Sci-Néma 156

par Daniel SERNINE [DS] Hugues MORIN [HM] et Christian SAUVé [CS]

Exclusif au Volet en ligne (Adobe Acrobat, 800Ko) de Solaris 156, Automne 2005

 

Une autre sorte de Neverland

Tim Burton, Helena Bonham Carter, Johnny Depp, voilà des noms qu’on a l’habitude de retrouver juxtaposés, en diverses combinaisons, car l’une est la conjointe du réalisateur, l’autre son acteur fétiche. On les retrouvera d’ailleurs cet automne (ou du moins leurs voix) dans The Corpse Bride, dont la bande-annonce burtonesque m’a mieux fait avaler les sucreries de Wonka.

«Folie douce» sont les mots qui viennent à l’esprit lorsqu’on voit se déployer le monde-bonbon que recèle la colossale confiserie de Willie Wonka, avec sa rivière et sa chute de chocolat. «Gentil film» pourrait résumer mon appréciation de Charlie and theChocolate Factory. Certes, comme dans le cas de Big Fish, ce n’est pas du Tim Burton à son meilleur (malgré un clin d’œil à Edward Scissorhands au tout début du film), mais la projection a dû me trouver bien disposé car j’ai presque tout aimé, et j’ai même supporté l’aspect comédie musicale (à petites doses, heureusement) et le quart d’heure lourdement «famille» de la fin.

L’histoire (de Roald Dahl) est simple: l’usine géante du chocolatier Willy Wonka est un mystère pour tous, car on n’y voit entrer personne depuis que Wonka a congédié tous ses employés. Pourtant, ses friandises inondent les magasins, en particulier sa barre de chocolat «Scrumpdiddleumptious». Un jour, Wonka organise un concours à l’échelle mondiale: cinq billets dorés permettront à cinq enfants de visiter la célèbre manufacture de chocolat. Une fille de riche, une fille de «Barbie» hyperactive, un nerd et un gros gourmand, avec parents assortis, se présentent pour la visite, ainsi que le petit Charlie Buckett, pauvre et sympathique, accompagné de son grand-père qui a jadis travaillé chez Wonka. Diverses péripéties – plus fantaisistes les unes que les autres – jalonnent la visite, la première découverte étant les centaines d’Oompa Loompas, pygmées bruns à visage unique, que Wonka a ramenés d’Oompaland et qui lui servent de joviale main-d’œuvre. à la fin, un seul des enfants est destiné à gagner une récompense exceptionnelle; je ne gâche rien en énonçant l’évidence: ce sera le brave petit Charlie aux oreilles décollées qui, ni riche, ni ambitieux, ni goinfre, ni agressif, choisira de rester avec sa famille lorsque le milliardaire formulera son offre mirobolante.

J’ai parlé d’humeur au début de mon commentaire: j’aurais pu tout aussi bien mal supporter les images de synthèse peu détaillées et les effets numériques sommaires, ou les chorégraphies de petits clones marron, mais ce sont les acteurs qui ont emporté mon adhésion. Un suave Johnny Depp androgyne, hallucinant dans sa ressemblance avec l’Amélie Poulin d’Audrey Tautou, parcourt en funambule la fine ligne entre psychopathie et folie douce. Heureusement, à la différence d’un Michael Jackson auquel on songe immanquablement, Wonka semble avoir horreur des enfants.

J’ai évoqué en début de texte les combinaisons d’acteurs gagnantes, et je suis sûr que la suivante n’est pas due au hasard: le petit Freddie Highmore avait joué face à Johnny Depp dans le film de Marc Foster Finding Neverland (2004), touchant hommage à James Barrie, le créateur de Peter Pan. Dans les deux films on est frappé par la solennité qui se dégage du regard de ce jeune acteur britannique. Grâce à sa stature frêle (il avait quand même onze ans quand il a tourné Finding Neverland, et douze dans le film de Burton), il peut incarner des personnages beaucoup plus jeunes que lui, et leur donner une gravité remarquable. J’aime croire que, s’il a été consulté pour le projet, c’est Johnny Depp qui a recommandé le casting du talentueux Freddie.

Ah oui, j’allais oublier de le préciser: Helena Bonham Carter joue le rôle de sa mère Buckett, spécialiste de la soupe aux choux, et Christopher Lee incarne le père (dentiste!) de Willy Wonka.

Est-ce que Charlie and the Chocolate Factory sera encore à l’affiche lorsque vous lirez ces lignes? Probablement pas. Mais je crois que vous pourrez louer le DVD sans regrets, et ce même si vous n’avez pas d’enfants à occuper, car il s’y trouve des clins d’œil aux adultes (dont un hommage tongue in cheek à 2001 Odyssée del’Espace). [DS]

 

Jetez cette fillette aux Martiens!

Question: faut-il vraiment une fillette irritante et criarde pour faire un bon suspense? Réponse: non, mais Spielberg peut se le permettre. Et prenez garde: quand Spielberg «adopte» un enfant acteur, c’est parfois pour plus d’un film.

Dakota Fanning est habituée de se faire enlever par des extraterrestres (je pense à la télésérie Taken). War of the Worlds n’en est qu’au quart que déjà on a envie de crier à Tom Cruise: «Ouvre la portière de l’auto et cr… ta fille dehors!» Il n’en fera rien, bien entendu, et voilà le moteur de l’intrigue: comme dans Signs, l’invasion planétaire est vue du point de vue d’une famille – assiégée dans le film de Shyamalan, en fuite dans celui de Spielberg. Dans les deux cas, on n’obtiendra qu’un minimum d’informations sur l’affrontement à l’échelle du globe – par la télé dans Signs, par l’équipe d’un car de reportage dans War of the Worlds. Dans les deux cas aussi, les incohérences ou les invraisemblances du scénario sont assez majeures pour agacer dès la sortie de la salle et hypothéquer tout sentiment de satisfaction qu’aurait pu laisser un film au demeurant fort réussi sur certains plans.

Dans War of the Worlds 2005, par exemple, les scénaristes s’en sont tenus au dénouement du roman de Wells, ce qui est annoncé dès le générique d’ouverture avec ses gros plans microscopiques de bactéries. Mais que les envahisseurs aient planifié leur offensive des milliers d’années plus tôt (sinon davantage) sans songer à l’aspect sanitaire de leur «visite» sur Terre…? (Cette idée de se promener tout nus sur une planète étrangère!) Et peut-on croire qu’aucun de leurs milliers d’engins de guerre enfouis sous terre n’ait été découvert accidentellement par les humains? Homo sapiens creuse des mines depuis plus de 3000 ans.

Et puis, qu’est-ce que c’est que cette façon de traiter les humains? On les incinère un par un, mais de temps à autre on en cueille un pour le passer à l’extracteur de jus, son sang étant destiné à arroser les cultures de fungus écarlate qui, en quelques jours, couvent une bonne partie du paysage. On croirait que des extraterrestres aux intentions aussi durables auraient mis au point des techniques d’extermination plus efficaces…

Pour le spectateur qui refuse de laisser son cerveau à l’entrée, cette accumulation de détails qui clochent gâche un film qui offre pourtant d’excellentes images. Je pense au lever des dantesques tripodes, à leurs bruits (ces terribles appels évoquant des sirènes de brumes), je pense au courant de la rivière chargée de morts ou au passage de ce train en feu (chut! ne vous demandez pas comment il roule encore…).

Il me faut revenir sur la question du suspense. Spielberg a voulu refaire la scène si terrifiante de l’invasion «domestique» du film de 1953, celle des héros cachés dans une maison la nuit, l’œil inspectant les lieux au bout d’un tentacule métallique. Sauf que dans l’œuvre de 2005, on a l’impression que le quart du film se passe dans cette cave tant l’épisode est étiré. Prisonnier de ses habitudes (quoique ç’aurait pu être pire), Spielberg en fait trop, introduisant par exemple deux extraterrestres en balade qui viennent inventorier le sous-sol de la maison en ruine, extraterrestres qui ressemblent de manière embarrassante à ceux de Men in Black ou d’Independance Day.

Et puis cette conclusion «familiale» dans une rue résidentielle de Boston, curieusement épargnée par l’invasion… Manifestement une partie des retrouvailles, la partie la moins vraisemblable, a été rajoutée en postproduction, soit après le verdict d’un public test, soit à la demande des producteurs ou des distributeurs en quête de fin heureuse. La scène est tournée avec seulement deux acteurs (les autres sont subitement éclipsés, y compris Ann Robinson et Gene Barry, vedettes du film de Haskin, faisant ici une apparition «caméo» en tant que grands-parents). Je n’en dis pas plus afin de ne pas gâcher le plaisir des lecteurs qui n’auraient pas encore vu le film; convenons simplement que cette invraisemblance en particulier ne surprend guère, venant de Spielberg et d’Hollywood, compte tenu de la propension à la pensée magique qui imbibe toute la culture américaine.

Cela dit, à cause de ses moments (très) forts, j’aurais tendance à recommander War of the Worlds malgré ses carences et en dépit du fait que Tom Cruise n’est décidément pas à son meilleur. [DS]

 

Dans les cavernes, un hybride d’Alien et The Thing

Avez-vous votre liste des choses à ne pas faire quand vous faites partie d’un groupe traqué dans un lieu obscur et clos? S’isoler du reste du groupe, ne pas répondre quand on vous parle via la radio, se livrer à un combat de coq entre machos, dissimuler les blessures qu’on a subies? Même liste que moi, bref. Les personnages de The Cave disposent d’une liste identique et s’assurent de faire tout ce qu’il ne faut pas, tout en jouant de leurs rivalités dont les origines resteront obscures.

Premier épisode, 1975, des aventuriers occidentaux avec leurs guides roumains, aux motivations indéfinies, veulent explorer une caverne accessible par un puits condamné, sous une petite église isolée dans les Carpathes. Explosifs, mauvaise idée, avalanche. Et il y a quelque chose dans la caverne avec eux.

Reste du film, 2005, des archéologues (dont un d’origine locale) s’adjoignent une équipe de spéléologie sous-marine, étatsunienne bien entendu, pour explorer le réseau de cavernes inondées dont on vient de mettre au jour l’accès, sous les ruines d’une église.

On descend, on s’immerge avec tout l’équipement sophistiqué requis, tant pour la descente en rappel que pour la plongée sous-marine. Vous avez vu la bande-annonce, vous avez vu mon titre: il y a effectivement des formes de vies dans cet immense et profond réseau de salles, de puits, de lacs et de rivières souterraines. Quelque chose qui a donné naissance aux légendes, mais qui n’est pas ce qu’on pense… Je n’en dis pas plus.

L’oscar pour les cavernes les plus réussies est gagné d’avance. J’ignore quelle part a été tournée dans de vraies cavernes, et quelle autre dans des décors, mais dans tous les cas c’est impeccable et varié. On est loin des cavernes de studio de Star Trek! Un oscar aussi pour la photographie sous-marine: ce n’est pas TheAbyss, mais ça n’a quand même pas dû être facile à filmer.

Hélas, comme ces oscars-là n’existent pas, The Cave ne gagnera rien, ni le réalisateur qui en est à la direction de son premier film, ni les acteurs de films B (ou de séries télévisées), ni les scénaristes aux accomplissements antérieurs obscurs.

Disons simplement que les producteurs ont créé de l’emploi en Roumanie, qu’ils se sont ménagé l’option d’une «séquelle» (le mot s’impose) et que vous, en tant que cinéphiles, pourrez vous contenter de le louer en complément de programme, les soirs «deux pour un»… [DS]

 

Eaux glauques

Dans la mouvance des films japonais refaits en anglais (Ringu / The Ring), parfois refaits par leur propre réalisateur d’origine (Takashi Shimizu pour Ju-On / The Grudge), il est un peu surprenant de noter que Dark Water, le «remake» de Honogurai mizuno soko kara en anglais a été fait par un… Brésilien. Si le nom de Walter Salles vous laisse indécis, j’ajouterai simplement «Carnetsde voyage (Diarios de Motocicleta)» et l’image de Gael García Bernal incarnant Guevara sur la route des Andes vous servira de rappel. (Je ne peux résister à faire une parenthèse sans rapport: Salles réalisera l’adaptation d’On the Road, le roman-phare de Jack Kérouac, pour Francis Ford Coppola qui en détient les droits depuis quarante ans.)

Pour en revenir à Hideo Nakata, on ne peut s’empêcher de noter chez lui une obsession pour les noyades de filles. Dans DarkWater, Jennifer Connely joue une mère, Dahlia, fraîchement séparée, qui doit trouver, pour elle et sa fillette Ceci, un appartement abordable tandis que s’enclenchent les procédures de divorce et le litige sur la garde de Ceci. Hélas, Dahlia ne peut se payer qu’un miteux trois pièces dans un déprimant complexe d’appartements sur Roosevelt Island, entre Manhattan et Queens. Manque de pot, il y a au plafond de la chambre une fuite, où une eau brune coule de chez les voisins russes d’en haut – voisins qui n’y sont plus, du reste, étant partis chacun de leur côté, la mère avec sa fille et le père de son bord. Ou est-ce bien ainsi que les choses se sont passées? Pourquoi y a-t-il toujours de l’eau qui coule, pourquoi l’ascenseur a-t-il des caprices, pourquoi la petite Ceci s’est-elle mise à aimer cet endroit morose, elle qui n’en voulait rien savoir le jour où sa mère a signé le bail? Ajoutons une ombre au tableau: jadis, la propre mère de Dahlia l’avait abandonnée, fillette (carrément oubliée, est-on amené à comprendre).

La mise en scène joue sur les craintes obsessives de bien des locataires: l’inondation redoutée, surtout lorsque l’eau est malpropre, et l’impuissance que l’on ressent lorsque tout recours au plombier nous est refusé… (Synchronicité: trois jours avant que j’aille voir Dark Water, une fuite similaire s’est déclarée au plafond de ma salle de bain et a coulé la nuit entière, heureusement pas dans des tons de brun…)

Le soleil se montre rarement dans ce film qui semble avoir été tourné entièrement par temps gris, souvent sous la pluie. Les plongées et contre-plongées, les vues aériennes, le réservoir d’eau sur le toit (ces fameux réservoirs new-yorkais aux toits pointus), la grisaille du béton, la pénombre des couloirs, le clair-obscur d’un appartement abandonné… Le parti pris de la direction artistique est manifeste: l’ambiance (et sa poésie) seront établis par l’image, par la fréquente absence de couleur. Le fantastique sera amené moins par les images-choc ou les points d’orgue de la trame musicale (signée Badalamenti), que par la graduelle imbibition (le mot existe!) du spectateur par l’eau sombre de l’angoisse. Les débordements sont-ils authentiques ou ont-ils lieu seulement dans la tête migraineuse de Dahlia? Y a-t-il fantôme, hantise, comme on est invité à le croire assez tôt dans l’intrigue?

Sans être un grand film, Dark Water m’a paru efficace et fort réussi du point de vue de l’atmosphère. Les prestations d’un trop rare Tim Roth, dans le rôle de l’avocat sans domicile fixe, et d’un Pete Postlethwaite en concierge lugubre à souhait, ne gâchent rien à l’ensemble. [DS]

 

Magie noire à la clé

Irréprochable est l’adjectif qui me vient à l’esprit pour qualifier le dernier film d’Iain Softley, qui nous avait donné le mémorable K-Pax en 2001. (à moins qu’on veuille lui reprocher l’accent franchouillard d’un Noir louisianais qui dit une phrase en français…)

The Skeleton Key se passe à «Terrebonne», dans les marais proches de la Nouvelle-Orléans. Kate Hudson joue Caroline, une jeune aide-infirmière qui répond à une offre d’emploi: elle aura à prendre soin d’un vieillard, Ben Devereaux (John Hurt) devenu muet et presque paralysé à la suite d’un grave AVC. L’épouse, Violet, incarnée par Gena Rowlands, se montre d’abord hostile à Caroline, puis une manière de trêve s’instaure, à la faveur de laquelle la jeune femme creusera le passé de la grande demeure décrépite, particulièrement de son grenier où sont cachés les accessoires du rite «hoodoo», qui serait au Vaudou ce que la magie est au catholicisme. Comme on peut le penser, la résidence coloniale a un passé chargé; celui-là implique un couple de domestiques noirs lynchés pour crime de sorcellerie, un riche banquier ruiné, assassin et suicidaire.

Avec un rythme posé, évitant sursauts et peurs faciles, Sofley met en place un suspense fort efficace, qui ne bascule dans le surnaturel «franc» que dans les vingt dernières minutes, amenant un dénouement sans compromis, qui satisfera les amateurs de fantastique classique. L’ambiance humide de la campagne marécageuse ne nuit pas à la mise en scène.

à la différence d’un War of the Worlds où les carences du scénario s’additionnent sans qu’on ait à réfléchir bien fort, quand on repense à Skeleton Key, on assiste à une mise en place rétrospective de maints détails, qu’on a notés mais dont la pertinence ne devient évidente qu’à la lumière de la révélation finale. Cela rajoute une couche de sens à une histoire déjà bien songée. Ehren Kruger avait d’ailleurs scénarisé The Ring 1 et 2 (et, jadis, le fort efficace suspense Arlington Road). [DS]

 

The Brothers Grimm

Dans la filmographie de Gilliam, il y a d’une part les (agréables) hénaurmeries de Time Bandits, Brazil et Baron Munchausen, d’autre part les films plus «sérieux» comme Twelve Monkeys, The Fisher King. Mise en scène un peu grand-guignolesque, jeu d’acteurs bouffon, le Gilliam que j’apprécie moins fait un retour en force dans The Brothers Grimm, mettant en vedette deux acteurs dont je n’avais pas déploré l’absence récente dans mon champ de vision: Matt Damon (pourtant bien aimé dans les deux Bourne) et le très quelconque Heath Ledger. Figurent aussi à la distribution Monica Bellucci et Jonathan Pryce (le spécialiste des sales types), tout cela tourné dans des studios de Prague et dans la campagne tchèque.

Wilhelm et Jacob Grimm sont deux charlatans, se présentant dans les villages allemands comme des «ghostbusters» avant la lettre («witchbusters» serait le terme plus approprié), sauf que ce sont eux qui mettent en scène (avec complices) les terribles apparitions qu’ils vaincront moyennant honoraires salés. L’un d’eux, Jacob, a plus de respect pour les contes et légendes qu’ils exploitent, mais Wilhelm ne pense qu’à plumer les superstitieux villageois. Jusqu’à ce que l’occupant français (on est dans l’Europe napoléonienne) les recrute de force pour éclaircir un mystère plus sérieux: une dizaine de fillettes ont disparu dans une forêt mal famée (dont l’une à la manière «Chaperon rouge» et l’autre à la façon «Hansel et Gretel»). Dans un baroud qui s’éternise au fil des incursions et des retraites, avec l’aide d’une guide qui ne s’en laisse pas imposer, les Grimm affronteront un loup-garou, des volées de corbeaux, des arbres féroces et les maléfices d’une reine thuringienne non-morte qui tente de revenir à la vie en collectionnant douze vierges du haut de sa tour.

Certes, il y a de belles et fortes images, des décors réussis et des effets qui le sont moins, toutefois divers irritants ont gâché le peu de plaisir que j’éprouvais à suivre cette histoire éparpillée, trop longue pour son propre bien. Je pense à des répliques empruntées à maints films étatsuniens, je pense au rôle lunatique dévolu à Heath Ledger, je pense au général français, à son cruel lieutenant italien, à leurs accents hérissants et à leur jeu très «comedia dell’arte».

Un scénario plus solide et un montage plus rigoureux auraient-ils sauvé The Brothers Grimm? Est-ce que Gilliam avait vraiment une vision d’auteur pour ce film? Allez savoir. C’est comme pour Burton, Lynch ou Cronenberg: on ne peut faire taire la petite voix qui demande: «Est-ce que le meilleur de leur œuvre est derrière eux?» [DS]

 

Batman Begins: On efface tout et on recommence?

Ça faisait des années que Warner Bros rêvait de ressusciter sa franchise Batman. Et l’idée de raconter le début de l’histoire de Bruce Wayne et comment il deviendra Batman ne date pas d’hier non plus. Frank Miller (Sin City) avait écrit un scénario déjà, basé sur sa bande dessinée Batman: Year One, et un storyboard avait même été fait en prévision d’un tournage.

Les succès des franchises Spider-Man et X-Men ont convaincu les gens de la Warner que le temps était venu de revoir Batman. Le désastreux accueil critique du dernier opus en date (Batman andRobin, 1997) avait besoin d’être effacé de la mémoire des spectateurs à tout prix. Bref, il fallait redéfinir Batman au cinéma et c’est dans cette optique que ce «premier» film a été pensé.

Batman Begins raconte donc la jeunesse de Bruce Wayne, comment ses parents ont été assassinés devant lui, comment il a hérité de sa fortune, comment il a mal géré sa colère, comment il a appris diverses techniques de combat et, bien entendu, comment et pourquoi il est devenu Batman.

Le scénario et la réalisation tentent une approche «réaliste» des activités de Batman, on rationalise les armes utilisées, les acrobaties, les combats et même la batmobile. Cette approche rappelle aussi celle de Spider-Man, X-Men et quelques autres films adaptés de BD de super-héros. Et contrairement à The Fantastic Four, sorti un peu après, Batman Begins fonctionne sur tous les plans.

Côté distribution, les créateurs de ce nouvel opus ont visé juste. Dans le rôle principal, on retrouve Christian Bale, qui accomplit un excellent travail. J’avoue ne pas avoir été totalement impressionné par son côté trop effacé en tant que Bruce Wayne, mais sa performance en Batman vaut le détour (j’ai particulièrement adoré la voix, sombre et profonde). Michael Caine compose un succulent Alfred et Katie Holmes fait aussi un bon travail, quoiqu’il faut reconnaître que son personnage de Rachel (amie, amoureuse, amie…) apparaît sporadiquement, ce qui ne lui laisse pas beaucoup d’occasion d’étoffer le personnage. Du côté du mentor, on retrouve Liam Neeson dans le rôle d’un «maître Jedi» un peu dur (hum) et les méchants de service sont tous très bien campés. Une mention spéciale a Cillian Murphy dans le rôle du Dr Crane, encore plus effrayant que son côté sombre de Scarecrow!

Christopher Nolan (réalisateur de l’inoubliable Memento) effectue un travail digne de mention. Il arrive à nous faire oublier les élucubrations galopantes de Joel Schumacher dans Batman Forever et Batman and Robin. Les images sont sombres et noires. Le traitement est dramatique et dur. Et dans ce sens, c’est certainement l’adaptation la plus fidèle de la bande dessinée originale, dont le ton a toujours été éloigné des clowneries que l’on a pu voir sur écran auparavant. J’aurais peutêtre préféré une batmobile moins crédible et plus amusante, mais les choix de Nolan, qui a co-écrit le scénario, sont entièrement justifiables. Cela m’a donné le goût de revoir les deux films de Tim Burton (Batman et Batman Returns), dans mes souvenirs aussi des films sombres, glauques et amusants à la fois. Et j’ai encore un faible pour le Bruce Wayne campé par Michael Keaton.

Pour revenir à Batman Begins, ma plus grande réserve concerne les scènes de combats. Le film s’inscrit dans ce qui semble une nouvelle tendance à Hollywood: le montage serré, saccadé et en plan très rapproché de toutes scènes de combats. Ce qui résulte en un véritable fouillis, on ne voit rien, quelques bras et jambes ici et là, et on n’arrive pas à suivre le vrai déroulement du combat en question. Utilise-t-on cette technique pour donner un effet plus rapide, déroutant? Ou bien juste parce que c’est moins compliqué que de filmer un combat crédible bien chorégraphié? Personnellement, j’ai hâte que cette façon de faire soit abandonnée.

Détail secondaire, Batman Begins est non seulement un très bon film de divertissement intelligemment réalisé, mais il s’avère être un des meilleurs films du trimestre, tous genres confondus. [HM]

 

The Island

Tenter de trouver des points communs entre les différentes parties qui composent The Island est comme trouver une ressemblance entre un dictionnaire, une torpille et un canard. Au mieux, ça donne une bonne blague; au pire, un mal de tête.

Car assister à The Island m’a donné l’impression de voir trois films pour le prix d’un et pendant la durée de deux. Le premier film est intéressant et pas trop bête, le deuxième bête et divertissant, le troisième stupide et ennuyeux.

Tout commence dans un futur plus ou moins éloigné, dans une colonie où se retrouvent les survivants d’une catastrophe planétaire. Nos personnages sont choyés, cantonnés dans leurs tours et protégés d’un environnement hostile. Des contrôles subtils et moins subtils leur assurent une excellente santé. Quelques chanceux, à intervalles réguliers, gagnent la loterie et obtiennent un laissez-passer à «l’île» du titre, où l’on leur promet une existence idyllique. Le passage à l’île est à sens unique: non seulement personne ne revient, mais on n’entend plus jamais parler d’eux…

Ce premier acte est la meilleure partie, surtout si, en bon amateur aguerri de SF, on soupçonne déjà que sous ce décor se dissimule quelque chose de plus inquiétant. Ces soupçons sont confirmés alors que nos deux héros découvrent l’horrible vérité et s’échappent de leur cocon privilégié pour se retrouver en pleine civilisation, avec des traqueurs à leurs trousses.

C’est également à ce moment que les prétentions de The Island comme film de SF sérieux se volatilisent. Autant la première partie du film est bourrée de petites touches intéressantes, autant la seconde sombre dans les clichés grossiers des films de poursuite. Les erreurs et incohérences s’accumulent, à un tel point qu’on s’épuiserait à en faire la liste. Simple exemple: un bracelet hyper-sophistiqué aux propriétés biométriques est dépourvu de bouée de location, alors que ce genre de technologie existe déjà! Et vous n’avez encore rien vu de Los Angeles, où l’on a maladroitement greffé par infographie des éléments futuristes ridicules sur des plans contemporains de la métropole. Même la pub a une touche tout à fait 2005…!

Mais si le second acte de The Island n’est pas particulièrement crédible, il reste au moins intéressant si on aime les scènes d’action. Ça bouge. Michael Bay joue ici avec ses jouets favoris, et nous en met plein la vue. Tant pis si la meilleure séquence du film est autoplagiée sur Bad Boys II, du même réalisateur. Et attendez de voir nos héros survivre à une chute du haut d’un gratte-ciel.

C’est lorsque les protagonistes décident de retourner au bercail pour y régler quelques questions que le film amorce son vol en piqué. Des retournements dramatiques abrupts, des armes faufilées à travers des mesures de sécurités inexistantes, des scènes usées jusqu’à la corde et surtout le sentiment d’avoir déjà tout vu ça à de multiples reprises… Ce troisième acte n’est pas seulement superflu: il est nuisible en balayant toute la bonne volonté accumulée par le spectateur jusque-là. On sort de la salle plus préoccupé que diverti, préoccupé par l’avenir d’un système de production cinématographique qui permet de tels dérapages où, semble-t-il, personne ne peut se lever pour signaler des incohérences qui torpillent un film au complet.

Peut-être y a-t-il une justice après tout: malgré une campagne de publicité musclée et des valeurs pourtant sûres, The Island a coulé à pic au box-office américain, récoltant 36 millions $ d’entrée sur un budget de production de 126 millions $. Un désastre financier, avec des critiques tièdes pour ne pas aider. Espérons que Dreamworks a compris le message: ça ne sert à rien de ferrer le spectateur avec un bon début si le reste du film le trahit. [CS]

 

Sky High

Jolie surprise que ce film modeste et sans prétention, qui allie un scénario astucieux à des effets spéciaux peu dispendieux. Comme quoi les films divertissants et bien menés peuvent encore nous faire passer un moment agréable.

La prémisse à elle seule fait sourire: les enfants des super-héros peuvent hériter des pouvoirs de leurs parents, mais apprendre à s’en servir demande un peu d’éducation. Voila donc pourquoi, sitôt la puberté arrivée, on les dépêche secrètement à Sky High, une école privée dédiée aux super-ados. Selon la puissance de leurs pouvoirs, ils seront divisés en heroes et sidekicks, selon un système social tout à fait injuste et donc complètement conforme à la réalité d’une école secondaire.

Notre protagoniste est le fils de deux super-héros parmi les plus célèbres… sauf que lui semble être complètement dépourvu de super-pouvoir. Placé avec les sidekicks, le voilà aux prises avec les problèmes normaux de ce milieu social: amour inavoué, ostracisme, tentatrice aux aguets et super-ennemi héréditaire. La routine, quoi.

Imaginez un hybride de film de super-héros et de film d’ados, sous le couvert d’une comédie sympa

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