Sci-Néma 139

Chapitre 7: Après l’aventure, l’été 2001 se termine en horreurs

Par Hugues Morin

Exclusif au supplément Web (Adobe, 859Kb) de Solaris 139, automne 2001

à la fin de ma dernière rubrique, dans Solaris n° 138, je vous ai laissés entre Lara Croft et les dinosaures du parc jurassique, quelques jours à peine avant la sortie d’un autre film adapté d’un jeu vidéo: Final Fantasy: The Spirit Within. Il est intéressant de comparer Tomb Raider et Final Fantasy: The Spirit Within, puisque les créateurs de ce dernier film ont choisi de le réaliser entièrement en animation plutôt qu’avec des acteurs. Techniquement, la qualité de cette réalisation est absolument exceptionnelle. C’est définitivement le film d’animation proposant les personnages les plus «réels» que j’ai pu voir ; à certains moments l’illusion est presque parfaite. Les détails sont hallucinants (je pense entre autres aux imperfections de la peau des personnages, la barbe naissante, les taches de rousseur, les pores…). Cet aspect va plus loin que la simple réussite, c’est une révolution, le pas technique qu’il fallait franchir après l’arrivée des dinosaures de Spielberg il y a maintenant presqu’une décennie.

Sur le plan de l’histoire, Final Fantasy repose sur un scénario plus développé que Tomb Raider. Bien que l’ensemble de l’équipage demeure un peu cliché et que le concept de l’esprit/ Gaïa soit connue des amateurs de littérature depuis des lunes, la base SF/ fantasy est plus solide, l’intrigue et son dénouement transcendent la simple adaptation d’un jeu vidéo et l’ensemble du film se laisse agréablement regarder.

Les producteurs de Planet of the Apes ont aussi favorisé l’aspect «pur divertissement». Malgré la présence d’un Tim Burton à la réalisation, le film ne répond pas aux attentes qu’il a créé depuis l’annonce de son tournage. Il n’est pas mauvais en soi, mais c’est certainement le film le moins personnel et le moins sombre de Burton, un projet un peu bancal, et ce n’est pas plus un vrai remake du premier film – réalisé en 1968 -, encore moins une suite à la série de cinq films qui s’est terminée en 1973. Ainsi, la finale annonce clairement (et évidemment!) une suite.

L’action prend le pas sur les personnages et les rapports de force entre humains et singes. Les aspects critique sociale et sociologique du roman de Pierre Boulle ont malheureusement été relégués au second plan. Côté interprétation, si l’ensemble des acteurs s’en tire plutôt bien, c’est Tim Roth qui vole la vedette – son personnage du général Thade vaut à lui seul le prix du billet bien que, parfois, il soit peut-être trop «constamment» intense. Mais bon, cette interprétation combinée à la réalisation de Burton sauvent le film de l’étiquette «ordinaire». En coulisse, on raconte que Burton a fait le film pour se placer les pieds à la Fox afin de bénéficier de meilleurs moyens pour ses films suivants (qu’on espère plus personnels), la compagnie accueillant de son côté un réalisateur au statut prestigieux. On raconte aussi de la même façon que la Fox a décidé de miser gros sur Mark Walberg pour l’avenir.

Pour le reste de l’été, presque tous les autres films traitant de nos genres de prédilection relèvent du fantastique et de l’horreur. Cette stratégie de commercialisation se répète d’ailleurs depuis quelques années, les distributeurs sortant leurs films de SF et d’aventure en début d’été, gardant le surnaturel pour la fin.

The Others, réalisé par le Chilien Alejandro Amenábar, est certainement l’un des films d’horreur les plus efficaces et les plus glaçants des dernières années. C’est le même genre de film de fantôme que The Sixth Sense, au rythme lent, qui prend le temps d’installer son atmosphère, où tout est plus suggéré que montré. Nicole Kidman est excellente dans le rôle d’une mère de deux enfants allergiques à la lumière du jour et qui engage de nouveaux domestiques dans cette immense maison constamment gardée dans l’obscurité. (Malgré quelques similitudes, il ne s’agit pas d’un remake de The Turn of the Screw.) Il ressort de l’ensemble une étrangeté dérangeante pour le spectateur, étrangeté appuyée par l’environnement désert autour de la propriété (on ne voit jamais de scènes extérieures au domaine et ce confinement finit par devenir suffoquant) et l’époque où se déroule l’histoire (la Seconde Guerre mondiale). La peur monte d’un cran à chaque nouvelle scène ou chaque nouvelle révélation d’un scénario subtil et intelligent. On sort de la salle les jambes plus molles qu’après n’importe quel film d’horreur à la sauce moderne, genre slasher pour ados. On entendra reparler de ce réalisateur très bientôt, puisqu’un de ses films précédents (Abre los ojos) fait l’objet d’un remake américain (Vanilla Sky) mettant en vedette Tom Cruise et Pénélope Cruz (qui jouait déjà dans la version originale). Cruise était d’ailleurs l’un des producteurs de The Others. Mentionnons que ce dernier film supporte très bien un second visionnement, qui suscite un plaisir différent de celui éprouvé lors de la première écoute.

Adapté d’un recueil de Stephen King, Hearts in Atlantis se veut un film dans la lignée de The Green Mile et The Shawshank Redemption, c’est-à-dire d’une veine fantastique légère (presque mainstream), mais d’une grande qualité. Il s’agit d’une adaptation de la première et d’une partie de la dernière des histoires du recueil du même nom (qui porte le titre de la seconde nouvelle, ignorée dans le film, voir le volet Internet de Solaris n° 138 pour la critique du livre). Anthony Hopkins (excellent) tient le rôle de Ted Brautigan, un homme d’âge mûr qui emménage à l’étage d’une maison dont le rez-de-chaussée est occupé par Bobby Garfield et sa mère veuve. Rapidement, Bobby et Ted deviendront amis. Ce dernier confie à Bobby la surveillance du quartier, car il craint les «Low men» qui veulent l’emmener avec eux, en raison de ses pouvoirs…

L’adaptation de cette histoire, dont l’action se déroule dans les années soixante, est fine et plutôt respectueuse de sa source principale, la novella «Low Men in Yellow Coat». Toutes les références à la série de La Tour Sombre de Stephen King sont habilement éliminées, fort heureusement d’ailleurs car les non-initiés n’y auraient probablement rien compris. Un bémol va cependant à la finale, moins satisfaisante et moins vraisemblable que celle du livre. C’est d’autant plus curieux qu’on ne voit pas ce qui justifie le changement – mineur, mais significatif. Autre détail, les deux scènes les plus fortes du livre m’ont semblé moins puissantes dans le film, mais c’est probablement un choix personnel du réalisateur. Malgré ces réserves, le film demeure excellent dans son ensemble, touchant et beau, triste et optimiste à la fois. La réalisation est inspirée et l’interprétation – celle des jeunes personnages, entre autres – est impeccable. Un film que je classe parmi les très bons films de cette année 2001 qui s’achève.

Soul Survivors est un film plutôt bien fait dans l’ensemble, offrant un scénario qui balance entre le film de peur sérieux et le film d’horreur destiné aux ados, mais qui souffre de sa ressemblance avec plusieurs films récents comme Stir of Echoes, Lost Souls ou Bless the Child. Si Soul Survivors était sorti il y a deux ou trois ans, on l’aurait probablement jugé meilleur que ce qu’on en dira aujourd’hui, car c’est un film qui tient bien la route et intrigue pratiquement jusqu’à la fin, ce qui est une qualité non-négligeable de nos jours quand on parle de films d’horreur. L’interprétation des personnages adolescents est meilleure que de coutume et on sort de la projection pas mécontent du tout. Une agréable surprise, donc, compte tenu du long délai de sortie du film, causée par la demande d’un nouveau montage de la part des producteurs, désirant avoir une cote plus généraliste permettant d’atteindre un public plus jeune (le premier montage étant coté R (18 ans et plus) aux états-Unis).

Je serai plutôt bref concernant Jeepers Creepers, puisqu’il s’agit certainement du plus mauvais film que j’ai visionné cette année. C’est simple: à peu près tout y est mal foutu. Le scénario est une incroyable accumulation d’absurdités, d’incohérences et de stupidités, la réalisation est quelconque et l’interprétation n’est absolument pas convaincante. Si ce n’avait été de cette rubrique que je veux rédiger avec le plus d’honnêteté possible, je serais sorti de la projection après les quarante premières minutes (et je n’aurais rien manqué!). Certains mauvais films d’horreur peuvent être drôles tellement ils sont maladroits ; Jeepers Creepers est juste mauvais et ennuyant. Un «série Z» oubliable – et on se demande encore comment des personnes aussi réputées que Francis Ford Coppola (producteur via sa compagnie) et Clive Barker (cité comme référence) ont pu s’associer à la réalisation et à la promotion de ce film épouvantable.

Heureusement, une semaine plus tard, j’assistais à une projection de Session 9, un film tourné en vidéo numérique qui utilise un peu l’esthétique et le genre d’ambiance «naturaliste» popularisé par The Blair Witch Project. Et c’est probablement pourquoi on l’a tant comparé à ce dernier film, même si la manière diffère considérablement d’un film à l’autre. Session 9 est définitivement un excellent film, dont le scénario apporte son lot de surprise et dont la tension est constamment soutenue par une interprétation et un montage parfaitement maîtrisés. Frissons garantis au visionnement de cette histoire se déroulant dans un asile abandonné dans lequel les employés d’une compagnie de décontamination font diverses découvertes, la plus intrigante étant une série de bandes magnétiques (neuf sessions de thérapie, d’où le titre) relatant les entretiens d’un psychiatre avec une jeune femme atteinte du syndrome de personnalités multiples. Session 9 est une autre preuve que lorsqu’on utilise un scénario solide, un réalisateur et des acteurs compétents, on peut tourner un excellent film sans disposer d’un gros budget ou de très grandes vedettes.

Je n’ai pas vu le Ghosts of Mars de John Carpenter ni Osmosis Jones des frères Farrelli. Dans le premier cas, par manque d’intérêt – Carpenter m’ayant profondément déçu avec ses derniers films – et ayant pris connaissance de l’accueil public (froid) et critique (impitoyablement incendiaire) que le film a reçu. Je n’ai fait aucun effort pour aller le voir, ce qui en soi révèle déjà une opinion.

Le cas d’Osmosis Jones est différent. Aux limites de nos genres, le film est un mélange d’animation et de réalisme pouvant en quelque sorte être étiqueté SF. On peut y suivre le combat entre un virus et un globule blanc à l’intérieur d’un corps humain, le tout saupoudré d’hormones et de médicaments… Là encore, un manque d’intérêt initial et des critiques mollassonnes ont eu raison de mon intention de voir le film. Visiblement, le public a réagi comme moi, le film étant un flop au box office nord-américain. On se demande bien pourquoi les créateurs ont choisi ce concept particulier, qui rappelle faiblement Fantastic Voyage, dans lequel on y réduisait une équipe médicale afin de pénétrer dans le corps d’un patient à bord d’un minuscule vaisseau. Sorti il y a trente-cinq ans (!), ce premier film avait le mérite d’être réellement de la science-fiction et de démontrer que les scénaristes de l’époque avaient des idées, eux! Osmosis Jones semble n’exister que pour nous souligner encore une fois la difficulté d’Hollywood à trouver des scénarios originaux.

Car encore cette année, la tendance des producteurs hollywoodiens à tourner des suites, des remakes ou des films dérivés de séries télé ou de livres à succès se maintient. Il suffit de jeter un oeil sur les recettes globales nord-américaines pour comprendre pourquoi les maisons de productions ne misent pas autant de budget ou d’efforts promotionnels sur des produits plus «originaux». On ne retrouve que trois films non-dérivatifs dans le Top 10, Shrek, Pearl Harbor et The Fast and The Furious, respectivement premier, second et septième au classement. Pourtant, le Top 10 historique ne contient que des produits originaux, à l’exception de Return of The Jedi et The Phantom Menace (The Empire Strikes Back étant maintenant onzième). Mais malgré tout, produire une suite ou un remake semble un pari assuré de faire ses frais, même dans les cas où le succès est moins fort que celui espéré. (Pour les fins de ce texte, le lecteur prendra note que l’on considère «non-original» un scénario tiré d’un livre ou d’un jeu, étant la suite d’un autre film ou en étant une nouvelle version. Ainsi, Pearl Harbor et Titanic ne sont pas les premiers films à aborder ces sujets historiques, mais ils contiennent leur part de fiction et mettent en scène des personnages originaux. Ils sont donc considérés ici comme scénarios «originaux». à l’opposé, Jurassic Park III est une suite, Tomb Raider est basé sur un jeu et Planet of the Apes valse entre la nouvelle adaptation du roman et nouvelle version du film, ces trois films étant cités à titre d’exemple.)

Et parlant de film attendu (et de produits dérivés!), on en retrouve deux parmi les titres à venir, qui se démarquent par l’ampleur du succès espéré de la part de leurs producteurs: Harry Potter and The Sorcerer’s Stone et The Lord of The Rings – The Fellowship of The Ring, qui débarquent respectivement sur nos écrans en novembre et décembre prochain. Mais vous savez quel film j’ai le plus hâte de voir pour le moment? K-Pax, un petit film dans lequel Kevin Spacey joue un patient psychiatrisé qui prétend provenir d’une autre planète (située à mille années-lumière d’ici) et qui, lentement, commence à convaincre son psy – joué par Jeff Bridges – qu’il dit vrai… On s’en reparle dans le prochain numéro.

Hugues MORIN

 

Mise à jour: Novembre 2001 –

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