Solaris 121 (Printemps 1997)


Illustration: Maher Jajah

Feuilletez ce numéro

Fictions 

Fictions et fantascience, par Jean-Louis Trudel. 

Les voix cruelles, par Julie Martel. 

Une lettre de ma mère, par Yves Meynard.

Articles 

Steampunk : Rationalités et résurrections victoriennes, par Jean-Louis Trudel. 

"Le futur, il y a un siècle… C’est peut-être la meilleure façon de décrire le sujet de ce sous-genre mineur de la science-fiction qu’est le steampunk"

"Le steampunk ne serait-il pas qu’une tentative de regrouper sous une même étiquette un ensemble plutôt hétéroclite d’uvres aux inspirations diverses? Tel le monstre de Frankenstein, ne serait-il qu’un corps sans âme ramené de force à la vie?"

"Toutes ces tendances forment-elles véritablement un sous-genre unifié? Il est permis d’en douter. Néanmoins, la plupart des ouvrages habituellement classés dans le steampunk témoignent de certains traits caractéristiques, au niveau des personnages, du rôle de la rationalité et du traitement de la sexualité (lorsqu’on en parle)."

"Reste alors à expliquer l’intérêt du steampunk pour les Romantiques anglais. En fait, c’est simple: la génération des Romantiques est celle qui a déterminé une réaction entièrement nouvelle face aux aspects sublimes du monde naturel. L’horreur et la terreur que les montagnes, les banquises ou les déserts inspiraient depuis toujours se sont mâtinées chez eux d’une exaltation enivrante. Cette admiration est, de façon fort lointaine, à l’origine du sense of wonder que d’aucuns placent au cur de l’esthétique science-fictive. L’attrait attesté de cette génération de poètes ne serait alors qu’un hommage rendu par les auteurs du steampunk à leurs lointains aïeux. "

"Toujours, des scientifiques seront présents pour défendre la raison menacée, pour se mettre en travers des nostalgiques ou des utopistes, bref, de ceux que la technique ne satisfait pas. La rationalité est à la fois l’arme et l’enjeu du combat."

"Reste-t-il beaucoup de thèmes science-fictifs à traiter dans le cadre du steampunk sans empiéter sur les chasses gardées de Jules Verne et des autres auteurs du siècle? Ce sera aux écrivains de prouver que oui…"

Assonances bouddhiques chez Lovecraft, par Esther Rochon.

"Lovecraft ne doit à peu près rien au bouddhisme, et inversement. Par contre, il y a quelques points communs entre l’un et l’autre"

"Malgré tout, ne s’agit-il pas de comparer deux sujets disparates, un écrivain et un système religieux et philosophique dont il ne connaissait à peu près rien? Autre écueil, Lovecraft est un écrivain de l’entre-deux guerres dont les opinions racistes et conservatrices, bien que s’étant vraiment adoucies vers la fin de sa vie, peuvent entourer l’uvre d’une aura désagréable. La simple juxtaposition des mots Lovecraft et bouddhisme pourrait en choquer certains"

"Si j’observe mon esprit en train de considérer une expression telle que "The gateless gate" (La porte sans porte), ou encore "Ni caverne, ni absence de caverne, ni mur, ni absence de mur", dans les deux cas ma pensée discursive lâche prise un instant, ce qui est l’effet voulu du côté bouddhique puisque c’est vif, que ça suggère une réalité plus vaste que celle du monde habituel. L’esprit a cessé un instant de fonctionner dans ses ornières, ce qui est précisément une expérience de la vacuité au sens bouddhique. Qu’on le trouve dans un contexte littéraire ou sacré, l’effet d’un paradoxe est le même. "

"Pourquoi étais-je tant frappée par la phrase de Lovecraft? Parce que j’avais déjà compris l’impossibilité de prouver dans quel registre on se situe, du rêve, du réveil, de la rêverie; par contre, personne autour de moi ne semblait s’en soucier ni même s’en rendre compte. En Lovecraft, je trouvais un allié que je n’espérais pas. Il s’agit là d’une expérience qui m’est personnelle et n’est pas celle de la plupart des bouddhistes que je connais, lesquels ont à leur tour leur propre accès privilégié à l’enseignement."

Chroniques 

Du côté de la France, par André-François Ruaud. 

Les points sur les zines, par Hugues Morin. 

Lectures, par Jean-Louis Trudel, Yves Meynard, Hugues Morin et élisabeth Vonarburg. 

Capsules, coordonnées par Hugues Morin.

L’Anachorète dilettante, par Alain Bergeron : Mars est un rêve.

"Flammarion n’est pas seul scientifique du temps à croire que les Martiens ont une bonne longueur d’avance sur nous. En 1877, l’astronome Giovanni Schiaparelli a repéré sur la surface de la planète de mystérieux tracés rectilignes qu’un collègue, Angelo Secchi, a déjà baptisés canali, dès 1859. Pas très longtemps après, l’excentrique américain Percival Lowell leur consacrera sa vie et sa fortune. Ces réseaux de canalisation complexes qu’un sens minutieux de l’observation, doublé d’une imagination enthousiaste, lui fera observer à travers les lentilles de son télescope, il est clair que seule une civilisation avancée est en mesure de les avoir aménagés. D’ailleurs, les Terriens ne commencent-ils pas eux-mêmes à creuser des canaux (Suez en 1869, Corinthe en 1893, Panama, en 1914)? "

"En fait, dès l’origine, Mars est un rêve. C’est celui que fait John Carter, par exemple, le héros d’Edgar Rice Burroughs, qui n’a même pas besoin de fusée pour se transporter sur les rivages exotiques de Barsoom (A Princess of Mars, 1912). Un rêve d’exotisme, un rêve d’amour et d’aventures aussi, dans les bras trop humains de cette princesse d’Helium, qui n’a pour orner sa nudité que quelques bijoux finement taillés."

"Mars est un rêve, mais elle peut aussi devenir cauchemar. Il arrive que "Mars attaque", ainsi qu’on nous l’a encore rappelé dernièrement sur grand écran."

"Quant au cliché du petit homme vert – vous savez, cette créature en forme de poire, coiffée d’antennes de limace, qui sort de sa soucoupe volante et s’adresse à une borne-fontaine en lui ordonnant "Take me to your leader" – il semble assez difficile d’en retracer l’origine."

"Un miracle, il a bien failli y en avoir un. Le 6 août 1996, le directeur de la NASA, Daniel Goldin, annonce dans un communiqué de presse qu’une équipe de chercheurs du Johnson Space Center, à Houston, a possiblement découvert des traces de vie à l’intérieur d’une météorite d’origine martienne."

"On se demande… Et si l’eau, ce matériau de base de la vie, était plus répandue dans l’univers que ce qu’on a pu croire jusqu’ici? Et si la vie se formait plus vite et plus facilement que ce qu’on a toujours pensé? Et si des organismes arrivaient à naître dans des conditions qu’on considère traditionnellement comme trop hostiles? Ne pourrait-on pas supposer alors que…"

Illustrations 

Julie Capistran et Maher Jahjah.

Mise à jour: Août 2000 –