pas la route. On n’a qu’à penser au virus causant la grippe espagnole, une mutation du virus de la grippe parmi des milliers de possibilités. Toujours aérogène, mais d’une virulence sans précédent chez un virus de ce type. Or, Ébola est aussi un virus super-mutant.

Par contre, pour devenir aérogène, le virus doit transformer ses protéines de surface afin de devenir plus résistant à l’air. Autrement dit, pour se transmettre par l’air, le virus doit y survivre un minimum de temps. Pour infecter le système respiratoire, il lui faudra donc subir également des changements. Les probabilités sont faibles, si l’on considère l’ensemble des mutations possibles. Toutefois, comme le virus subit plusieurs mutations, le risque en est augmenté d’autant. Enfin, notons que cela s’est déjà produit (le Reston), mais que, miraculeusement, cette souche est inoffensive pour l’humain.

Conclusion

On pourrait donc broder des centaines de scénarios possibles à partir du peu d’information que l’on détient sur l’Ébola. Ce qui est certain, c’est que l’apparition d’un virus tel que celui mis en scène par Stephen King dans The Stand n’est pas impossible. Pire, elle n’est pas improbable ! Une petite mutation, une toute petite mutation, et une souche aussi virulente que l’ÉZ transmissible par l’air pourrait dévaster la planète en quelques semaines à peine. Le plus amusant de l’histoire, c’est que là où les lecteurs décrochaient de The Stand (les symptômes « insoutenables »), la fiction n’était rien en comparaison de ce que produit réellement la fièvre hémorragique virale (Marbourg ou Ébola) !

Pour terminer, mentionnons que l’Ébola est une forme de vie qui existe depuis très longtemps. Il est fort probable que l’Ébola survivra à l’humanité sur la Terre. En fait, c’est peut-être l’organisme qui causera la disparition éventuelle des humains. Ce ne serait certainement pas la première fois qu’un virus de ce type cause la disparition d’une espèce.

Au fait, qu’est-ce qui a causé l’extinction des dinosaures, déjà ?

Hugues MORIN

Notes (mai 2020)

Depuis la publication de cet article en 1997, quelques autres filovirus ont été découverts, dont deux autres souches de l’Ébola (Bombali et Bundibugyo). La dernière épidémie d’Ébola remonte à 2014-2015 et elle a frappée avec 40 % de taux de mortalité. Même si on en sait un peu plus sur sa structure et son fonctionnement chez l’humain – il cause par exemple de la coagulation intravasculaire, un élément encore méconnu en 1997 – le réservoir naturel du virus Ébola n’est pas encore déterminé avec exactitude et il n’existe toujours pas de traitement antiviral efficace pour traiter les gens atteints. Enfin, on commence à entrevoir l’arrivée de vaccins (trois seraient actuellement en phase avancée), alors que le virus a été découvert il y a 44 ans.

Des sept coronavirus connus actuellement, quatre ne causent que des rhumes assez bénins. Les trois autres causent des syndromes respiratoires graves. Le plus connu avant l’épidémie de 2019-2020 était le Sars-Cov (SRAS), responsable d’une épidémie en 2003-2004. Mais de 2012 à 2014, le Mers-Cov (MERS) causait lui aussi une épidémie touchant près de 20 pays un peu partout sur le globe. Les taux de mortalité du SRAS et du MERS sont estimés à 10 % et 35 %, respectivement. Si le SRAS est très contagieux, le MERS l’est heureusement moins.

Règle générale, plus un virus tue rapidement, moins il a de chance de se répandre largement dans la population. Le Sars-Cov-2 (Covid-19), semble avoir adopté un chemin intermédiaire entre le VIH, qui tue très lentement et s’est donc répandu partout dans le monde, et l’Ébola, qui tue rapidement et n’est jamais arrivé à se propager très largement dans le monde lors de ses apparitions.

Comme le Sars-Cov-2 est un virus nouvellement identifié, en sait encore relativement peu sur ce virus malgré les efforts consacrés à la recherche. Les données sur le nombre de souches identifiées, son taux de contagion ou de mortalité sont encore discutés et ne font pas l’objet d’un consensus scientifique. On estime que bien qu’il soit plus contagieux que plusieurs virus connus, son taux de mortalité demeure plus bas que celui de l’Ébola et du MERS (et, bien entendu, du virus imaginé par Stephen King dans The Stand).

On connaît aussi mal le fonctionnement global de la Covid-19. On a d’abord cru à une simple maladie respiratoire, avant de se rendre compte que comme l’Ébola, il cause aussi un phénomène de coagulation intravasculaire chez certains individus infectés, et que chez d’autres, une réaction inflammatoire grave des vaisseaux sanguins surviendrait après que l’infection ait été combattu avec succès par le système immunitaire. La plupart des études sur le Sars-Cov-2 sont d’ailleurs encore en prépublication au moment d’écrire ces notes, alors difficile d’avoir un portrait précis de cet agent pathogène.

Le virus de la Covid-19 n’est donc pas le virus cauchemardesque imaginé par Stephen King en 1978, et si sa rapide progression a causé un réveil général face à la menace de ce genre de pathogène, cette menace était appréhendée depuis longtemps par plusieurs auteurs et lecteurs de science-fiction.

Éditorial, de Joël Champetier (mai 1990)

Alors que vous êtes sur le point de lire, lisez ou avez peut-être déjà lu Solaris 214 (printemps 2020 – Les Univers de Joël Champetier), nous partageons avec vous aujourd’hui un éditorial bien spécial… et historique. Il y a environ trente ans paraissait le numéro 91 (Mai-Juin 1990) de la revue Solaris, dans lequel Joël Champetier écrivait quelques mots sur son nouveau rôle de directeur littéraire et qui donne un aperçu du milieu de la SFFQ de l’époque aux nouveaux(elles) venu(e) et qui rappelle sans doute bien des souvenirs à ceux et celles qui étaient présent(e)s en 1990.

Éditorial – Directions littéraires

Me voilà donc devenu le troisième directeur littéraire de l’histoire de Solaris. Après Norbert Spehner et Élisabeth Vonarburg, ce sont de bien grands souliers à chausser. À la création de Requiem, en 1974, c’est Norbert Spehner qui tenait le poste. Normal : au début il faisait tout et, ma foi, il ne s’est pas si mal débrouillé puisqu’il nous a fait découvrir les April, Beaulieu, Bélil, Bouchard, Sernine, Dion, Sirois, Vonarburg (je me limite à ceux qui écrivent encore). Ça a duré jusqu’en 1979, année charnière s’il en est une, l’année du premier Boréal (j’y étais !), de la création de Pour ta belle gueule d’ahuri et d’imagine… C’est également l’année où Requiem devenait Solaris.

1979… J’étais bien jeune à l’époque. L’autre jour je feuilletais ce fameux numéro 28, le « premier » Solaris. Ce numéro est depuis longtemps épuisé, je n’en possède qu’un exemplaire, le beau dessin de couverture taché de sauce tomate. Le texte est encore dactylographié sur une « IBM à boules ». Daniel Sernine y publie une courte nouvelle, « Nocturne » (pensez donc, à l’époque Daniel avait déjà publié deux recueils !). On y parle d’un nouvel auteur prometteur : Orson Scott Card. On s’y plaint du prix des tarifs postaux : 17 cents pour une lettre (il y a des choses quine changent pas)… Mais le principal intérêt historique de ce numéro n’est pas le changement de nom, c’est la nomination d’Élisabeth Vonarburg au poste de directrice littéraire, nomination qui allait avoir des conséquences profondes et durables sur l’avenir de la revue et même – n’ayons pas peur des mots – sur l’avenir de la SFQ toute entière.

Il est difficile pour qui n’a jamais travaillé aux côtés d’Élisabeth d’imaginer son dévouement à la cause de la science-fiction québécoise. Sa capacité de travail semble sans limite : ce n’est rien pour elle d’envoyer cinq pages de commentaires à simple interligne à l’auteur d’une nouvelle. À l’époque héroïque où notre composeuse logeait dans ma maison de La Salle, Élisabeth venait à tous les deux mois composer une partie de la revue… de Chicoutimi ! Et je n’ai pas parlé des ateliers d’écriture, de son travail critique et de son travail d’écrivaine !

Bref, oui, ce sont de bien grands souliers. Autant vous prévenir : n’espérez pas autant de dévouement de ma part. Je ne suis qu’humain, moi. Malgré cela, quelles sont donc les raisons qui me valent de succéder à Élisabeth ? Elles sont simples :

Premièrement, j’écris depuis plus de dix ans, donc on peut supposer que je sais un peu de quoi il retourne.

Deuxièmement, je suis à la fois disponible et volontaire, car – dois-je le rappeler ? c’est le bénévolat qui fait vivre la SFQ.

Troisièmement, je ne serai pas seul. Je serai secondé par Francine Pelletier et Guy Sirois, tous deux écrivains, qui liront les textes retenus et m’aideront dans mes suggestions aux écrivains ; car c’est évidemment l’amélioration des textes retenus qui demande le plus du directeur littéraire.

Mais que va-t-on maintenant privilégier dans Solaris ? La science-fiction ? Le fantastique ?

Personnellement, j’aime la variété. Je ne lis pas que de la fiction ; dans ma fiction je ne lis pas que de la SF ; et dans ma SF je ne lis pas qu’un type de SF. Je pense que ce goût personnel prolongera de belle façon la politique d’ouverture de Solaris vis-à-vis de toutes les littératures de l’imaginaire : SF, fantastique, fantasy horreur, insolite, et les mélanges de ces genres.

Mais, me demanderez-vous sournoisement, quels seront les critères de sélection ?

Bonne question. J’ai suivi avec intérêt les discussions sur la direction littéraire et les critères de choix, discussions qui ont débordé dans Solaris, Carfax et les tables rondes des congrès Boréal. Je retiendrai pour ma part cette réflexion de Marc Lemaire, dans Solaris 71, que certaines revues ont avantage à se passer d’un projet littéraire trop strict : nos revues québécoises ne peuvent se permettre de refuser un bon texte parce qu’il ne « cadre » pas. Comme tout le monde, je ne voudrais publier que des textes de très haute tenue capables de rivaliser avec les meilleures réalisations étrangères, sans pour autant renier leur spécificité québécoise. Mais est-ce que les auteurs nous soumettront toutes ces merveilles ? Parce que c’est bien ça le problème : pour publier de bons textes, il faut que quelqu’un A) les écrive et B) nous les soumette.

On aura compris à ce qui précède que je ne considère plus Solaris comme un banc d’essai pour auteur débutant. Ce devoir d’encourager la relève, normal et nécessaire aux débuts de la SFQ, est de moins en moins pertinent avec la présence à nos côtés de Samizdat, Temps Tôt et CSF. Ce qui ne veux pas dire que nous ne voulons plus recevoir de textes de débutants. J’ai la ferme intention, comme le faisait Élisabeth, de répondre à chaque auteur qui soumettra un texte (mais peut-être pas cinq pages à simple interligne…), je veux simplement qu’il soit compris que nous préférons publier peu de bons textes plutôt qu’une grande quantité de textes faibles. Et tant mieux si ce bon texte est l’œuvre d’un débutant !

Mais qu’est-ce que c’est, un « bon texte » ? J’aurais envie de répondre « Un texte bien écrit avec une bonne histoire » mais ce serait repousser d’un cran la définition. Comment répondre sans rappeler qu’en tout art la beauté procède de l’ineffable, et qu’il est moins facile d’identifier ce qui nous plaît que ce qui ne nous plaît pas. On a abondamment glosé sur l’opposition entre la forme et le fond, entre le style et l’histoire, alors que dans mon esprit ce ne sont pas des éléments opposés, qu’il faudrait balancer à la manière du yin et du yang, comme si un style recherché impliquait nécessairement une intrigue médiocre, et vice-versa. Je pense qu’il s’agit d’un faux débat alimenté par une certaine tendance, en SFQ comme ailleurs, à compenser le manque d’imagination par la poudre aux yeux des effets stylistiques. Je confesse mon peu d’intérêt pour ces textes à l’écriture recherchée quand cette écriture n’est pas sous-tendue par une histoire solide ou originale ou prenante ou drôle ou horrible, ou un mélange de ces éléments, ou tous ces éléments ! Je réfléchis moins en termes de forme et de fond qu’en termes de « richesse » et de « pauvreté ». Pour moi, un bon texte est riche, riche dans sa langue, oui, mais également riche en surprises, en action, en symbolisme, en niveaux de lecture, en émotions…

En terminant, un mot au sujet des textes européens : nous allons maintenir notre politique d’en publier peu. Nous ne sommes pas insensibles aux problèmes de nos confrères d’outre-Atlantique – le manque de débouchés pour les nouvelles n’étant pas le moindre – mais les pages de Solaris sont cruellement comptées et le resteront. D’ailleurs, on constatera l’absence de tout dogmatisme à Solaris puisque que nous vous présenterons bientôt un spécial « SF française ».

Eh bien voilà. J’espère m’être fait comprendre. De pied ferme et prêt à tout – et fidèlement secondé par Guy et Francine – j’attends vos textes.

Joël CHAMPETIER

Mai 1990

Prix Solaris 2020 – Et la gagnante est…

COMMUNIQUÉ

PRIX SOLARIS 2020

Québec, le 3 mai 2020 – Le Prix SOLARIS 2020 a été attribué à Josée Bérubé, pour sa nouvelle « Les Épinettes à corneilles ». Étrange hybride entre une scientifique rigoureuse et une artiste passionnée, Josée Bérubé est née en 1979 et a grandi en Gaspésie. Elle s’intéresse à beaucoup (trop ?) de sujets et rêve de détenir un superpouvoir qui lui permettrait de générer du temps à volonté, ou encore de se dédoubler dans des univers parallèles – dessin au fusain et collection d’anciens modèles Lego en simultané ! Elle enseigne les mathématiques depuis dix-sept ans aux cégépien(ne)s du Collège Jean-de-Brébeuf de Montréal (le calcul démentiel et infernal, notamment) et compte quelques publications à son actif dans le monde des manuels scolaires et de la pédagogie. « Les Épinettes à corneilles » est son premier texte littéraire publié.

Les membres du jury ont choisi « Les Épinettes à corneilles », car ils en ont particulièrement apprécié l’angle original et surprenant choisi pour aborder la thématique, les personnages attachants et plus qu’humains, la vision sensible et empreinte d’humanité d’un monde pourtant abîmé, de même que les qualités stylistiques du texte.

La gagnante se mérite une bourse de 1 000 $. Sa nouvelle sera publiée dans SOLARIS 215, à l’été 2020.

Le jury du Prix SOLARIS 2020, appelé à délibérer selon un processus de sélection anonyme, était composé de :

Francine Pelletier, écrivaine et adjointe à l’édition aux éditions Alire ;

Pascal Raud, écrivain et directeur littéraire de Solaris ;

Et Philippe Turgeon, adjoint à la direction littéraire aux éditions Alire ;

Le jury tient à souligner que plus de la moitié des nouvelles participantes appartenait à la science-fiction (notons que cinq soumissions étaient hors genres de l’imaginaire et ont dû être écartées par le jury) et que près de la moitié des textes provenait de plumes féminines.

Toute l’équipe de Solaris remercie chaleureusement les participants et les membres du jury de leur collaboration et prie ses lecteurs de bien noter que la date limite de participation pour l’édition 2021 est le 22 mars 2021.

Jonathan Reynolds, coordonnateur

Source :

Jonathan Reynolds

(418) 837-2098

reynolds@revue-solaris.com

Solaris 214 (Printemps 2020 – Hommage à Joël Champetier) s’en vient !

Nous avons (enfin !) une bonne nouvelle en ces temps incertains ! Nos abonné(e)s recevront le numéro 214 de la revue Solaris, en format numérique, le 22 mai, et aux alentours de cette date pour le format papier (si seulement nous pouvions contrôler les aléas de la poste !) Il sera également possible pour nos lectrices et lecteurs non-abonné(e)s d’acheter ce numéro sur notre site Internet à la même date.

En ce moment, nous ne pouvons vous annoncer avec précision la date d’arrivée en librairies, mais nous vous tiendrons au courant, soyez-en assuré(e)s !

Quoi qu’il en soit, nous avons particulièrement hâte que vous ayez entre les mains le numéro spécial « Hommage à Joël Champetier » parce que, comme l’écrit Jean Pettigrew dans sa présentation, « En ces temps de pandémie et de confinement préventif, nul doute que le contenu de ce numéro vous fera le plus grand bien. Quoi de mieux, en effet, que la possibilité de s’évader de la triste réalité en plongeant dans certains des fascinants univers imaginés par Joël Champetier ? » Nul doute que vous serez agréablement surpris(e)s par les histoires que vous ont concoctées les auteur(e)s Geneviève Blouin, Philippe-Aubert Côté, Jonathan Reynolds, Ariane Gélinas, Pascal Raud, Sébastien Chartrand, Jean-Louis Trudel, Éric Gauthier, Élisabeth Vonarburg et Hugues Morin, qui ont bien connu ce grand acteur des littératures québécoises de l’imaginaire qui nous a quitté il y a bientôt cinq ans. Et n’oublions pas Mario Tessier, notre Futurible en résidence, qui s’est intéressé à la science dans les fictions de notre ami disparu trop tôt.

Solaris 214 – Reporté à plus tard.

Sommes-nous en plein récit de science-fiction depuis quelques semaines ? Un insidieux virus se répand, transformant notre monde, notre quotidien, du tout au tout et ce, partout autour de la planète.

Comme vous le savez, le milieu littéraire n’est évidemment pas épargné. Les événements sont annulés, les rassemblements interdits, les librairies et autres lieux de diffusion ferment les uns après les autres, les parutions de livres sont reportées…

Les histoires, comme toute forme d’art, nous transportent hors de notre quotidien, de nos tracas, et c’est pourquoi nous aurions voulu vous partager un peu de chaleur, un peu de lumière dans ces temps incertains, vous faire vivre les univers de Joël Champetier revisités par des auteur(e)s passionné(e)s : Geneviève Blouin, Philippe-Aubert Côté, Jonathan Reynolds, Ariane Gélinas, Pascal Raud, Sébastien Chartrand, Jean-Louis Trudel, Éric Gauthier, Élisabeth Vonarburg, Hugues Morin et Mario Tessier. Mais pour des raisons hors de notre contrôle, nous devons malheureusement vous annoncer que le numéro 214 est reporté puisque notre imprimeur a dû arrêter ses presses. Quand elles se remettront à rouler – le plus tôt possible, nous l’espérons –, nous vous en aviserons en primeur.

En attendant, si vous voulez aider votre revue préférée, sachez que plusieurs de nos numéros (167 à 213) sont disponibles en version numérique (PDF et EPUB) à prix plus qu’abordables. Quoi de mieux pour agrémenter le confinement ? https://www.revue-solaris.com/a-propos/survol-des-numeros/

Connaissez-vous la revue Anticipation?

Marcus Dupont-Besnard et Jeanne L’Hévéder (éditeurs)

Anticipation : La revue des futurs possibles, 1 (Transhumanisme) et 2 (L’Odyssée spatiale)

Paris, BoD, 2018 et 2019, 124 p. et 175 p.

Une initiative intéressante (on peut dire aussi « courageuse ») et à suivre : cette revue ne présente pas des fictions mais des dossiers qui explorent un thème en l’approchant de manière variée par des essais et des entrevues avec des scientifiques (de sciences « dures » ET « douces ») et des écrivains de SF. L’intention est indéniablement éducative, mais sans lourdeur, et l’on pose aux sciences et aux scientifiques les bonnes questions – politiques, sociologiques, éthiques. Les deux premiers dossiers sont de bons survols de chacun des thèmes abordés et donnent des pistes pour qui veut aller plus loin. La revue a aussi un site web où trouver des critiques de livres et de films, ainsi que d’autres articles et entrevues : www.anticipation-larevue.fr

Élisabeth VONARBURG