Solaris 127 (Automne 1998)


Illustration: Guy England

Feuilletez ce numéro

Spécial Sexe

Fictions

Uriel et Kornilla, par Alain Bergeron

Moranne au bain, par Andrée Laurier

Bande dessinée

Le Plan de l’éther, par éric Lacasse

Articles

Le retour du feuilleton? John Saul sur les traces de Stephen King, par Hugues Morin

"été 1996: Un King nouveau à tous les mois

La Ligne Verte est le premier (et le seul) feuilleton signé Stephen King. Il a été publié simultanément dans plusieurs langues et plusieurs pays, de mars à août 1996. Par feuilleton, j’entends beaucoup plus que la simple publication d’une histoire en tranches. Car le feuilleton est en lui-même un genre littéraire différent du roman, qui ne répond pas aux mêmes règles d’écriture.

La Ligne Verte est donc un feuilleton. Mais un feuilleton qui s’adresse à un large public. Et le public a suivi si on en croit les chiffres de ventes de la seule édition française de J’ai Lu, soit 1 450 000 exemplaires avant la fin de l’année 1996. Avec cette publication, King est devenu le premier écrivain à avoir au même moment 6 titres parmi les dix titres les plus vendus aux états-Unis la même semaine.

Printemps 1998: Un Saul nouveau à tous les mois

Les Chroniques de Blackstone, de John Saul, reprennent la même formule que La Ligne Verte de King; c’est-à-dire la publication d’un roman en six épisodes à raison d’un épisode par mois. Les Chroniques ont été publiées de janvier à juin 1998. Clairement publiées dans la lignée du feuilleton de King, celui de Saul s’est vendu à plus de sept millions d’exemplaires aux états-Unis seulement.

Deux feuilletons similaires, qui renouent avec la façon dickensinenne de publier des romans en épisodes. Deux succès publics. Le feuilleton reviendrait-il à la mode?

Le mystère de Marie Nizet, par Mario Rendace

"Préambule

Entre deux profanations de sépultures pour le mensuel Le Résurrectionniste, j’ai feuilleté le numéro 125 de Solaris. L’article intitulé "Le Capitaine Vampire ou, 18 ans avant Dracula, un roman de vampire jusqu’ici inconnu…" signé Norbert Spehner, attira particulièrement mon attention. Ce dernier y lançait un avis de recherche sur la romancière Marie Nizet, «roumaine [qui a] écrit en français» Le Capitaine Vampire (nouvelle roumaine) édité chez Auguste Ghio en 1879. Je trouvais intéressant de relever ce défi, tout en me permettant d’exercer ma profession de résurrectionniste dans des contrées inexplorées.

En consultant le Catalogue général de la Librairie Française depuis 1840, j’ai découvert dans le tome 10 le nom de Marie Nizet et la mention de son roman. De plus, il y avait la note suivante: «sœur du précédent, devenue Mme Mercier, née à Bruxelles en 1853.»1 Alors, je compulsai, dans les quatre bibliothèques universitaires montréalaises et à l’édifice Saint-Sulpice de la Bibliothèque nationale du Québec, toute la documentation disponible sur la littérature belge de langue française, à la recherche de renseignements biographiques sur Marie Nizet. Cet article est le résultat de mes recherches.

Qui était Marie Nizet?

Marie Nizet naît à Bruxelles (Belgique) le 19 juin 1859. Son père François-Joseph Nizet, docteur en droit, en sciences politiques et administratives, en philosophie et lettres, professeur, fait carrière comme conservateur adjoint à la Bibliothèque Royale à Bruxelles. Il publie Premiers chants de ma lyre (1857), un recueil de poèmes patriotiques dédiés à Léopold Ier, puis Belgique 1880, Sonnets (1879), ainsi que divers travaux historiques et bibliographiques. Le frère de Marie, Henri Nizet (1863-1925), journaliste et écrivain naturaliste, compose à l’âge de 16 ans L’épopée du Canon (1879), poème sur les horreurs de la guerre.

Marie Nizet étudie à l’Institut Gatti, institution d’enseignement laïque féminin pour la bourgeoisie libérale. Sous les influences conjuguées de l’éducation qu’elle reçoit à l’Institut Gatti, qui prône un engagement social, et de la présence d’étudiants slaves et balkaniques émigrés, pensionnaires et élèves de son père, naît la vocation littéraire de la jeune femme. Elle épouse «la cause patriotique de ces jeunes révolutionnaires qui rêvaient de libérer un jour leur pays du joug des tyrans.»

De cette Roumanie qu’elle ne visita jamais, elle fait de ce pays le thème majeur de son œuvre. à dix-huit ans, elle débute dans la carrière littéraire en publiant deux poèmes, "Moscou" et "Bucarest" dans un journal français, l’Union libérale et démocratique de Seine-et-Oise (Versailles) en 1877. La force du sentiment et de l’expression qui s’y manifeste, où elle prend résolument parti pour la Roumanie contre la Russie, attirent l’attention au point que, la même année, ces deux poèmes sont édités ensemble dans une plaquette chez E. Aubert, à Versailles."

Entrevue

Réflexions sur le thème du temps en science-fiction, une discussion avec René Beaulieu et Denis Côté

Chroniques

  • Capsules, par Hugues Morin
    • Prix surprise pour élisabeth Vonarburg
    • La saison des salons
    • La saison des prix
    • Bourse Yves Thériault 1999
  • Les littéranautes
    • Samiva de Frée (Le Sable et l’Acier-2), Francine Pelletier [Jean-Louis Trudel]
    • L’Héritage de Roberval, Hugues Morin [élisabeth Vonarburg]
    • Le Fantastique même, Ed. Claude Grégoire [Joël Champetier]
    • Grand choix de couteaux à l’intérieur, Jeanne Yvrard [élisabeth Vonarburg]
  • Lectures
    • Magie et cristal, Stephen King [Laurine Spehner]
    • La petite mort, Ed. Ellen Datlow [Hugues Morin]
    • The Family Tree, Sheri Tepper [élisabeth Vonarburg]
    • Dictionnaire de la science-fiction, Denis Guiot, Alain Laurie et Stéphane Nicot [Jean-Louis Trudel]
    • Les Visages de Mars, Jean-Jacques Nguyen [Jean-Louis Trudel]
    • L’ange des profondeurs, Serge Lehman [Jean-Louis Trudel]
    • Coup de plumes, Ed. Gaston Compère [Jean-Louis Trudel]
  • L’Anachorète dilettante, par Alain Bergeron: Le troisième plus grand mystère du monde

"Sexe fictions

Je ne sais pas si ça a un rapport avec ma fréquentation de ce genre un peu tordu qu’on appelle la science-fiction, mais j’ai l’habitude de dire qu’après l’existence de l’univers et l’apparition de la vie, la troisième plus grande énigme qui devrait s’imposer à la curiosité humaine est celle de la sexualité.

Pourquoi? Je comprends que ça n’aille pas de soi. Après tout, quoi de plus naturel que la sexualité, quoi de plus normal, quoi de plus banal? S’il y a une chose qui a l’air de faire partie des meubles, c’est bien celle-là. N’affirme-t-on pas que 95% des espèces végétales ou animales de notre biosphère peuvent être considérées comme sexuées, que ce soit à temps plein ou à temps partiel? Et je ne parle pas de nous, malheureux êtres humains, chez qui la sexualité est si centrale, si déterminante dans notre développement, si omniprésente dans l’histoire, si envahissante dans l’iconographie de notre environnement quotidien, que l’idée même qu’il pourrait en être autrement ne vient pas facilement à l’esprit.

Pourtant, quand on s’arrête à y réfléchir un peu, l’existence du sexe — n’est pas à prendre pour acquis. On ne le voit pas facilement, biaisés que nous somme en partant par notre condition d’êtres sexués, mais si nous pouvions être honnêtes, nous conviendrions qu’une reproduction sans sexe serait pas mal moins — comment dire? — «compliquée». Imaginons que chacun d’entre nous n’aie qu’à répliquer son propre stock de chromosomes personnel et à le larguer dans le décor sous forme de progéniture. Sans doute se priverait-il de certaines petites joies bien connues, mais qui y aurait-il pour le lui faire savoir? En revanche, que d’avantages! Efficace et efficiente, cette reproduction asexuée: progression géométrique garantie. C’est vite, net, direct: pas de perte de temps à rechercher le ou la partenaire, à faire la cour ou à évincer des rivaux. Finis les grands et petits échanges de sécrétions diverses. Chacun dans sa cour. Répands tes gènes, moi je répands les miens.

Pareilles idées ne doivent pas traverser souvent l’esprit du commun des mortels, bien qu’à l’heure de Dolly et de l’avènement du clonage, il y a des prise de conscience qui devront se faire tôt ou tard. Mais en attendant, si la SF n’était pas là pour questionner des réalités apparemment aussi fondamentales que la sexualité, qui d’autre le ferait?

Soit, mais le fait-on vraiment?"

 

Illustrations

Guy England

Mise à jour: Août 2000 –