Sci-Néma 181

Christian Sauvé

Exclusif au Volet en ligne (Adobe Acrobat, 1Mo) de Solaris 181, Hiver 2012

 

The Thing (2011)

CouverturePeu importe notre seuil de tolérance pour les bizarreries hollywoodiennes, les grands studios américains redoublent d’effort pour le franchir année après année. Est-ce que quelqu’un tenait vraiment à voir un remake de The Thing [La Chose]? Est-ce que les cinéphiles ont occupé Hollywood en exigeant une «préquelle» au film de John Carpenter? Des acteurs de premier plan rêvaient-ils d’ajouter un tel rôle à leur filmographie?

Bien sûr que non. Comme c’est souvent le cas lorsque l’on s’interroge sur la pertinence d’un film projeté en salles, les causes ont plus à voir avec la quête d’un profit assuré qu’avec l’ambition artistique. Dans ce cas-ci, un analyste a sans doute mesuré la popularité résiduelle du film de 1982, livré un rapport dans lequel il a conclu à la viabilité commerciale de tout projet de film de monstre, et il ne restait plus qu’à trouver un réalisateur prêt à rechausser les bottes d’hiver de Carpenter. Les producteurs du film ont beau jurer qu’un antépisode est fondamentalement plus respectable qu’un vulgaire remake, ces serments sonnent creux lorsque les scénaristes ne font que calquer la structure de l’original et répéter ce qui est déjà familier aux spectateurs du premier film.

Nous nous retrouvons donc à nouveau en Antarctique au début des années quatre-vingt, à suivre des explorateurs qui ont découvert quelque chose de très étrange sous la surface gelée du continent. Ils en retirent un bloc de glace dans lequel se trouve… quelque chose. Quelque chose d’inhumain, bien sûr. Peu de personnages survivront à l’émergence du monstre polymorphe, surtout quand les autres humains s’avèrent aussi dangereux que l’extraterrestre. Paranoïa et éclaboussements sanglants garantis.

La moitié des lecteurs du paragraphe précédent s’est déjà endormie tellement ce résumé est semblable, pas juste à la version précédente de The Thing, mais à pratiquement tous les films de monstres réalisés depuis. Si l’originalité est absente au niveau du concept, que dire de la manière dont le film est exécuté? à cet égard, au moins, la réalisation n’est pas complètement incompétente. Les effets numériques, absents dans la version de 1982, proposent occasionnellement des images intéressantes. Hélas, comme c’est souvent le cas lorsqu’on veut en mettre plein la vue, ces effets basculent dans la surenchère. Dans la lignée des autres films de monstres récents, les viscères numériques volent un peu partout, sans que l’on atteigne le paroxysme d’horreur qu’avaient suscité certains moments mémorables de la version de Carpenter.

Pour les amateurs de genre, il y a quelques idées intéressantes dans l’imbrication entre la SF et l’horreur, tandis que les inconditionnels du film original auront au moins la satisfaction de constater que celui-ci met la table avec élégance pour ce qui va suivre. Reste à décider si tout cela en valait la peine, et si oui, s’il n’aurait pas été possible de nous servir autre chose que du déjà-vu.

 

In Time

CouvertureIl n’est pas exagéré de dire que l’on s’était ennuyé d’Andrew Niccol au grand écran. Après une entrée remarquée à Hollywood avec l’écriture du scénario de The Truman Show, Niccol s’est aussi distingué par l’écriture et la réalisation de Gattaca (1998), S1m0ne (2002) et Lord of War (2005). Mais depuis: silence. Jusqu’à ce nouveau projet sorti de nulle part: In Time [En temps], un thriller futuriste dans lequel tout le monde a une date d’expiration…

Niccol n’aurait pas pu planifier son retour à un meilleur moment. Car dans l’univers d’In Time, le temps est littéralement de l’argent. Certains en ont beaucoup, et vivent tels de jeunes riches pendant des siècles… alors que d’autres en manquent et tombent par terre en pleine rue, morts. Quand un jeune homme en deuil obtient, à la suite d’une rencontre fortuite, une quantité importante de temps, il décide de s’attaquer au pouvoir établi.

Il n’y a pas à chercher loin des parallèles avec le mouvement de contestation populaire «Occupy » qui a émergé aux états-Unis durant l’automne 2011 pour se propager dans le monde entier. Alors que la concentration de richesse commence à préoccuper les Américains, voici arriver en salles un film prêt à aborder ces sujets, bien que de manière détournée. Peut-être un peu trop détournée au goût de certains. Car peu importe les forces d’In Time (qui va rejoindre Source Code, The Adjustment Bureau, Super 8 et Limitless au panthéon des bons films de SF de 2011), force est d’avouer que c’est un film qui se déroule dans le registre de la fable plutôt que de la spéculation rigoureuse. Comme dans Gattaca, le monde inventé est d’abord au service des idées. Niccol ne perd donc pas trop de temps à expliquer comment la race humaine en est arrivée à avoir des compteurs dans leurs avant-bras qui leur indiquent le temps qu’il leur reste à vivre, ou bien ce qui leur permet de se transférer des secondes de vie: le film énonce ces règles de base en quatre-vingt-dix secondes et cesse de s’en préoccuper, préférant explorer les ramifications de son concept. Le résultat pourra déplaire à ceux qui n’acceptent pas cette prémisse sans condition, ou qui l’examinent avec trop d’attention.

Mais pour ceux qui sont prêts à faire preuve d’un peu d’indulgence, In Time se laisse regarder avec un certain plaisir nostalgique. C’est une science-fiction classique aux ficelles narratives visibles, qui explore toutes les implications d’une prémisse qui place au centre du récit un homme ordinaire qui remet en question l’ordre établi. L’atmosphère du film est délibérément anachronique. Le tout a beau se dérouler des centaines d’années dans le futur, les décors et modes empruntent librement aux années 1930-1980, soulignant la nature intemporelle et métaphorique du monde représenté.

Pour le reste, In Time reste un film de SF imaginatif, relativement original par rapport aux standards hollywoodien, socialement pertinent de par ses revendications populistes, et un autre bon exemple du renouveau de la SF cinématographique à budget modeste, dans la lignée de District 9. Pas de quoi crier au génie, mais un retour prometteur pour Andrew Niccol, et de quoi bien meubler une soirée tranquille.

Christian SAUVé

 

Mise à jour: Janvier 2012 –

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *