Stéphane Beauverger, Collisions par temps calme (SF)

Stéphane Beauverger

Collisions par temps calme

Clamart, La Volte (Eutopia), 2021, 120 p.

Stéphane Beauverger est un auteur qui a marqué à juste raison les littératures de l’imaginaire avec le roman Déchronologue paru en 2009 (prix Utopiales européen, Prix Bob Morane, Grand prix de l’imaginaire…). Ce tour de force littéraire mélange aventures maritimes et voyages dans le temps en suivant une trame tout à la fois incomparablement complexe et accessible (Solaris 171, volet en ligne). Je vous laisse le soin d’aller voir la critique de l’époque, cela vous donnera une idée de mon enthousiasme. C’est donc avec une certaine fébrilité que j’ai appris l’existence de ce court roman paru dans la toute nouvelle collection Eutopia de la Volte. Disons-le tout de suite : mes attentes n’ont pas été déçues. Eutopia propose des textes qui mettent en scène une société idéale. Stéphane Beauverger nous présente une société apparemment parfaite. Le monde est beau et paisible, ne connaît pas nos problèmes environnementaux, la pauvreté, la famine et la guerre n’existent plus… tout cela grâce à une intelligence artificielle créée par un génie. Cette utopie réussie repose sur Simri, cette IA qui prend soin de l’humanité depuis 50 ans au moment de l’intrigue. Dans ce monde, la paix règne, il est possible de vivre ses différences et ses passions. Chacun peut contribuer à sa bonne marche comme il l’entend. Sylas est un analyste qui travaille sur les algorithmes de Simri et aime aussi concevoir des bateaux. Il vit sur une île, dans une maison superbe, tout près de son compagnon et de leur fille. Cette vie idyllique serait parfaite si la sœur de Sylas, Calie, ne voulait pas s’extraire de ce monde. Elle ne veut plus vivre dans cette société idéale qui convient à la majorité de la population mondiale. Simri veut le bien de tous et cela inclut la possibilité pour les humains qui le souhaitent de vivre hors de son giron. L’IA les perd alors de vue et nul ne sait ce qu’ils deviennent sur Terre. Calie a décidé de quitter l’utopie et vient rendre visite à Sylas sur son île avant de partir.

Le temps ralentit à la lecture de cet ouvrage car il met le lecteur à son rythme, le rythme lent de la mer toute proche, crée des ambiances qui font ressentir la vie dans ce monde pacifié. La décision de Calie, son arrivée dans l’univers de Sylas pour une dernière rencontre, créent des remous comme une pierre jetée dans l’eau. Sylas aime sa sœur et se désole de son choix. Cette dernière rencontre les fera évoluer tous les deux, tout en dévoilant au passage un retournement inattendu.

Stéphane Beauverger a le sens de l’intrigue et utilise une écriture précise et faussement simple pour nous faire réfléchir avec brio à la capacité humaine à vivre heureux. Ce roman court est donc un nouveau tour de force : l’évocation d’un univers entier et un questionnement humain et philosophique en 120 pages. Le choix d’écrire en alternant deux points de vue principaux ajoute encore de la profondeur à cette histoire touchante et inspirante tout à la fois. Espérons que Stéphane Beauverger ne mettra pas une autre dizaine d’années pour écrire un autre texte long.

Nathalie FAURE

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