Critique de la semaine : Bios, de Robert Charles Wilson

Robert Charles Wilson

Bios

Chambéry, ActuSF (Perles d’épice), 2019, 301 p.

Ceux qui ont lu Deathworld (tr. Les Trois Solutions ou Le Monde de la mort, 1960) de Harry Harrison trouveront une certaine parenté avec Bios. Il y est en effet question d’une planète dont la vie autochtone est violemment hostile à la présence humaine et s’oppose par tous les moyens biologiques à son enracinement. Au point qu’Isis est le personnage principal et immanent – dans le sens propre comme quasi-mystique du terme – de ce roman qui conte la dernière tentative de colonisation à sa surface et son échec total. C’est le récit d’une lutte inexpiable.

Le second personnage – procédé narratif nécessaire pour expliciter l’action bien qu’elle soit à la troisième personne – est Zoé Fisher, dernier atout pour imposer la présence terrienne à ce monde qui refuse si obstinément d’être exploité : ses bases doivent être isolées hermétiquement de l’environnement extérieur pour empêcher le moindre germe – ils sont tous mortels – de s’y infiltrer et d’en contaminer les habitants. En plus de l’équipement extérieur, son corps a en effet été traité pour y résister : des organes et des glandes synthétiques lui ont été implantés.

Mais, quoique Zoé se sente d’abord en communion avec cette planète mortelle à laquelle elle a été artificiellement adaptée et avec qui elle se révèle à la fin capable de communiquer mentalement, elle y est foncièrement étrangère. Alors que la vie terrestre s’est développée sous la forme d’individualités, la biosphère isidienne – comme dans le reste de la Galaxie – constitue une entité planétaire unitaire. Malgré son désir de s’y fondre, la jeune femme demeure l’expression d’un système biologique anormal et incompatible et elle en mourra.

Un autre antagonisme véhiculé par le roman est le cadre que tentent d’importer les colonisateurs. Ils sont le produit d’une société où l’ultra-libéralisme l’a emporté et s’impose par l’intermédiaire de familles ploutocratiques qui traitent une humanité souffrante en outils gouvernés et modelés cyniquement selon leurs besoins dans tout le Système Solaire. Zoé elle-même en est la victime. Une justification de plus du rejet par Isis. Le lecteur approuvera ou non ces appréciations sur la culture et de la biologie terrestres mais y trouvera un passionnant sujet de réflexion.

Jean-Pierre LAIGLE

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