Critique de la semaine : L’Homme griffonné (Les Enfants de D’Hara -1), de Terry Goodkind

Terry Goodkind

L’Homme griffonné (Les Enfants de D’Hara -1)

Paris, Bragelonne, 2019, 119 p.

Terry Goodkind est reconnu pour son cycle de plusieurs volumes L’Épée de vérité, mais pas toujours pour la qualité de sa prose et la profondeur de ses personnages. Après quelques incursions dans le roman d’espionnage et une série « spin-off » sur l’un des personnages les plus adulés de son « magnum opus », voilà que l’auteur revient aux deux principaux protagonistes de L’Épée de vérité, Richard et Kahlan, dans une série de novellas, Les Enfants de D’Hara, dont L’Homme griffonné constitue le premier volume. Bien que les quelques œuvres que j’aie lues de cet auteur ne m’aient pas emballé outre mesure, j’étais curieux de connaître ses capacités dans le format court. Ce dernier permet-il de gommer les défauts des précédentes œuvres de Goodkind en allant à l’essentiel ? Réponse : plus ça change, plus c’est pareil.

À la fin de Le Cœur de la guerre, Richard et Kahlan ont réussi à instaurer la paix dans l’empire de D’Hara. S’efforçant d’accomplir au mieux leurs fonctions respectives de Sourcier et de Mère inquisitrice, les deux protagonistes tiennent dorénavant une assemblée quotidienne dans leur salle du trône pour écouter les demandes de leur peuple. Un jour, un homme appelé Nolodondri se présente à eux et affirme que la Déesse d’or détruira leur monde s’ils refusent de capituler. Kahlan décide de prendre l’homme à part pour l’interroger, mais se fait attaquer par une créature qu’elle surnomme l’homme griffonné. Entre temps, Shale, une magicienne-voyante, indique à Richard que sa douce moitié est en danger et qu’il n’y a qu’elle qui puisse la sauver. Le mystère s’épaissit, tandis que la violence se déchaîne dans le château. Bien vite, le couple apprend qu’il est voué à mourir en même temps que son monde, car le Sourcier et la Mère Inquisitrice n’ont aucune descendance.

Rendons d’abord à César ce qui est à César : en dépit de tous les défauts que l’on puisse trouver au style de Goodkind, celui-ci s’avère relativement fluide. L’Homme griffonné, comme toutes les autres œuvres de l’auteur, se lit aisément. L’univers dans lequel évoluent Richard et Kahlan est riche et donne envie aux lecteurs de poursuivre leur lecture pour en découvrir davantage. Goodkind s’essaie même au huis clôt, sans trop de heurts puisque le format court s’y prête bien.

Malheureusement, là s’arrêtent les points positifs de cette novella. Les personnages, bien qu’ils soient décrits avec moult détails, ne possèdent pas de personnalité propre. Ils ne s’avèrent que des archétypes, parfois même des stéréotypes, au service de l’intrigue. Le lecteur attentif apercevra les ficelles plutôt lâches de l’intrigue, dans laquelle l’auteur confond grandeur avec grand-guignolesque. Le texte semble d’ailleurs avoir déjà mal vieilli, comme si Goodkind l’avait écrit dans les années 1990, à ses débuts : le héros utilise la force pour sauver sa demoiselle en détresse, les discussions des personnages féminins tournent pour la plupart autour de l’amour qu’éprouve Kahlan pour Richard, les femmes ne sont bien souvent que des faire-valoir de Richard, etc. L’auteur affirme mettre en scène des femmes fortes, mais rappelons qu’il ne suffit pas de le dire et d’avoir une femme comme personnage principal pour que ce soit le cas. Les Mord-Sith, quant à elles, ne sont que de vulgaires potiches qui auraient très bien pu être supprimées de l’intrigue tant elles n’y apportent rien. Le format bref ne se prêtait donc pas à une pléthore de personnages, peu développés d’autant plus.

L’univers, pour sa part, aurait mérité d’être davantage exploité. Avec l’homme griffonné, l’auteur aborde le thème des peurs d’enfance, sans aller plus loin que d’indiquer que cette créature se cache sous le lit des enfants. Nous savons que le monde de Richard et Kahlan est magique, au contraire d’autres mondes (celui dans lequel nous vivons, où Richard a, par le passé, envoyé certaines personnes qui ne voulaient plus avoir affaires à la magie), mais le transfert d’un monde à l’autre est un concept qui n’est jamais véritablement expliqué.

En ce qui concerne le style, il abonde de points de suspension inutiles en plus d’être verbeux. Quant aux dialogues, très nombreux, ils sont plaqués et ne servent qu’à véhiculer l’information aux lecteurs. L’auteur s’évertue à dire plutôt qu’à montrer, à croire qu’il n’ait rien appris de ses erreurs, même avec plus d’une vingtaine d’œuvres à son actif.

En somme, L’Homme griffonné est une novella qui s’oublie aussi vite qu’elle se lit. À réserver aux inconditionnels de l’auteur.

Mathieu ARÈS

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