Sci-Néma 175

Christian SAUVé [CS]

Exclusif au Volet en ligne (Adobe Acrobat, 1.16Mo) de Solaris 175, été 2010

 

Hot Tub Time Machine

 [Couverture] Un trio d’anciens copains quadragénaires maltraités par la vie décide de revivre un moment fort de leur jeunesse et va visiter une station de ski où, vingt-cinq ans plus tôt, ils avaient connu de folles aventures. Ils amènent avec eux un jeune homme auquel ils peuvent raconter les détails de leur glorieuse débauche passée.

Découvrant que la station de ski n’est elle-même qu’un pâle reflet de la station de leurs souvenirs, notre équipe de fêtards finit par déverser une boisson stimulante potentiellement illégale dans les contrôles d’un jacuzzi aux pouvoirs bien étranges. Ils se réveillent en 1986, habitant leurs corps d’alors… à quelques complications près. Un réparateur joué par Chevy Chase en sait un peu plus sur la situation, mais ses explications ne sont pas des plus claires. Heureusement, les protagonistes ont déjà vu des films de SF et «savent» qu’ils ne doivent rien changer… ou presque rien changer… ou ne pas changer beaucoup de choses… ou au moins faire une tentative pour ne pas tout changer.

Ce n’est plus une surprise de voir des éléments science-fictionnels utilisés à toutes les sauces, et de moins en moins dans le cadre de films appartenant clairement au genre de la science-fiction. C’est la rançon du succès. Maintenant que tout le monde comprend le fonctionnement du voyage dans le temps, celui-ci se retrouve un peu partout. Comme sous-intrigue dans Harry Potter and the Prisoner of Azkaban, comme prétexte à des effets spéciaux dans Prince of Persia: The Sands of Time ou bien comme excuse pour une bête et stupide comédie pour collégiens telle Hot Tub Time Machine.

On dira qu’avec un titre pareil, il était inutile de s’attendre à un surplus d’intelligence. Il faut tout de même avoir un certain culot pour détourner le thème du voyage temporel en une comédie où alcool, musique, filles et débauche deviennent les raisons d’être du film. Ce n’est pas tant, faut-il le préciser, un film pour collégiens attardés, qu’un film au sujet de collégiens attardés.

Les blagues évidentes fusent quant aux années quatre-vingt, et les soi-disant progrès accomplis depuis lors. La mode est en spandex néon, la politique est reaganienne (y compris les good ol’boys locaux qui idéalisent le film Red Dawn et voient partout la menace soviétique) et John Cusak se permet des clins d’œil à quelques-uns des films qu’il tournait à l’époque. Le jeune homme contemporain est frustré de ne pas pouvoir envoyer de textos aux filles qu’il rencontre, et constate à son grand dam que sa mère est une chaude lapine des neiges. Tout cela aurait pu être nettement plus sympathique sans une pareille prolifération de grossièretés, de références grivoises et de gags portant sur l’amputation, l’homophobie, la misogynie, la consommation agressive d’alcool et la célébration des déficiences intellectuelles. Qu’une des scènes marquantes du film soit une interprétation anachronique du succès hip-hop «Let’s Get Retarded» ne semble pas être un accident.

En d’autres mains, ce film aurait pu creuser une réflexion sur les choix qui façonnent nos vies, élaguer quelques excès de mauvais goût, moins flatter les préjugés mâles et réactionnaires de l’audience. Manifestement, ce n’était pas le but recherché par les créateurs. à l’instar des bullies de l’école secondaires qui volent l’argent du lunch de leurs camarades de classe nerds, Hot Tub Time Machine pille les idées de la SF au bénéfice d’un film sans ambitions ni scrupules. C’est avec un sentiment de victoire doux-amer que les fans de SF mesureront jusqu’à quel point le genre préféré n’est plus cantonné aux intellos marginaux. [CS]

 

How to Train Your Dragon

 [Couverture] Parfois, les histoires les plus simples sont les meilleures.

Peu d’amateurs de fantasy seront particulièrement surpris par la trame narrative du film d’animation How To Train Your Dragon, un film pour toute la famille où un adolescent viking impopulaire finit par découvrir la vérité au sujet des dragons qui attaquent régulièrement son village. La capture inespérée d’un dragon redoutable finit par dévoiler des secrets qui profitent au protagoniste, au village et aux dragons eux-mêmes: tout le monde y gagne, y compris les spectateurs.

Il s’agit, selon la mode du moment, d’un film développé et projeté en 3D dans tous les cinémas participants. Les scènes de vol à dos de dragons charmeront les audiences de tous les âges, et il en sera de même si on l’écoute en deux dimensions. Le film maîtrise efficacement le vocabulaire visuel pour transformer peu à peu des dragons terrifiants en personnages irrésistiblement sympathiques. Les animateurs ont sagement choisi de concevoir leurs êtres humains sous forme de caricatures, profitant des leçons d’autres films d’animation qui proposent un photoréalisme plus ou moins agréable.

Caricature n’est pas synonyme de simplisme ou facilité. La qualité de l’animation du studio Dreamworks est impressionnante, et si les humains sont stylisés, les décors, eux, sont d’un photoréalisme étonnant. La réalisation est dynamique, l’humour est constant, le rythme est adéquat et les fils de l’intrigue sont bien noués – jusqu’à un détail de la conclusion qui paraîtra un peu sadique pour certains, même s’il boucle une thématique avouée du film.

Bref, en matière de film d’animation pour toute la famille, il sera difficile de faire mieux que How to Train Your Dragon (au moins en attendant Toy Story 3). Les films destinés à un public plus jeune finissent habituellement par s’adresser à deux audiences: les jeunes eux-mêmes, et les adultes qui se trouvent dans le voisinage alors que se répètent les visionnements du film. à part quelques séquences un peu trop intenses pour les pré-adolescents et ledit détail sadique à la fin du film, personne ne trouvera à redire à son sujet. S’il fallait trouver la petite bête, on pourrait reprocher l’aspect un peu générique de l’ensemble. Un film qui se déroule aussi correctement et efficacement ne s’inscrira sans doute pas dans nos souvenirs. Mais c’est le type de reproche qui indiffère le grand public. Pour ceux qui n’ont pas à se casser la tête à tenter de décrire le film, les histoires simples sont effectivement parfois les meilleures. [CS]

 

Clash of the Titans

 [Couverture] Dépoussiérez vos sandales et vos épées, car le péplum fantastique est de retour! Vingt-neuf ans après le Clash of the Titans [Le Choc des Titans] original, voici les mythes grecs régurgités pour une autre génération et demie, alors que le demi-dieu Persée part chasser la Méduse et revient de l’enfer à temps pour terrasser l’abominable créature envoyée par des dieux vengeurs. Le film a au moins une qualité, celui de nous permettre de voir Liam Neeson utiliser ses talents d’acteur sérieux pour prendre une pose dramatique et ordonner que l’on «relâche le Kraken!» Inutile de dire que l’on ne se servira pas du film comme référence dans les cours de mythologie classique.

Pourtant, le propos et l’intention qui sous-tendent ce film soulèvent des questions légitimes. Comment rendre la mythologie accessible? Quelle part laisser aux effets spéciaux? Comment doser l’aspect plus grand que nature d’aventures mettant en vedette des dieux? Il va sans dire que les dialogues auront une grandiloquence à la fois surannée et plaisante. L’aventure historique fantastique étant à peu près le dernier refuge de la tragédie classique en cinéma populaire, on ne s’étonnera pas de voir des acteurs récompensés par la critique accepter des rôles grandioses et pourtant un peu humiliants. (Ceci expliquerait également la distribution étonnante des rôles dans un film tel Percy Jackson and the Olympians.) Le pauvre Sam Worthington se débrouille aussi bien qu’il le peut dans cette superproduction, maniant épée et sandales comme un véritable héros d’action. Après Avatar, Terminator: Salvation, et maintenant ce film, on espère le voir dans un rôle entièrement humain d’ici peu.

Clash of the Titans réussit tout de même à développer un récit de manière relativement satisfaisante. Contrairement à d’autres films où le montage finit par saper l’énergie des scènes d’action, le réalisateur Louis Letellier parvient à livrer quelques plans d’une belle fluidité. On remarquera à la moitié du film un affrontement entre humains et scorpions gigantesques, tourné en plein soleil avec nombre de longs plans impressionnants. Malheureusement, ce n’est pas le cas de toutes les scènes. Le combat avec le Kraken est un peu brouillon, et celui avec la Méduse est trop sombre pour y prendre plaisir.

Contrairement à certains films «3D» qui perdent un peu de leur lustre lorsqu’on les visionne en deux dimensions à la maison, celui-ci a été tourné de façon conventionnelle et ensuite modifié à la hâte pour pouvoir satisfaire l’appétit créé pour les films 3D après le succès d’Avatar. Cette conversion bâclée n’ayant aucune des qualités propres à un film vraiment conçu en 3D, personne ne verra de différence sur écran régulier. Un moindre mal qui montre bien le caractère éphémère et superflu de la vague 3D… mais il s’agit là d’un tout autre sujet de discussion.

Que conclure, sinon que le film original avait un charme kitsch que la nouvelle version, avec ses effets numériques et son intention de plaire à un très large public, ne réussit même pas à approcher. On se retrouve avec une aventure fantastique antique qui se laisse regarder à condition de ne pas avoir trop d’attentes. à voir, si l’on ose, en programme double avec Prince of Persia – et pas seulement parce que Gemma Arterton figure au générique des deux films. Le péplum est de retour, et il vient accompagné d’effets numériques! Relâchez le kraken! [CS]

 

Prince of Persia: The Sands of Time

 [Couverture] Même s’il s’agit de l’adaptation d’un jeu vidéo datant de 1989, les spectateurs ordinaires peuvent être rassurés, car le film Prince of Persia: The Sands of Time est tout à fait accessible à une audience de non-joueurs. Pour cela, on devra remercier le studio Disney et la maison de production de Jerry Bruckheimer, qui tentent avec ce film de calquer le succès monstre de la trilogie Pirates of the Caribbean. Le jeu vidéo ne fournissant que l’atmosphère et quelques idées, le produit final semble construit sur mesure pour épater les foules estivales.

Les déserts ont beau avoir remplacé les océans, c’est le même esprit d’aventure fantastique qui transporte le film. Oubliez la référence géographique du titre : Prince of Persia est situé dans un univers de fantasy sans liens avec l’histoire réelle – pour s’en convaincre on remarquera qu’à une seule exception, les acteurs sont beaucoup trop caucasiens pour un film se déroulant en Perse.

On saluera en passant l’audace sardonique des scénaristes, dont l’histoire propose l’invasion d’un royaume au Moyen-Orient, décision basée sur des renseignements erronés au sujet de l’existence d’armes de destruction massive. Ajoutez à cela un personnage qui semble satiriser la rhétorique libertaire américaine et vous obtenez un film nettement plus politisé que strictement nécessaire. Un élément imaginaire est bien utilisé: un objet permettant à son détenteur de revenir dans le temps pour corriger ses actions. (Que personne ne se sente particulièrement futé d’y deviner là un des grands revirements finaux du film.)

Tous ces éléments mis dans la balance, est-ce une bonne raison d’aller faire un tour au cinéma? Est-ce que cet exercice en blockbuster populaire livre la marchandise? Est-ce que Jake Gyllenhaal, en Prince éponyme, réussira à se tailler une nouvelle carrière de héros d’action? Avec ses cheveux longs, sa musculature ciselée, et aussi grâce à des doublures s’adonnant au parkour et au combat d’épées, il en fait une bonne imitation. Rien de quoi nuire à sa carrière d’acteur dramatique; parions qu’il n’aura pas de difficulté à se trouver d’autres emplois après le film. La ficelle romantique du film entre lui et la princesse Tamina (Gemma Arterton, tout aussi jolie que dans Clash of the Titans) est également convenable.

En fait, c’est le mot qui convient le mieux pour décrire le film: convenable. Prince of Persia livre les ingrédients nécessaires à la confection d’un divertissement estival, mais rien ne permet au film de se hisser au-dessus de cet état. Comparé à son équivalent situé aux Caraïbes, on n’y trouve aucune canaille aussi pittoresque que Jack Sparrow; aucun antagoniste aussi fascinant que Davy Jones; aucun affrontement aussi délirant que le combat à l’intérieur d’une gigantesque roue de bois. Visuellement, Prince of Persia passe d’une teinte de brun à l’autre, de manière relativement plaisante mais nullement mémorable.

Est-ce un cas d’injuste déception suite à des attentes démesurées? Peut-être. Il y a certainement eu de pires blockbusters. Pour ceux qui n’aspirent à rien de plus que de passer un bon moment, le film conviendra en plus de faire profiter de l’air climatisé. Mais si Disney/ Bruckheimer espéraient lancer une nouvelle franchise fantastique, Prince of Persia ne semble pas inviter à la trilogie. [CS]

 

Mise à jour: Juillet 2010 –

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