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Pour les écrivains

L'univers de la SFQ

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Couverture par Jean-Pierre Normand

Solaris No.129
(Printemps 1999)

 

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Fictions

Un chant si doux, par Martin Hébert

Le lecteur de pistes, par Mylène Mantel

Le troisième jour, par Nathalie Loignon

"Grand-maman est morte il y a trois jours. Elle est déménagée dans une maison minuscule où il fait noir et froid. Je n'ai plus peur du noir maintenant. Grand-maman chantait doucement, hier soir, dans mon oreille, pour que je cesse de pleurer : Sur le pont de Londres, là il fait beau danser... Lalala lala... Grand-maman aimait les ponts. Souvent, quand on allait en promenade, elle m'amenait jusqu'à celui qui lie l'est à l'ouest de notre petite ville. Grand-maman m'avait dit qu'un jour elle s'envolerait de ce pont. Est décédée accidentellement...  Un accident, c'est quand on monte sur la balustrade d'un pont, et qu'on espère s'envoler en ouvrant les bras. On meurt accidentellement quand ça ne fonctionne pas. Je le sais parce que j'ai vu Grand-maman s'écraser sur le sol.

C'est bizarre... François disait à Maman, hier soir, pendant que je mettais mon veston rouge pour sortir avec Grand-maman, il disait que j'allais être marquée à vie par ce que j'avais vu. Mais je n'ai aucune marque, aucune cicatrice... Sinon ces écorchures que je me suis faites aux genoux quand j'ai couru vers la lumière qui sortait de Grand-maman après qu'elle a touché le sol. Je tombe toujours sur les genoux. Et même, une fois, j'ai dû aller à l'hôpital parce que je m'étais fait une grande fente dans la peau. Le monsieur qui ressemblait à mon dentiste a recousu ma blessure. Et il m'a donné des bonbons. (C'est là que j'ai su qu'il n'était pas mon dentiste.) Même quand j'ai les genoux blessés, François m'oblige à faire une prière au petit Jésus, agenouillée près de mon lit. Et ça fait si mal que j'ai parfois de la difficulté à écouter jusqu'au bout : Et délivrez-nous du mal. Amen. Quelquefois, François insiste pour qu'on récite une autre prière. Là, je peux me coucher dans mon lit. Et quand on arrive enfin à je crois... à la résurrection de la chair, à la vie éternelle, amen, François me recouvre, m'embrasse, et je peux dormir. Mais les deux dernières nuits, Grand-maman ne m'a pas laissée dormir."

Article

Naissance du conteur, par Michel Lamontagne

"L'année 1979 voyait la parution de deux classiques du Fantastique québécois: Les Contes de l'ombre et Légendes du vieux manoir. Leur auteur, Daniel Sernine, nous invitait alors à "une intrusion dans le monde de la peur", récits enchâssés dans un rappel des "temps passés" où le conteur, véritable mémoire vivante, transmet son ou ses histoires. Vingt ans plus tard, il faut revenir à ces textes. Pour le plaisir de la lecture, bien entendu, mais aussi pour jeter un autre éclairage sur une écriture que la critique officielle s'est contentée, sans pousser plus loin, de classer dans le fantastique gothique. Bien sûr, le cycle de Neubourg et Granverger en se déployant allait confirmer l'ampleur de la vision de l'auteur. Mais en 1979, l'habileté de Daniel Sernine à investir tous les codes du gothique et à les rendre à la perfection occultait la modernité de ses écrits et leur originalité. Mais il y a plus important: Les Contes de l'ombre et Légendes du vieux manoir constituent ce moment privilégié où le paysage littéraire retentit d'une voix nouvelle, une voix dont on sait aux premiers accents qu'elle sera là pour rester."

"Mais le plus grand plaisir à retirer des premiers écrits de Sernine sera de découvrir un jeune auteur, déjà en pleine possession de ses moyens, qui amorce son oeuvre avec tout ce que cela implique de jubilation et de volonté farouche. Les premières lignes de la nouvelle qui ouvre Les contes de l'ombre témoignent de manière exceptionnelle de cet état d'esprit : La plaine est vaste et désolée, sous un ciel immense et blafard, ce ciel à la fois si bas et si lointain, insondable dans sa pâleur vaporeuse. Briser les chaînes de la gravité, quitter le sol d'un bond, s'élancer en un puissant plongeon vers cette masse ouateuse qui surplombe la terre, se noyer dans ces nimbes sans fond..."

Chroniques

"Ouvrage d'une grande complexité, autant par la diversité de tons et les changements fréquents de procédés narratifs, que par la profusion des thèmes, des personnages, des événements et de leurs interconnexions (celles que l'auteure [Élisabeth Vonarburg] montre au grand jour et celles qu'elle dissimule sournoisement dans sa manche), Tyranaël se prête naturellement à une multiplicité de lectures différentes. La mienne n'en est qu'une possible parmi toutes."

"J'ignore si je suis vraiment parvenu à m'expliquer de façon satisfaisante les raisons d'un enthousiasme qui, né d'un véritable coup de foudre contracté dans les vingt premières pages, a su se maintenir sans trop de fluctuations jusqu'à la fin du cinquième volume. Il est probable que les deux pôles Dick et Tolkien - des auteurs auxquels je voue une admiration inconditionnelle - n'ont pas été étrangers à mon appréciation. Non plus qu'une fréquentation de longue date de l'oeuvre de Vonarburg. Cependant, je me rends compte que déclarer que Tyranaël est ce qui s'est fait de mieux en SFFQ repose moins sur le résultat d'une véritable analyse ou critique littéraire - démarche pour laquelle je ne me sens guère de dispositions par ailleurs - que sur l'intensité ou l'authenticité d'un pur engouement de premier degré."

"Je ne suis pas le seul à avoir été dithyrambique à propos de l'oeuvre. Des témoignages de la même veine ont été exprimés par des lecteurs aussi différents que Claude Mercier et Stanley Péan. Ce dernier ne range-t-il pas Tyranaël à côté de chefs-d'oeuvre comme Les Chroniques martiennes de Bradbury, le cycle Fondation d'Asimov, les Dune d'Herbert ou le Terremer de LeGuin ? Sur la liste de discussion SF Franco, sur l'Internet, Jean-Louis Trudel, assez nuancé au demeurant dans son appréciation, a écrit qu'après Tyranaël, le reste de la SFF pâlit un peu ."

Illustrations

Marc Pageau