Sci-Néma 168

par Christian SAUVé [CS] et Hugues MORIN [HM]

Exclusif au Volet en ligne (Adobe Acrobat, 1 435Ko) de Solaris 168, Automne 2008

 

The Dark Knight: le meilleur film de l’été

Que dire aux lecteurs de Solaris à propos de The Dark Knight qu’ils n’auront pas lu ailleurs, ou constaté par eux-mêmes en voyant le film de Christopher Nolan? La plus évidente, c’est que si vous ne l’avez pas vu, ne tardez plus, allez-y. Sinon, s’il vous faut quelques lignes pour vous convaincre, alors voici:

Batman – tel qu’il a été présenté à nouveau de façon magistrale dans Batman Begins – est maintenant un super-héros accompli, qui lutte contre le crime à Gotham City aux côtés du commissaire Gordon et du procureur Harvey Dent. Pourtant, alors qu’un nouveau criminel sème le chaos dans la ville, Bruce Wayne doit remettre en question la pertinence de Batman, et surtout ce que sa présence signifie pour la ville/société qui l’accepte et accepte donc les conséquences d’avoir un super-héros. Comme ce criminel, appelé le Joker, semble sorti de nulle part et n’avoir aucun plan en particulier, il est d’autant plus difficile à combattre que l’habituel mégalomane de service.

The Dark Knight, qui se paye le luxe de ne pas mentionner Batman dans son titre, est un film absolument parfait. Scénario brillamment construit menant des intrigues habilement développées, réalisation sans faute, alternant quelques scènes d’action avec des scènes très dramatiques, et accent mis sur des personnages crédibles plutôt que sur les effets spéciaux. Et comme on parle d’un film de super-héros, il faut avouer que The Dark Knight est un projet ambitieux, réalisé selon les normes d’un drame humain tout à fait classique. Car le film pose la question de la justice entre les mains d’un seul héros, fût-il super, et de la place que doit occuper un tel personnage dans la société. En ce sens, c’est peut-être le premier film de super-héros à aborder sérieusement ces questions, d’un point de vue dramatique et adulte. Du même coup, The Dark Knight repousse la définition même du genre qu’il représente.

Une distribution de luxe incarne ces personnages avec beaucoup de talent. De Morgan Freeman et Gary Oldman à Michael Caine dans les rôles secondaires, en passant par le retour de Christian Bale, parfait en Wayne/Batman, on note également la fine prestation de Aaron Eckhart (Harvey Dent) et de Maggie Gyllenhal, qui reprend avec aplomb le rôle de Rachel – on en oublie complètement le changement d’actrice.

Et, évidemment, il y a la magistrale performance de Heath Ledger en Joker. Tous les critiques l’ont souligné, et on en a beaucoup parlé à la suite du décès de l’acteur, mais il serait malheureux de croire que tous ces compliments sont influencés par son départ tragique. Car Ledger est absolument phénoménal dans le rôle. à la fois drôle, effrayant, imprévisible et fascinant, son Joker élève le film à un niveau dramatique jamais atteint par un film de super-héros. Très peu d’acteurs peuvent se vanter d’avoir atteint ce genre de perfection. Très peu de réalisateurs peuvent se vanter de l’avoir filmé avec autant de finesse.

D’ailleurs, très peu de films peuvent se vanter d’être aussi réussis. Ce qui fait facilement de The Dark Knight le meilleur film de l’été. [HM]

 

Wall-E: la suprématie Pixar

Si vous aimez les films d’animation, les films originaux, les films inventifs et les films comiques et touchants, eh bien, courrez voir Wall-E, le dernier-né d’Andrew Stanton du studio d’animation Pixar, qui nous a toujours donné d’excellents films par le passé. Il me semble qu’à chaque nouveau film de Pixar, il se trouve quelqu’un pour dire qu’ils se sont surpassés. Qu’on se le dise, c’est encore vrai cette fois-ci.

Déjà, l’idée de faire un film dont le personnage principal, seul sur Terre, ne parle pas (son vocabulaire se limite à deux ou trois mots et quelques blips prononcés à la R2-D2) et dont le seul ami est une coquerelle muette, relevait du défi. Qui plus est, Wall-E étant un robot non-humanoïde, il est dépourvu de sourcil, de cils, de nez et même de bouche, ce qui complique la vie aux animateurs qui se servent souvent de ces éléments faciaux pour faire passer les émotions chez leurs poissons, leurs jouets, leurs monstres ou leurs rats.

Enfin, comme le seul autre personnage de la première moitié du film est EVE – également un robot non-humanoïde, qui ressemble plutôt à un iPod – on obtient un film pratiquement dépourvu de dialogue!

Wall-E raconte l’histoire de ce petit robot, le dernier fonctionnel d’une série (les Waste Allocation Lift Loader, Earth-Class) que l’humanité a laissé derrière elle pour faire le ménage de la Terre, devenue inhabitable. Ça devait prendre quelques années, mais nous sommes 700 ans plus tard et le travail n’est toujours pas terminé. Au fil des décennies, Wall-E a développé une personnalité originale; il collectionne des dizaines d’objets hétéroclites qu’il trouve et regarde une vieille cassette VHS du musical Hello Dolly à la moindre occasion. Ainsi, quand EVE débarque, Wall-E en tombe amoureux et sera prêt à abandonner son travail pour la suivre vers les étoiles…

Visuellement, Wall-E est un délice absolu. Le rendu de la planète dévastée sur laquelle Wall-E œuvre en solitaire pendant le premier acte est absolument splendide. Les couleurs et les «éclairages» sont originaux et saisissants. La grande qualité du film demeure toutefois l’inventivité avec laquelle le réalisateur a réussi à animer son robot. Pendant toute la première partie, Wall-E emprunte à la gestuelle du Charlie Chaplin de l’époque du muet, une idée géniale qui permet de faire passer les émotions du personnage à la perfection tout en accentuant l’aspect comique de plusieurs scènes. Puis, alors qu’il partage ses jours avec EVE sur Terre, nous avons l’impression d’assister à un Woody Allen sans dialogues. Les créateurs auraient pu se contenter de nous montrer la vie quotidienne de Wall-E pendant deux heures et j’aurais déjà trouvé que c’était un excellent film.

Puis… c’est l’envolée vers l’inconnu, qui projette le long-métrage sur un autre niveau, avec une histoire beaucoup plus ambitieuse que celle à quoi on s’attendait à l’origine.

Comme il s’agit d’un film signé Pixar, on retrouve une impressionnante quantité de détails originaux et amusants tout au long du film. Mais Wall-E va plus loin qu’une fable animalière comme Finding Nemo, le précédent film du réalisateur. C’est à la fois plus ambitieux et plus subtil et c’est très, très intelligent. J’en prends pour preuve ces humains qui apparaissent dans la seconde partie du film et qui – étrangement – semblent moins humains que Wall-E.

Il y a tellement de bonnes scènes dans Wall-E que d’en voir une au hasard devrait vous convaincre de la valeur du film. Je citerai en exemple la séquence où Wall-E, qui recharge ses batteries grâce à des panneaux solaires, inquiet de voir EVE catatonique, la place au soleil. C’est drôle et touchant, et ça illustre parfaitement le génie qui se cache derrière l’ensemble de ce film. Je ne voudrais pas gâcher le plaisir en révélant trop de détails, mais les amateurs de science-fiction reconnaîtront avec un sourire les nombreuses références à 2001: A Space Odyssey – dont une séquence musicale et une amusante variation de HAL – et une ambiance postBlade Runner qui ne peut pas être accidentelle.

On ne fera jamais assez l’éloge de ce film et de ce petit robot. Si vous avez la chance de le voir en salles, Pixar poursuit sa tradition de vous offrir un délicieux court-métrage en début de programme: Presto, un court délirant qui oppose un magicien à son lapin vedette. [HM]

 

The Happening: que se passe-t-il avec M. Night?

Elliot Moore est enseignant en sciences, au niveau secondaire, à Philadelphie. à la suite d’une vague de suicides touchant New York, puis Philadelphie, qui a causé un vent de panique dans les états du nord, Elliot et sa femme Alma tentent d’échapper à l’épidémie qui semble se répandre à une vitesse folle. Personne n’a idée de la cause de cette vague de suicides, mais le mal semble être le fait d’une toxine aérogène.

La bande-annonce de The Happening était assez typique des accroches de M. Night Shyamalan et laissait croire à une variation sur Signs. Le film joue effectivement sur les mêmes cordes mais, malheureusement, il est bien moins achevé que ne l’était Signs. En gros, quelque chose se produit, les gens se figent et se suicident de toutes sortes de manières. Comme nous suivons un microcosme – un petit groupe de gens partis de Philadelphie en train qui tentent de survivre et de comprendre la cause de cet empoisonnement –, nous n’en savons pas plus qu’eux tout au long du film. La peur frappe, et les survivants tombent les uns après les autres au mal mystérieux alors que les explications se font de plus en plus rares, de plus en plus minces.

A posteriori, il est difficile d’ignorer les mauvaises critiques reçues par le film à sa sortie en salle. Pourtant, je n’ai pas trouvé qu’il s’agissait d’un si mauvais film que ça. J’ai même estimé que pour un film construit autour d’une idée de série B, il s’agit d’un divertissement fort correct. La direction photo est léchée, la mise en scène est inventive et possède un rythme lent mais qui maintient l’intérêt et l’inquiétude – la marque de commerce de Shyamalan. Il contient son lot de bons moments, très efficaces, au niveau du suspense (effets de caméra, musique, etc).

Côté casting, Mark Wahlberg joue avec justesse monsieur tout-le-monde et j’ai bien aimé l’interprétation aérée et décalée de Zooey Deschanel, qui se démarque complètement du personnage typique de la fille qui suit le héros dans un film à suspense. On pourrait reprocher au cinéaste d’avoir réalisé quelques scènes qui mettent vraiment mal à l’aise (pas facile de filmer des suicides de masse sans dépasser la dose), mais ces scènes étaient nécessaires à l’histoire racontée. Bref, on dirait presque qu’il s’agit d’un bon film!

Presque…

Le problème majeur – et c’est difficile à imaginer dans un film écrit par M. Night Shyamalan –, c’est le scénario. On pourrait pardonner quelques longueurs dans le second tiers, la voix pseudo-écolo trop appuyée, sous-utilisation de John Leguizamo, mais le grand problème de The Happening, c’est le manque d’originalité. Le thème, le développement de l’histoire, les éléments de surprise, tout ça a été vu ailleurs et, dans le cas de certains éléments, relève pratiquement du cliché. J’avoue que c’est d’autant plus consternant que c’est la première fois que je fais ce constat chez Shyamalan. Si la finale nous réservait une surprise ambitieuse, je ne dis pas. Mais non. Même si le film ne se termine pas nécessairement sur la note attendue, c’est très convenu et la confirmation de l’explication du phénomène amplifie les faiblesses de celle-ci.

Un film de série B de luxe, qui doit être apprécié pour ce qu’il offre. [HM]

 

The Mummy: Tomb of the Dragon Emperor: copier-coller-projeter

Rick O’Connell et sa douce Evelyn ont laissé leur vie d’aventuriers derrière eux. Il est clair que chacun s’emmerde dans une vie bien rangée – Evelyn est devenue auteure à succès en racontant leurs aventures contre les momies mais souffre devant une page blanche, ayant épuisé sa source d’inspiration. Ils sont heureusement appelés par le gouvernement pour transporter un artefact important en Asie, où les attendent leur fils… et la momie du légendaire empereur Han, transformé en pierre par une ancienne malédiction. évidemment, ça ne sera pas long avant que l’empereur se réveille et forme le projet de réveiller son armée de pierre au grand complet pour reconquérir le monde. La famille O’Connell repart donc à la chasse à la momie.

The Mummy: Tomb of the Dragon Emperor est un étrange objet cinématographique. Il semble sorti de nulle part et n’aller nulle part. Nous avions abandonné l’univers de Rick O’Connell après le second volet de ses aventures, compétent par ailleurs mais qui, déjà, répétait un peu trop le premier film. Il aurait fallu que cette troisième aventure surprenne avec quelques idées nouvelles. Ce n’est pas du tout le cas. Techniquement, tout y est: il y a de nombreuses scènes d’action, les effets numériques sont ambitieux et relativement bien rendus et on voit mal comment faire des reproches aux acteurs.

Mais ce n’est pas parce qu’on est capable techniquement de filmer et monter des scènes à grand déploiement que l’on devrait nécessairement le faire.

Il n’y a pas une once de nouveauté ou d’originalité dans le scénario. Si la momie de ce volet a les yeux bridés au lieu du crâne rasé, ses motivations, sa malédiction et les diverses étapes de son retour à la vie sont des calques absolus de l’Imnotep des deux premiers films. Seule différence, Han était le mauvais garçon du triangle amoureux alors qu’Imnotep était le bon. Aussi, il y a la présence du jeune sidekick (le fils), l’histoire d’amour avec la jeune Chinoise, et nombre d’autres éléments remâchés et prévisibles dans ce genre de film.

The Mummy, en 1999, était un sous-produit d‘Indiana Jones, mais un excellent sous-produit. Tomb of the Dragon Emperor n’est qu’un sous-produit de The Mummy. Les Yétis numériques demeurent… des créatures numériques, sans que le spectateur ne ressente l’émerveillement que devrait susciter ce type de création. Et même si j’aime bien Maria Bello, le changement d’actrice pour jouer Evelyn (c’était Rachel Weisz dans les deux films précédents) ne fait rien pour nous aider à embarquer dans l’histoire non plus.

En fait, un étrange sentiment de décalage se dégage du film. Rick et Evelyn sont plus vieux, assez âgés en fait pour que leur fils soit dans la vingtaine. Cet écart de temps beaucoup plus important dans l’univers fictionnel que dans la réalité – sept ans séparent les second et troisième volets de la série – entraîne un décalage entre ce film et l’univers dans lequel il prend place. Résultat: le film ne semble pas se dérouler dans l’ordre des choses, un sentiment inconfortable qui perdure pendant la projection. Ce n’est pourtant pas tant l’idée de faire vieillir vos personnages qui est en cause, que la manière de le faire, et le bon timing pour le faire. La preuve, c’est que ces considérations ne posaient aucun problème dans un film comme Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull.

Enfin, si vous cherchez un moyen de passer deux heures de détente dans une ambiance humoristique, le visionnement ne sera pas pénible, mais il ne faut pas s’attendre à plus que ça. [HM]

 

Star Wars – The Clone Wars : comme un OVNI

Je parlais d’étranges objets cinématographiques dans la critique précédente. En voici un autre. Les curieux auront vu une ou deux bandes-annonces, les fans des films de Star Wars auront été intrigués, mais je ne suis pas arrivé à trouver un véritable engouement pour la sortie de ce nouvel opus sur grand écran. Il faut dire que même si Lucasfilm nous a habitués à toute une panoplie de productions dérivées des films Star Wars, c’est bien la première fois qu’il offre un de ces produits sous forme de long-métrage – excluant bien entendu les six films sortis entre 1977 et 2005.

Je pense que The Clone Wars en décevra plus d’un. Il s’agit d’un film d’animation, dont l’action se déroule quelque part entre Attack of the clones et Revenge of the Sith dans la chronologie starwarsienne. Nous sommes donc en pleine guerre et Dooku a organisé le kidnapping du fils de Jabba the Hut en complotant pour faire passer le crime sur le dos des Jedis, alors que ceux-ci tentent de rescaper l’enfant du bandit. Chaque camp tente en fait de négocier une alliance avec Jabba pour profiter de son appui dans les territoires qu’il contrôle. Anakin Skywalker et Obi-Wan Kenobi représentent bien sûr les Jedis pour la république.

Sans être dépourvue d’intérêt, l’idée de base n’est pas très originale non plus. Comme il s’agit d’un épisode intercalaire, l’action manque d’intensité; forcément, le fait de connaître la suite sabote les efforts des scénaristes de The Clone Wars pour que l’on s’inquiète du sort des personnages. Question de pimenter l’intrigue, on nous balance quelques nouveaux visages, dont Ahsoka Tano, une Padawan pour Anakin Skywalker, mais l’artifice se révèle peu convaincant, compte tenu du peu (ou pas) d’espace consacré à ces personnages dans les épisodes cinéma suivants.

Mais si on veut être honnête avec The Clone Wars, il faut le replacer dans son contexte, ce qui signifie qu’il vaut mieux se détacher un peu des six films déjà réalisés. En plus d’être située dans une galaxie très très lointaine, la constellation Star Wars est très étendue. Il y a eu des jouets, des livres, des romans, des jeux, alouette. On peut même considérer que c’est George Lucas qui a défini le concept même de produits dérivés du cinéma. The Clone Wars se situe en réalité dans le prolongement de la série télé Clone Wars (2003, 25 épisodes) qui était en animation 2D; même que c’est le pilote d’une nouvelle série qui sera diffusée à partir d’octobre 2008, The Clone Wars (100 épisodes prévus, animation 3D).

Une fois qu’on l’accepte pour ce qu’il est, le film n’est pas aussi mauvais que certains critiques veulent le laisser croire (20 % au tomatomètre). Certains épisodes de la guerre entre la république et les troupes de Dooku ne valent peut-être pas la peine d’être montrés de manière aussi étendue, mais c’est une faiblesse dont souffrent aussi certains des six films originaux. L’ensemble se laisser regarder avec un sourire, avec l’impression parfois de regarder un jeu vidéo mené par un joueur de bon calibre. Le scénario n’est pas idiot, en dépit de certains dialogues qui ne volent pas très haut, le tout étant parsemé de l’humour bon enfant typique des productions de George Lucas, que l’on aime ou pas. La seule note qui m’ait réellement agacée est la personnalité d’Anakin, qui apparaît beaucoup moins sombre dans ce film que dans les épisodes précédents et suivants.

Enfin, d’un point de vue technique, peu de reproches peuvent être dirigés vers Lucasfilm, puisque le film est réalisé avec rigueur et compétence (si on aime l’animation de ce type). On a même réussi à engager quelques acteurs des films pour les voix de Mace Windu, Count Dooku et C-3PO, et on a tout de même fait l’effort de trouver des acteurs aux voix très proches des originales pour les autres personnages. L’ensemble n’est donc pas si étrange à regarder, on s’adapte.

The Clone Wars, bien que sorti en salles, ne s’adresse donc pas directement aux amateurs de cinéma de l’univers Star Wars, mais bien aux fans des produits dérivés, animés ou non. [HM]

 

Journey to the Center of the Earth

Voici ce que vous devez savoir au sujet de ce film: maintenant qu’il n’est plus projeté en salles, vous n’avez plus aucune raison de le voir avant que ne se popularisent les écrans de cinéma-maison capables de créer l’illusion d’une projection en trois dimensions.

Depuis les percées technologiques des dernières années, on constate un engouement des studios et des propriétaires de salles de cinémas pour le cinéma 3D. Correctement annoncé comme une expérience impossible à reproduire sur un écran de télévision ou d’ordinateur, le cinéma 3D nouvelle vague (souvent appelé «Real D») utilise des écrans et verres polarisés pour une expérience en couleurs naturelles, sans les maux de têtes souvent associés aux technologies précédentes. Plus de 1100 salles en Amérique du Nord ont été converties au format 3D ces dernières années, et des films animés tels Meet the Robinsons et Beowulf sont parmi les plus récents à avoir profité de cette opportunité.

Mais attention: Journey to the Center of the Earth est le premier film de fictionnon-animéconçu pour être projeté en 3D à si grande échelle. Ceux qui parlent de la mode des films comme «manèges de parc d’attraction» ont rarement eu autant raison. L’intrigue, au sujet d’un géologue et de son neveu partant à la recherche d’un frère/père disparu (en profitant d’une copie du roman de Jules Verne comme guide), n’est qu’un prétexte pour une série de cascades entre précipices, cavernes, dinosaures, poissons-tueurs et autres dangers survenant au centre du monde. Comme dans le roman, ça commence en Islande et ça se termine en Italie. Mais n’espérez pas plus de points de correspondance.

Le scénario ne pourrait être plus moche. Brendan Fraser continue de jouer le grand clown, et la présence d’un jeune adolescent ne fait que confirmer l’âge du public-cible. On grince des dents devant les dialogues artificiels qui relient chaque section du manège 3D, et une sous-intrigue «comique» où homme et garçon se disputent l’affection de la jeune guide islandaise qui les accompagne n’est qu’un des nombreux faux pas de l’histoire.

Du point de vue technique, le bilan est plus positif. La technologie «Real-D» est plus confortable que celle des lunettes rouge/bleu, et si le film n’échappe pas à la tradition 3D de projeter des objets au visage de l’auditoire, certaines scènes laissent de meilleurs souvenirs. On admirera une séquence où le jeune protagoniste doit franchir un pont de roches tenues en l’air par pure force magnétique. Et il y a toujours le tyrannosaure aussi improbable que féroce qui domine une des séquences finales.

Ces plaisirs, cependant, ne se goûtent que sur le millier de salles de cinéma en Amérique du Nord qui possèdent les écrans polarisés nécessaires. Les «heureux» qui ont donc vu Journey to the Center of the Earth dans ces conditions pourront donc snober les masses qui verront le film en 2D sur DVD. Mais reste à voir si l’art cinématographique a besoin d’une troisième dimension… car en dehors du marché des manèges, ce film n’est qu’une autre démonstration que le vide en 2D ou en 3D, ça se ressemble pas mal. [CS]

 

Death Race

Que les nostalgiques du film de 1975 de Roger Corman se rassurent: la nouvelle mouture de Death Race ne remplacera pas le film original. Comme tant de remakes qui s’évertuent à éliminer tout ce qu’il y avait d’intéressant dans les films qui les inspirent, celui-ci refuse l’humour noir de l’original pour se métamorphoser en un terne film d’action de série B qui ne passera certainement pas à l’histoire.

En fait, cette «refaçon» pourrait être un prélude au premier film. Loin d’être un phénomène social à l’étendue de la nation, les courses à mort sont une forme extrême de téléréalité, organisées par une directrice de prison cherchant à maximiser les profits de son pénitencier à but lucratif.

Si vous avez vu la bande-annonce, vous connaissez toute l’intrigue. Un homme compétent est injustement condamné pour servir de viande froide à l’organisatrice des courses, mais c’est sans importance. L’emphase de ce film est sur la course, la casse, et les bolides équipés de mitrailleuses qui servent de chariots aux criminels qui finissent par se trouver un ennemi commun. N’espérez pas de dialogues raffinés ou d’humour qui transcende les blagues sanguinaires.

Le déroulement des péripéties est purement mécanique: une première course pour expliquer les règles du jeu; une deuxième pour éliminer une bonne partie des participants à l’aide d’un élément complètement injuste; et une troisième course pour boucler l’intrigue entre les derniers participants. Ça tourne en rond longtemps.

à quelques rares exceptions, la cinématographie est grise et les scènes d’action ne sont pas nécessairement plus excitantes. Le réalisateur/scénariste Paul W. S. Anderson a quelques demi-réussites à son actif (Event Horizon, Resident Evil), mais celles-ci se font de plus en plus lointaines. Même ceux qui espèrent un bon film d’action de série B resteront étrangement indifférents.

Quant à l’aspect sociocritique de l’original, oubliez ça. Après les cinq premières minutes et la description des prisons privées dans une Amérique en pleine dépression économique, Death Race ne s’attarde jamais aux implications d’un tel divertissement. En fait, il est stupéfiant de voir jusqu’à quel point le scénario passe à côté d’éléments qui auraient pu ajouter un peu de piquant. Par exemple, la plupart des conducteurs mâles sont assistés par de jeunes navigatrices (présentées au ralenti), mais le film les oublie lorsque automobiles et conducteurs périssent horriblement. Si quelqu’un cherchait un exemple de néomisogynie dans le cinéma d’action…

Bref, Death Race réussit l’exploit de basculer du côté obscur de la critique sociale. Alors que le premier film, sous le couvert d’un divertissement de bas étage, remettait en question la société existante au moment de sa création, le remake se révèle au contraire un pur produit du marché du cinéma actuel. Regardez-le et réfléchissez sur ce qui est nécessaire (ou inutile) pour qu’un film se retrouve sur les écrans de cinéma d’aujourd’hui. Méditez sur les marottes du réalisateur, qui compte déjà à son actif une douzaine de productions assez populaires. Et réfléchissez à votre complicité dans ce système. Car le film a été tourné à Montréal, avec tout ce que ça suppose de soutien financier par l’intermédiaire de vos taxes… [CS]

 

Hancock

On critique facilement le cinéma hollywoodien, mais il ne faut pas minimiser ou prendre pour acquis le professionnalisme des studios américains. Malgré les scénarios simplistes, les personnages convenus et les dialogues sans surprise, ce cinéma à succès est savamment contrôlé par des gens qui savent ce qu’ils font. Les spectateurs en ont pour leur argent, et la faillite de certains blockbuster est plus souvent une question d’ambition ou de propos que de réalisation.

Cet état de fait rend l’existence d’un film vraiment déjanté tel Hancock d’autant plus bizarre. Rarement aura-t-on vu un film à grand déploiement (lancé pour la fin de semaine du 4 juillet, rien de moins!) aussi grossièrement disjoint, partagé entre une première moitié potable et une deuxième moitié beaucoup moins sympathique. Rarement une prémisse si assurée aura débouché en queue de poisson si mystifiante. Rarement le spectateur aura-t-il eu l’occasion de se demander qui était véritablement aux commandes d’un film destiné au très grand public.

Mais commençons par décrire la première moitié de Hancock, celle qui est annoncée dans les bandes annonces, celle qui traite d’un super-héros qui possède les pouvoirs de Superman (invulnérabilité, force, vol autonome) sans sa rigueur morale. Hancock (joué par l’irrésistible Will Smith) est maladroit, alcoolique et misanthrope. Ses exploits virent en catastrophes, et l’hostilité de la population de Los Angeles finit par venir à bout de sa bonne volonté. C’est alors qu’un spécialiste en marketing se charge de refaire sa réputation à l’aide d’un séjour en prison, d’une cure de désintoxication, d’un cours d’étiquette et d’un nouveau costume.

à quelques détails près (dont quelques ruptures de ton et de la violence inutile), cette première moitié de Hancock est satisfaisante. L’idée est savoureuse en cette ère polluée de films de super-héros tous aussi grandioses les uns que les autres. En attendant Watchmen, pourquoi ne pas nous intéresser à la rédemption d’un super-héros dépassé par ses propres pouvoirs, en effet?

Mais quelque chose cloche. Cet arc dramatique se clôt après une quarantaine de minutes. C’est alors que le film pivote en l’espace d’une scène, laissant une audience mystifiée devant un changement radical de la nature même du film. Le scénario passe de l’humour iconoclaste à une tragédie mystico-romantique quelque peu indigeste. Ce n’est pas un accident si la bande-annonce de Hancock ne laisse rien entrevoir de cette seconde partie: le film qu’on promet au public n’est pas celui qu’on projette en salles. Et ce changement de cap ne conduit pas à un film plus puissant ou plus intéressant. L’intrigue devient de moins en moins cohérente, et la métamorphose du film en drame tonitruant rompt le pacte conclu entre le film et l’auditoire durant la première partie.

Le résultat défie la conception que l’on se fait du professionnalisme du cinéma hollywoodien. Est-ce que quelqu’un, n’importe qui, a soulevé au moins un doute à la lecture du scénario? Qui a pu convaincre toute l’équipe d’un blockbuster américain qu’une comédie de super-héros devait déboucher en drame sanguinolent? Une chose est certaine: on ne pourra pas dire qu’Hollywood est sans surprise. Hancock offre une expérience unique. à vos risques et ébahissements ! [CS]

 

The Incredible Hulk

Bonne nouvelle: cette réinitialisation de la franchise Hulk est nettement supérieure au mélodrame exaspérant que nous avait offert Ang Lee il y a cinq ans. Rappelons brièvement que malgré des recettes de 150 millions,

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