Florent Veilleux, La Fiancée d’Archi (Hy)

Florent Veilleux

La Fiancée d’Archi

Montréal, Québec Amérique (Littérature d’Amérique), 1993, 157 p.

Il est bien difficile d’applaudir la récente parution du recueil de nouvelles de Florent Veilleux La Fiancée d’Archi. Les récits qui le composent sont à ce point disparates que quelques-uns d’entre eux plairont à un certain degré alors que la plupart en revanche décevront ou laisseront perplexe. On ne peut s’empêcher de se questionner sur les motifs pour lesquels la réputée maison d’édition Québec/Amérique a publié la majorité de ces nouvelles. Que le recueil soit hétérogène ne me gêne pas outre mesure ; au contraire, plutôt qu’un défaut, je considère cette particularité comme un atout. D’ailleurs, on se doit d’être impressionné par les talents variés de l’homme : véritable touche-à-tout, Florent Veilleux s’adonne à la chanson humoristique, à l’écriture de pièces de théâtre pour enfants, à la création de spectacles multimédias, il s’intéresse au cinéma et à la photographie. Ainsi, ne pouvant se limiter à un genre, à un style en particulier, l’auteur donne l’impression d’explorer diverses avenues afin simplement de rester fidèle à sa façon de vivre. Ce qui expliquerait en partie le choix de la nouvelle comme genre narratif. Il est plus pratique d’écrire douze textes d’une vingtaine de pages que douze romans afin d’expérimenter de nouvelles choses. N’est pas Balzac qui veut.

Malgré cette impression, je me demande si M. Veilleux est parvenu à produire un seul très bon texte dans un genre donné. Par exemple, bien que La Fiancée d’Archi regorge de nouvelles ayant un penchant avoué pour le fantastique, aucune d’entre elles ne fait progresser le genre ; l’auteur n’a pas su se détacher de l’atmosphère typée qui a fait la gloire de ses devanciers. Comme dans « Les Yeux du brouillard » qui constitue une caricature, tout au mieux un mauvais pastiche, d’une histoire de fantômes dont l’action se déroule dans l’inquiétante Londres.

Si on veut parler d’une certaine innovation dans le traitement du fantastique, on doit se tourner du côté du ton humoristique que prête l’auteur à plusieurs de ses nouvelles, comme dans la nouvelle-titre. Il s’agit d’une histoire où le chien et la chatte d’un couple de petits bourgeois prennent des formes humaines en l’absence de leurs maîtres. Le début de la nouvelle peut faire penser à du Maupassant réinventé : les objets de la maison se déplacent mystérieusement, sont perdus et retrouvés ailleurs plus tard ; le narrateur, dans un souci classique de débalancer le lecteur, évoque alors l’hypothèse de la parapsychologie afin de trouver une solution à l’énigme ; mais les coupables ne sont finalement que les animaux domestiques, qui profitent d’un inexplicable et inexpliqué pouvoir de métamorphose pour « faire la fête ».

Du coup, on est propulsé hors du fantastique et on tombe dans le merveilleux. Et l’expression « tomber » est fort à propos ici : ce mélange d’anthropomorphisme et d’érotisme animal n’est malheureusement rien de plus qu’une tentative de comédie ne dépassant pas le niveau d’un épisode moyen de Bugs Bunny. Tenez, vous vous souvenez peut-être de la mouffette, Pepe le Pew qui tentait de séduire la pauvre chatte noire au dos rayé de blanc. Disons que « La Fiancée d’Archi » est une sorte de Pepe le Pew pour adultes, un Pepe le Pew coté XXX. L’auteur se laisse complaisamment aller dans une trop longue – car grotesque comme ce n’est pas permis – scène libidineuse entre les animaux métamorphosés en humains. Et à l’instar de la mouffette ci-haut mentionnée, Archi et sa fiancée Pimprenelle s’expriment dans une langue des plus précieuses. Guère étonnant que les dialogues, tout comme la nouvelle en général, sonnent faux.

« Enfin un vrai livre de détente qui nous prouve que la vie vaut la peine d’être vécue, pour peu qu’on ne la prenne pas trop au sérieux ! » dit-on en quatrième de couverture du recueil. Il est à se demander, après lecture de quelques nouvelles du recueil, si l’auteur, en plus de la vie, ne prend pas tout aussi à la légère… l’écriture littéraire !

Simon DUPUIS

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