Sci-Néma 142

Chapitre 10: Spider-Man devance Attack of The Clones et confirme la relance des superhéros au grand écran.

par Hugues Morin [HM] et Daniel Sernine [DS]

Exclusif au supplément Web (Adobe, 903Kb) de Solaris 142, été 2002

 

C’est la fin du printemps et comme chaque année à cette période, les studios hollywoodiens sortent leurs productions à gros budget. Et cette saison estivale 2002 débute avec deux des films les plus attendus de l’été: Spider-Man de Sam Raimi et StarWars Episode II: Attack of the Clones de George Lucas. Dans les deux cas l’attente n’a pas été de même nature. Par conséquent, la réaction publique à la sortie de chacun de ces deux films a été différente. Et la mienne aussi.

Plus enchevêtré qu’une toile d’araignée

J’ai lu un peu partout que l’adaptation cinématographique de Spider-Man était attendue depuis dix ans, ce qui, sans être totalement faux, ne révèle pas toute la vérité. Car s’il est vrai que ce film est en projet à Hollywood depuis dix ans, les fans de la bande dessinée originelle, eux, rêvent d’un film depuis bien plus longtemps que ça.

On peut s’étonner qu’Hollywood ait mis tant d’années à porter au grand écran le héros masqué, alors que dès 1978, par exemple, Warner Bros offrait une adaptation de Superman. Batman a aussi percé au grand écran des années avant Spider-Man, ce dernier superhéros dépassant pourtant en popularité ses confrères chez les lecteurs de comics.

Eh bien, curieusement, c’est un peu la faute à Stan Lee, le créateur de Spider-Man, si les choses ont tant tardé – pas nécessairement de son plein gré d’ailleurs. Un peu d’histoire s’impose ici. En 1962, Stan Lee crée Spider-Man, avec le dessinateur Steve Ditko. Lorsque Lee présente pour la première fois son nouveau superhéros, l’éditeur en chef chez Marvel n’y trouve rien de publiable. Le héros est un adolescent, les gens détestent les araignées… bref, on propose à l’auteur d’oublier le concept. Stan Lee publie tout de même sa première histoire, qui raconte l’origine des super-pouvoirs de son héros, dans Amazing Fantasy. De toute façon, peu de gens se préoccupent désormais de cette revue, dont on abandonnera la publication avec ce numéro 15. Toutefois, suite à l’accueil délirant réservé par les lecteurs à ce nouveau héros, Marvel change de cap et débute la publication de The Amazing Spider-Man dès 1963.

Au fil des ans, l’évolution du marché des comic books et «l’amicale» concurrence entre Marvel et DC Comics favorise diverses adaptations de leurs superhéros maison. C’est ainsi que Spider-Man est d’abord adapté en série d’animation pour ABC (1967 à 1970). Puis, quatre films tournés pour CBS (avec de vrais acteurs) sont diffusés en 1978-1979. Enfin, toujours au petit écran, une seconde série d’animation est produite pour la NBC en 1981-1982. Les séries animées demeureront dans les mémoires, mais pas les téléfilms. Pas plus que l’acteur personnifiant Parker/Spider-Man, Nicholas Hammond, qui fera carrière dans divers rôles secondaires de séries télé, un de ses seuls rôles au grand écran étant un rôle de soutien dans Crocodile Dundee in Los Angeles en 2001.

DC Comics faisant partie du même conglomérat que Warner Bros, un lien naturel favorise des adaptations de Superman et de Batman, avec chaque fois un budget confortable. Les films deviennent des franchises pour leurs producteurs respectifs : quatre longs métrages sont réalisés pour chacun.

Et voilà ce qui agace Stan Lee. Il rêve de plus en plus de voir son héros, la tête d’affiche de Marvel, adapté lui aussi au grand écran. L’éternelle blague entre lui et Jerry Siegel, à savoir lequel de Spider-Man ou Superman est le plus populaire, cesse d’être amusante lors de l’adaptation réussie de Superman en 1978.

Stan Lee décide donc, au début des années 80, de vendre les droits d’adaptation de Spider-Man au premier intéressé : Cannon Films. Première mauvaise transaction. Sans entrer dans les détails, mentionnons que la stratégie de financement de Cannon est particulière: ils vendent les droits de divers produits dérivés avant la production du film et, avec les versements reçus à l’avance, tentent de financer le film. Trop souvent, ils ne produisent même pas les films projetés, se contentant d’appâter les acheteurs de droits dérivés (qui fabriquent et vendent des jouets malgré tout) avec des grandes annonces pompeuses de leurs films à venir. Le premier scénario proposé à Lee met en scène un Peter Parker qui se transforme en araignée géante (avec huit pattes et tout) après avoir été mordu par une araignée radioactive. Heureusement, Lee a gardé un droit de veto sur le traitement. Quelques autres scénaristes sont appelés à la rescousse du projet, que l’on prévoit alors confier à Tobe Hooper. Le projet s’enlise jusqu’en 1990, en dépit du fait que la bande dessinée Spider-Man est plus populaire que jamais. Ainsi, le premier numéro d’une toute nouvelle série signée Todd McFarlane devient dès sa parution le comic book le plus vendu de l’histoire des états-Unis.

Finalement, Cannon Films fait faillite et son catalogue est racheté par MGM qui, en échange du départ de Menahem Golan (fondateur de Cannon), lui laisse les droits de Spider-Man lorsqu’il crée sa nouvelle compagnie: 21st Century Films. Seconde mauvaise transaction : c’est cette compagnie qui mènera la plupart des studios hollywoodiens en cour avant que le film ne puisse être mis en production.

Car utilisant le même genre de stratégie que Cannon, 21st Century vend d’avance les droits de télévision mondiaux à Paramount Pictures et les droits vidéo à Columbia Pictures. Mais cette fois, Golan voudrait réellement produire le film (il avait déjà engagé un scénariste avec instruction d’écrire un traitement que l’on pourrait tourner pour cinq millions). Il se tourne donc vers Carolco (studio reconnu alors pour ses films à gros budget comme Total Recall et qui produira aussi Terminator 2), qui s’engage à produire un Spider-Man pour cinquante millions de dollars. Carolco confie le projet à James Cameron, qui agirait comme scénarise et réalisateur et on lui donne un droit de regard sur le générique du film, une clause de base dans le contrat de Cameron.

Entre temps, Warner produit avec succès l’adaptation de Batman et annonce la préparation d’une suite. En août 1990, les fans commencent donc réellement à croire à l’imminence d’un film adapté de Spider-Man. On voit même l’apparition de divers objets comme des porte-clés annonçant le film de Cameron pour 1993.

Le problème suivant survient lorsque Cameron insiste pour ne pas créditer Golan comme co-producteur puisque son nom est synonyme de mauvais films à petit budget (pour être poli). Hélas, ce dernier s’est assuré lors de son entente avec Carolco que ce détail n’est pas négociable. Le projet est mis en veilleuse le temps de régler ce litige, alors que les versions du scénario se succèdent.

Mais, en 1993, Carolco, en difficulté financière après le peu de succès de quelques films coûteux (dont The Last Action Hero), vend ses droits sur Spider-Man à MGM. Dans les années qui suivent, une bataille juridique s’engage entre MGM, Paramount, Columbia, 21st Century, Carolco et Marvel. Tout le monde poursuit littéralement tout le monde, une incroyable et très longue histoire que je résume ici en quelques lignes. L’enjeu est plus important que prévu car le marché des films à gros budget a évolué au fil des ans. Chaque studio rêve d’une franchise à la James Bond ou à la Star Wars, et Spider-Man semble avoir un potentiel de franchise et de produits dérivés importants.

Pour finir, 21st Century, Carolco et Marvel font tous faillite et c’est la consternation chez les fans de Spider-Man.

Surprise! C’est à ce moment que les choses se précipitent. Car de toutes les compagnies reliées au Groupe Marvel, l’une survit, récupère le catalogue des comic books et relance la compagnie. Cette nouvelle Marvel s’associe à Sony Pictures, propriétaire de Columbia, pour reprendre le projet de Spider-Man au grand écran. Carolco et 21st Century n’étant plus de la partie, la bataille des droits se déroule donc entre Paramount, MGM et Sony.

Sony a alors un autre litige en suspens avec MGM concernant les droits de James Bond. En effet, Columbia détient une parcelle des droits de Bond après son achat du roman Casino Royale (produit en 1967) et se propose d’utiliser cette parcelle pour lancer sa propre série de James Bond ou bien récupérer une partie des profits réalisés sur la série principale de MGM. Les deux studios s’entendent hors cour. Le résultat en est le rapatriement des droits de Bond chez MGM alors que Sony récupère les droits de Spider-Man détenus par MGM, incluant les traitements antérieurs et le scénario de James Cameron. La position de Paramount est plus faible, puisqu’ils n’ont acquis que les droits de télévision du projet de 21st Century et que le contrat a une date d’échéance clairement établie.

Ainsi, après plus de vingt ans d’annonce, de controverse, de rumeurs et de batailles judiciaires, Sony annonce enfin la mise en production de son Spider-Man. Il est amusant de noter que plus d’une quinzaine de scénaristes ont travaillé sur les différentes versions du scénario. Le scénariste crédité au générique, David Koepp, ayant le droit légal de piger dans les versions antérieures détenues par Sony, il devient alors pratiquement impossible de savoir exactement qui a eu quelle idée dans le résultat final. On en attribue plusieurs à Cameron, mais il avait aussi quelques prédécesseurs. Sans oublier qu’au moins deux autres conseillers ont travaillé après Koepp sur la version qui a été tournée par Sam Raimi, cette version qui est sortie dans nos salles en ce début de mai 2002.

Spider-Man: Plus de bons choix que de mauvais.

L’appréciation d’un film adapté de matériel culte dépend beaucoup de votre propre expérience avec l’œuvre originale. Disons d’emblée que Spider-Man est un très bon divertissement et que j’ai trouvé que Raimi avait fait des bons choix.

J’aime bien la performance de Tobey Maguire dans le rôle titre. Il offre un jeu plus subtil que plusieurs jeunes acteurs plus populaires que lui. On se souvient de son excellente performance dans Wonder Boys par exemple. Il est parfaitement crédible en Peter Parker tel que l’amateur de la série animée et de la bande dessinée l’imaginait, même si on a modernisé un peu le personnage.

J’aime encore plus la performance de Willem Dafoe en Osborne/Goblin. Dafoe est lui aussi un acteur dont le talent dépasse la renommée et il offre quelques-unes des meilleures scènes du film. J’aime particulièrement la scène du miroir (clin d’œil à Evil Dead II ?). Par contre, le costume que l’on a concocté pour le Green Goblin est trop rigide, trop statique, trop «Batman Forever» à mon goût. Il nuit à l’intensité du personnage créé par Dafoe, dont on ne voit plus que les yeux. Je préfère nettement le costume de Spider-Man, plus respectueux du personnage dessiné, plus crédible aussi. L’idée qu’il ne trouve pas son nom lui-même est aussi un ajout intéressant.

Kirsten Dunst est très bonne dans le rôle de Mary Jane : elle remonte dans mon estime (qui était très basse après son Bring It On). Par contre, même si j’en comprends les raisons, je n’apprécie pas que l’on ait fondu plusieurs personnages féminins de la bande dessinée en un seul, et qu’on en ait fait une voisine d’enfance de Peter. Le scénario aurait pu difficilement faire autrement dans un film de deux heures, mais ça m’a agacé. Pire, ça contribue à diminuer l’intensité et la force de certaines scènes directement tirées de la bande dessinée, comme celle où Spider-Man doit choisir entre la fille dont il est amoureux (Gwen dans la BD, Mary Jane dans le film) et le téléphérique rempli de gens. On notera que dans le film, il n’a finalement pas eu à faire de choix.

D’autres petites modifications de ce genre, parfois inutiles, contribuent à diminuer la force des personnages. Dans le film, on donne une raison à Peter pour ne pas intervenir lors du vol des recettes de la soirée de lutte (le promoteur ne lui paye pas son dû) alors que, dans l’histoire d’origine, il n’avait aucune autre excuse que de ne pas vouloir s’en mêler. Le sentiment de culpabilité était encore plus fort après coup. D’autres changements par rapport à la bande dessinée sont judicieux (j’ai toujours trouvé fort étonnant que le voleur choisisse la maison de l’oncle Ben pour faire un cambriolage – coïncidence trop forte dans une ville comme New York).

J’aime beaucoup que le scénario respecte les origines du mythe, tout en le modernisant. L’araignée génétiquement modifiée est plus représentative de notre époque que celle transformée par les radiations, responsables de tous les maux dans les années soixante. L’idée (controversée et je me demande pourquoi) du fluide organique est bien plus ingénieuse que l’explication de la BD, où c’est Peter qui invente les outils et la colle spéciale en question. Comme les araignées produisent organiquement leur toile, je trouve que le film corrige l’une des plus grandes faiblesses de la bande dessinée.

J’adore le personnage de J. Jonah Jameson, encore plus savoureux que celui de la BD et de la série animée! On en redemande!

La seule véritable faiblesse de Spider-Man est un manque d’intensité dramatique, à certains moments. J’attribue cette faiblesse à trois éléments majeurs. Premièrement, la fusion des personnages féminins, qui attribue à Mary Jane trop de caractères différents. Ensuite, le manque de vertige que l’on devrait ressentir lorsque l’on suit Spider-Man au-dessus des rues de New York. L’animation est correcte; elle aurait dû être vertigineuse. Enfin, la réalisation soigneuse mais prudente de Sam Raimi, dont les trois derniers films démontrent une meilleure maîtrise technique mais moins d’intensité que ses premiers films.

Bref, Spider-Man est un excellent divertissement, et qui laisse espérer encore mieux dans la suite déjà annoncée pour 2004, avec la même équipe devant et derrière la caméra. Et préparez-vous, ce nouvel opus ne sera pas le seul film de superhéros que vous verrez prochainement, puisqu’après le succès de X-Men en 2000, Spider-Man a définitivement confirmé la mise en chantier de «X-Men 2», «The Fantastic Four» et «The Hulk». [HM]

Star Wars Episode II – Attack of the Clones: Divertissant et satisfaisant

Bon, autant l’avouer d’entrée de jeu : je suis un fan de Star Wars depuis longtemps. Je suis même en quelque sorte né à la SF avec The Empire Strikes Back en 1980. Ainsi, c’est maintenant avec des sentiments confus que j’accueille un nouvel opus de ma série culte de SF.

D’abord, oui, l’excitation. Pas aussi forte que celle qui a précédé la sortie de The Phantom Menace, puisque, d’une part, l’attente a été moins longue et que, d’autre part, l’épisode 1 s’était avéré le film le plus faible de la série.

Ensuite, de la crainte. Crainte, car je ne suis plus l’ado que j’étais à la sortie d’Empire ou le jeune fan de l’époque de Return of The Jedi. Mon expérience de cinéphile et de lecteur de SF n’est plus la même, mais surtout, j’ai toujours un peu peur que Lucas gâche tout, comme trop de suites banales ont fini par gâcher l’image/le souvenir que nous avons d’excellents films. Comme Alien, par exemple.

Enfin, de l’exaspération. D’avoir à supporter (c’est le mot), la campagne médiatique clinquante qui entoure désormais chaque nouveau Star Wars, avec plus de produits dérivés que les gens sont prêts à acheter et des «pièces de collection» limitées à des centaines de milliers d’exemplaires! Exaspération aussi d’en voir trop avant de voir le film lui-même, avec toute la série de bandes-annonces distribuées au cours des derniers mois. J’ai pris la peine de n’en voir qu’une seule, la première, où la respiration de Vader sert de fond sonore. Enfin, mon exaspération a atteint un sommet suite à mon implication dans les affaires de l’industrie et les longues et pénibles négociations avec LucasFilm/20th Century Fox (ce qui s’était également produit lors de la sortie de The Phantom Menace en 1999).

Pour justifier que Attack of the Clones sortait sur moins d’écrans que The Phantom Menace ou Spider-Man et pour concéder à l’avance le fameux record du meilleur week-end d’ouverture au box office, Lucas a spécifié qu’il ne faisait pas de films pour l’argent ou les records, mais pour raconter des histoires que les gens aimeraient voir. Certains médias, embrouillés par ses propos techniques, ont dit que Lucas exigeait la certification THX pour jouer Attack of the Clones en primeur et que peu de salles avaient cette certification technique. Ce qui est totalement faux : LucasFilm/Fox ont exigé, comme pour The Phantom Menace, d’offrir le son digital, ce que la grande majorité des salles sont en mesure d’offrir. Si plus de 90 % des cinémas indépendants du Québec, et même le géant Famous Players au Canada, ont refusé d’ouvrir le film ou l’ont ouvert en prenant une quantité très limitée de copies, c’est seulement à cause des conditions exigées par la Fox, jugées déraisonnables et exorbitantes par les propriétaires et programmateurs. Dans un cinéma indépendant moyen de région, le contrat de LucasFilm exigeait de jouer le film huit semaines minimum dans la plus grande salle, avec des pourcentages de remise des recettes d’au moins 70 % pour les trois premières semaines. Comparons avec Spider-Man, pour la même période, film également très attendu : on demandait 70 %, 60 % et 50 % pour ses trois premières semaines, laissant le choix au propriétaire de la salle de déplacer le film dans une plus petite salle si la fréquentation diminuait. LucasFilm prévoyait des pénalités si le film était déplacé, même si les recettes n’étaient pas au rendez-vous, et même après six ou sept semaines, ce qui empêchait d’ouvrir toute primeur pour deux mois dans la plus forte saison de l’année (puisque les autres distributeurs aussi veulent ouvrir dans les grandes salles pour leur première semaine). Au moment d’écrire ces lignes, les recettes en grande baisse du troisième week-end de Attack of the Clones ont donné raison aux programmateurs.

Et voilà où sont les priorités de LucasFilm et Fox, qui veulent seulement raconter des histoires que les gens aiment voir.

Ce genre de négociations gruge beaucoup du fan en vous! Ainsi, Attack of the Clones est le premier film de la série que je ne vois pas dès sa soirée d’ouverture (j’ai même vu The Phantom Menace quatorze jours avant sa sortie). Pire, j’ai vu le film plus tôt que prévu pour pouvoir rédiger cette chronique avant ma date de tombée, un comble pour un fan, non? Et je ne suis pas le seul en Amérique à avoir attendu avec plus d’impatience la sortie de Spider-Man puisque, les recettes le confirment, le film de Raimi a (pour le moment) fait plus d’argent, plus rapidement et ses recettes se sont déjà maintenues plus longtemps à un haut niveau que le film de Lucas.

Une fois tout ceci remis en contexte, je peux maintenant avouer en toute franchise, et avec un peu de honte… que j’ai bien aimé Attack of The Clones. Je me demande encore pourquoi Lucas a choisi ce titre alors que, dès le film original de 1977, Obi-Wan Kenobi lui fournissait déjà un titre parfait : «The Clone Wars». Peu importe : j’ai passé un excellent moment pendant les quelque deux heures et demi que dure le film. Ce n’est pas un «grand» Star Wars, mais, sérieusement, qui s’attend encore à ce que George Lucas atteigne le niveau de The Empire Strikes Back, ou du premier film de 1977? Pas moi. On a tendance à oublier qu’Empire n’a pas été scénarisé et réalisé par Lucas. (Pour les puristes, spécifions que nous savons bien qu’en tant que producteur de la série Lucas a suivi de très près le travail de ses réalisateurs et qu’il a collaboré étroitement aux scénarios, mais il n’en demeure pas moins que Empire est teinté de la vision de Irvin Kershner et, surtout, des dialogues de Leigh Brackett et Lawrence Kasdan.)

Ceci dit, Episode II propose une histoire à la fois plus intéressante, plus complexe et mieux rythmée que The Phantom Menace. Il est plus facile de s’identifier et de s’attacher à un Anakin jeune adulte qu’au garçonnet du film précédent. Son caractère fougueux, impatient et colérique est déjà un atout – j’avais peur que cet opus ne soit qu’une histoire d’amour, ce qui aurait pu être désastreux car certains dialogues entre Padme et Anakin sont vraiment mauvais! Autre qualité, on ne peut pas ignorer le degré d’humour bon enfant du film – ici provenant autant d’Obi-Wan et Anakin que des fidèles clowns-droïdes R2-D2 et C-3PO. Cet humour, sans être au niveau des épisodes de la première trilogie, manquait cruellement à The Phantom Menace – de loin le plus sérieux de la série.

Enfin, considérant que le film s’inscrit dans une série, il fonctionne mieux que je ne l’avais espéré. L’intrigue globale (politique, Jedis, Sith, etc) est de bon présage pour le prochain épisode. Et puis on dira ce qu’on voudra, même après 20 ans, j’ai encore bien du plaisir à voir toutes ses batailles au sabre-laser, moi! [HM]

Frailty : Titre fragile, scénario solide

J’avoue que la pertinence du titre de Frailty n’est pas évidente au premier abord (ni au second) : les personnages, au contraire, font preuve d’une force de caractère peu commune, pour le meilleur et pour le pire.

Dans une petite ville états-unienne, un père veuf (Bill Paxton), soudain bénéficiaire d’une révélation divine, se donne pour mission de tuer des «démons» qui, aux yeux de ses deux fils (onze et treize ans), ne sont que des citoyens ordinaires. Justicier religieux aux méthodes de tueur en série, l’homme use de séquestration, de hache et d’enterrements clandestins, sous les yeux de ses rejetons qu’il recrute comme aides bourreaux, l’un tout prêt à croire son père, l’autre révolté par ces actes. La mise en scène est heureusement fort sobre et elliptique sur les aspects sanglants de l’affaire.

Le film commence par la visite de l’un des fils, devenu adulte (Matthew McConaughey, au jeu très retenu ici) venu avouer tout le drame à un inspecteur de police, car les meurtres ont récemment repris. Le film presque en entier se déroule en flashbacks à partir du récit du fils Meiks. En dire davantage serait déflorer le sujet, toutefois il me faut ajouter que le film, avançant un bon moment sur la corde raide, déclare son appartenance au fantastique vers la fin, ce qui justifie qu’on en parle dans Solaris.

Vous connaissez Bill Paxton, non pas comme réalisateur (c’est son premier film à ce titre) mais comme acteur, même si peut-être vous n’êtes pas sûr de son identité. Il a joué dans plusieurs films, pas tous remarquables, mais si vous avez vu l’excellent A simple plan (de Sam Raimi, avec Bridget Fonda et Billy Bob Thornton) et Apollo 13, ainsi qu’Aliens et Terminator, vous devriez le replacer. Acteur sobre et efficace, réalisateur de la même eau : avec un sujet pareil, il aurait pu basculer dans divers excès (surtout qu’il a joué dans Brain Dead !). Au contraire il parvient à faire passer l’horreur par la mise en scène (rappelant The X-Files par moments) et par le regard des jeunes témoins (les petits acteurs s’en tirent honorablement: pas évident de rendre la réaction de gamins aux actes sanguinaires de leur illuminé de père…).

Le film n’est pas resté très longtemps sur les grands écrans, néanmoins vous ne regretterez pas de louer la cassette (il faut que je m’habitue à dire : «le DVD»!). [DS]

The Gift : Scénario correct, distribution solide

La sortie de Spider-Man est peut-être l’occasion de glisser un court mot à propos du précédent film de Sam Raimi, dont nous n’avions pas traité ici faute de l’avoir vu en salle à la sortie l’an dernier. Sur un scénario signé Billy Bob Thornton, The Gift est un suspense fantastique lent, assez typique de ce que je qualifie maintenant de période «post-Sixth Sense », dont le scénario s’amuse à déjouer vos hypothèses avec un succès mitigé. Le nombre restreint de suspect dans cette histoire de meurtre limite les possibilités de retournements majeurs. Mais l’aspect le plus intéressant de l’histoire n’est pas tant l’identité du coupable et la façon dont on la révèle, mais plutôt le traitement du don de clairvoyance de son personnage principal, joué avec justesse par Cate Blanchett. Sam Raimi signe une réalisation sans bavures, mais aussi moins inspirée que pour ses films précédents (je me souviens encore de l’intensité dramatique de A Simple Plan, dans un registre similaire).

L’ambiance froide et déplaisante de la vie en petite ville est assez bien rendue et malgré un accueil plutôt tiède, The Gift offre tout de même un certain nombre de scènes fortes et sa distribution de luxe (et solide) ajoute à la valeur du film (citons par exemple Keanu Reeves, Hilary Swank, Giovanni Ribisi et Katie Holmes dans des rôles secondaires). [HM]

Resident Evil : Un bon film de zombie!

N’étant ni un amateur de films de zombie, ni un fan du jeu vidéo dont le film est tiré, j’avais noté la sortie de Resident Evil avec indifférence. Certains bons commentaires de copains (dont Joël Champetier) et la présence de Milla Jovovich dont j’ai souvent apprécié les performances (The Fifth Element et La Messagère, par exemple), m’ont convaincu d’aller voir le film en salles, mais malheureusement pas à temps pour ma chronique de Solaris 141. J’en glisse donc un court mot ici, puisque le film sera bientôt disponible en vidéo et qu’il vaut largement le détour.

Car même s’il s’agit d’un film de série B, son scénario solide et sa réalisation originale en font un produit qui se classe largement au-dessus de la moyenne des films de ce genre. On n’y prend pas le spectateur pour un idiot et j’ai été agréablement surpris du sérieux du traitement et de l’interprétation – ce qui est de plus en plus rare en horreur de nos jours. Et même s’ils n’inventent rien de spectaculaires (on pense à The Matrix ou encore à Cube), les effets spéciaux sont compétents et efficaces. Si vous êtes amateur du genre, vous devriez adorer, sinon, vous serez agréablement surpris. [HM]

E.T. 20e anniversaire, Lord of The Rings, etc.

Je n’ai pas vu E.T. nouvelle mouture, en partie parce que l’occasion ne s’est pas présentée et en partie parce que je ne voulais pas gâcher le souvenir (bon) que j’ai de ce film, surtout après avoir appris que 1) la scène avec Harrison Ford, coupé du montage d’origine, ne faisait pas partie des nouvelles scènes de ce montage-ci et que 2) on avait remplacé le E.T. de certaines scènes par une créature animée numériquement – l’idée à elle seule m’a donné des frissons dans le dos.

Je ne discute généralement pas des sorties vidéos ou DVD, et ne cherche en rien à en faire la promotion, mais étant donné l’importance de ce film et compte tenu du matériel qu’il propose d’offrir, je conclus cette livraison de «Sci-néma» en annonçant que The Fellowship of The Ring se verra offrir deux sorties en DVD. Une première en août (deux disques) offrant plusieurs heures de matériel inédit, puis une seconde en novembre (quatre disques!), contenant un montage du réalisateur offrant plus de 30 minutes coupées du montage d’origine, au moins six heures de matériel inédit et quelques scènes de «The Two Towers» qui doit sortir en décembre 2002. Les fans sont prévenus. [HM]

Hugues MORIN et Daniel SERNINE

Nouvelliste, rédacteur, micro-éditeur et ancien coordonnateur de la revue Solaris, Hugues Morin œuvre principalement dans le milieu du cinéma depuis 1998. Il habite présentement Vancouver, en Colombie-Britannique.

Romancier et nouvelliste, directeur de la revue Lurelu et directeur littéraire de la collection Jeunesse-Pop (Médiaspaul), Daniel Sernine est aussi un des plus fidèles collaborateurs de Solaris, revue à laquelle il participe depuis 1975.

Mise à jour: Juin 2002 –

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