Jean-Baptiste Del Amo, La Nuit ravagée (Fa)

Jean-Baptiste Del Amo
La Nuit ravagée
Paris, Gallimard (Blanche), 2025, 459 p.
Un bon vieux roman d’horreur style années quatre-vingt bien écrit, est-ce possible ? Oh que oui ! Lectrices et lecteurs avides de sensations fortes, je vous présente La Nuit ravagée, le nouveau bouquin de Jean-Baptiste Del Amo – auteur de plusieurs livres de littérature générale et primé à de nombreuses reprises, dont le Goncourt du premier roman pour Une éducation libertine en 2008 – publié chez Gallimard. Oui, oui, vous avez bien lu : la prestigieuse collection Blanche ose sortir de sa zone de confort en s’aventurant dans le fantastique horrifique.
L’intrigue se déroule au début des années quatre-vingt-dix, dans un petit village tout près de Toulouse. Un groupe d’adolescents est fasciné par une maison abandonnée au fond de l’Impasse des Ormes. Puis, l’un d’eux y entre et meurt dans de terribles circonstances. Rongés par le désir de comprendre ce qui l’a tué, ses amis endeuillés décident de s’y aventurer à leur tour…
« Au fond de l’impasse, plongée dans son repli sombre, la maison abandonnée était à peine visible, sépulcrale, et Alex eut le sentiment qu’une tristesse infinie s’en dégageait… » (p. 84)
Avant ma lecture, je dois vous avouer ma crainte à l’effet que La Nuit ravagée ne se contente que d’un discret effleurement du genre, mais au contraire, ce roman représente un hommage assumé aux classiques des collections Pocket Terreur et J’ai lu Épouvante, écrits, entre autres, par Graham Masterton, Stephen Laws et l’autre, là, le « King » dont vous avez peut-être entendu parler, mais également aux films de John Carpenter, de Wes Craven, David Cronenberg et autres maîtres de l’horreur cinématographique.
Bref, par un fan pour les fans. Avis aux amateurs d’un fantastique plus subtil, qui se tapirait timidement entre les lignes : ce livre n’est pas pour vous. Ici, on a plutôt droit au Mal, venu d’ailleurs, dont on ne doute nullement de l’existence, qui s’apprête à déferler sur le monde, à contaminer ce que nous considérons comme notre réalité. Gare à quiconque se trouve sur son chemin… une bande d’adolescent·e·s dans ce cas-ci.
Il s’agit d’une véritable lettre d’amour aux récits de terreur à la fois effrayants et sanguinolents. Parce que, oui, du gore, il y en a et certaines scènes suffisamment détaillées vous feront même grincer des dents, je vous l’assure.
Contrairement à nombre de romans d’épouvante bon marché que je dévorais, adolescent, les personnages ne sont pas de la vulgaire chair à canon. Dès le début de ma lecture, je les sentais bien vivants, avec leurs failles, leur vulnérabilité, leur humanité. J’avais envie de les suivre dans leur descente aux enfers et je me souciais de leur sort, parce que l’auteur a compris qu’il faut du drame, de la chair autour de l’os, pour que l’horreur fonctionne.
Le surnaturel s’insinue d’abord insidieusement dans leur vie, hantant ensuite de plus en plus leur psyché. Au fil des chapitres, la demeure s’approprie leurs désirs et leurs secrets pour mieux les diviser, les briser. Et la finale a des accents apocalyptiques, sans tomber dans les clichés hollywoodiens, heureusement.
Je tiens à souligner la postface dans laquelle l’auteur nous partage la genèse de son projet avec générosité et nostalgie. J’y ai appris, sans surprise, que nous appartenons à la même génération, celle qui a connu les clubs vidéo, l’odeur caractéristique des livres des collections susmentionnées quand on y plonge le nez et la vie d’avant les internets.
Maintenant que ma lecture est terminée et que j’ai survécu aux maléfices de cette demeure maudite – enfin, il me semble être encore en vie et en un seul morceau… – une question me hante : est-ce que la collection Blanche de Gallimard récidivera en matière d’horreur ?
Jonathan REYNOLDS
