Critique de la semaine : La Disparition d’Annie Thorne, de C. J. Tudor

C. J. Tudor

La Disparition d’Annie Thorne

Montréal, Flammarion Québec, 2019, 400 p.

C. J. Tudor avait attiré l’attention avec son premier livre, L’Homme craie, dont la version française est parue l’an dernier aux éditions Flammarion Québec. Avec La Disparition d’Annie Thorne l’auteure de Nottingham en Angleterre frappe un grand coup.

Dès le début, l’auteure donne le ton : personne ne sera épargné… surtout pas le lecteur. Les policiers arrivent dans une maison et voient dans le salon le corps d’une femme en décomposition. À l’étage, ils découvrent son fils, qu’elle a assassiné. Sur le mur, en lettres de sang, elle a écrit que ce n’était pas son enfant. Cette maison jouera un rôle crucial dans le livre puisque c’est là que le héros, Jo Thorne, va aller vivre.

Ce dernier est un enseignant endetté jusqu’au cou qui cherche à fuir ses créanciers. Il retourne dans son village natal, situé dans l’Angleterre profonde. Il réussit à se faire engager dans l’école locale avec de fausses références. Il va y enseigner l’anglais. En effet, la dernière titulaire est la femme retrouvée morte au début du livre.

Jo a un plan pour se refaire une santé financière tout en se vengeant de vieux ennemis. Il espère aussi comprendre ce qui est arrivé à sa sœur Annie. En effet, un mystérieux correspondant lui dit savoir ce qui est arrivé à cette dernière. Elle a disparu une vingtaine d’années plus tôt quand Jo était adolescent et il traîne sa culpabilité depuis. Cela dit, la vraie horreur a commencé quand elle est revenue… De retour en ville, Jo va déranger bien des gens. Il retrouve de vieux amis ou des ennemis. La différence entre les deux n’est pas si claire.

Disons-le d’emblée, malgré plusieurs défauts, ce roman de C J. Tudor est diablement efficace. C’est un véritable page turner. Le style est prenant, l’écriture nerveuse et la fin de chacun des chapitres est haletante. C’est tout un défi de s’arrêter sans commencer le chapitre suivant.

Cela dit, on a aussi les défauts propres à plusieurs thrillers grands publics où l’action va à toute vitesse : l’histoire est grosse par moment et on tourne souvent les coins ronds. On peut aussi noter que la psychologie des personnages secondaires manque de profondeurs et que les motivations de chacun ne sont pas claires. La finale a aussi quelque chose de frustrant. Après tout le mystère distillé au fil des pages (on raconte le passé mystérieux à dose homéopathique), il y a quelque chose de précipité dans la conclusion.

Le personnage principal n’est pas sympathique aux premiers abords. C’est un antihéros dévoré par la culpabilité et gagné par ses démons personnels. Pourtant, on s’attache à ce narrateur un peu frondeur au ton délicieusement sarcastique. En fait, ce ton, servir par la plume simple et efficace de l’auteur, y est pour beaucoup dans l’efficacité du livre. Parce que malgré les défauts notés plus tôt, la mécanique roule parfaitement. La Disparition d’Annie Thorne est un polar fantastique qui se dévore d’une traite et où il n’y a aucune place pour l’ennui. L’ambiance est sombre à souhait, il y a du mystère, des rebondissements et des scènes d’horreur fort efficaces.

Pierre-Luc LAFRANCE

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