Sci-Néma 163

par Hugues MORIN [HM], Daniel SERNINE [DS] et Christian SAUVé [CS]

Exclusif au Volet en ligne (Adobe Acrobat, 900Ko) de Solaris 163, été 2007

 

Spider-Man 3: Qui trop embrasse…

Le troisième volet des aventures de l’homme-araignée réalisé par Sam Raimi est un très bon divertissement, réalisé avec talent, avec des mouvements de caméras d’une belle poésie, des acteurs qui offrent une performance un cran au-dessus de la moyenne de ce genre de film pop-corn (en particulier J. K. Simmons), et des effets spéciaux qui sont, évidemment, spectaculaires.

Pourtant, malgré toutes ces bonnes choses, Spider-Man 3 n’arrive pas à procurer le même sentiment de plaisir que les deux premiers épisodes. Ce n’est pas tant qu’il manque des éléments, tout est bien là, mais j’en suis venu à la conclusion que Spider-Man 3 en fait trop.

Le film illustre les affrontements entre Spider-Man et Venom, Sandman et le nouveau Green Goblin. Trois méchants, cela signifie trois fils conducteurs, ce qui n’était pas le cas dans les deux premiers films, où on se contentait d’un seul adversaire. Résultat, même si le film est long, aucune des histoires ne trouve parfaitement son rythme. On pourrait, par exemple, refaire un montage en retirant toutes les scènes relatives à Sandman sans nuire au reste. Les autres éléments du scénario sont égaux à ce qu’ils étaient dans les premiers films: mélodrame amoureux juvénile avec Mary-Jane, histoires personnelles avec Harry, questionnements de Peter, conseils de la tante May, assassinat de l’oncle Ben en sourdine, etc. Ces éléments étaient tous relativement bien exploités dans Spider-Man et Spider-Man 2; or, cette fois, la répétition finit par diminuer l’impact dramatique. On s’intéresse encore à la relation avec Mary-Jane (l’interprétation de Kirsten Dunst y étant pour beaucoup), mais le retour sur l’assassinat de l’oncle Ben fait soupirer. Au troisième film sur Spider-Man, pourrait-on enfin passer à autre chose? Les scènes de tante May, en particulier, sont interminables, d’un conservatisme passéiste qui ne fonctionne absolument pas, et d’un ennui mortel. En fait, les dialogues sont beaucoup moins bien écrits que ceux des deux premiers films. à certains moments, une ou deux répliques inutiles et maladroites sont ajoutées, comme si les scénaristes ne faisaient pas confiance au spectateur pour comprendre ce qu’il a vu.

J’ajouterais que je n’ai jamais été un grand amateur de scènes de combat filmées en plans élaborés et saccadés avec des gros plans qui nous empêchent de bien suivre l’action, mais j’ai noté que c’était devenu un standard hollywoodien depuis quelques années, alors il faut s’adapter…

Je m’aperçois que ce court commentaire semble fort négatif. Je répète que le film est bien fait et divertissant. C’est juste que Raimi nous avait livré un meilleur produit les deux premières fois. Le cinéaste aurait peut-être dû s’inspirer de la scène où Spider-Man, souffrant d’une trop grande confiance en lui, embrasse Gwen Stacy et met ainsi en danger sa relation avec Mary-Jane. Après tout, qui trop embrasse… [HM]

GrindHouse: Truculent voyage dans les années 70

Grindhouse est un film totalement différent de ce que nous offre le cinéma actuel. Tout d’abord, il ne s’agit pas d’un film, mais bien de deux films, le tout présenté en programme double (pour le prix d’un seul billet) et accompagné de fausses bandes-annonces avant chaque long-métrage.

Le projet, du duo Robert Rodriguez/Quentin Tarantino, joue sur plusieurs degrés et réussit à tous les niveaux, à commencer par celui de la présentation visuelle des deux films et des bandes annonces, qui reproduit avec un réalisme étonnant l’univers des cinémas des années 70. Ainsi, la projection incorpore des sauts, des égratignures de pellicule, des problèmes de couleurs, des «bobines manquantes» et un bris de projecteur brûlant la pellicule avant de redémarrer après un moment d’attente. N’oublions pas non plus les pastiches de publicités, avec diapositives et messages de la direction.

Le premier film est celui de Rodriguez. Planet Terror est un film de zombie de facture assez classique, avec de nombreux retournements, des combats sanglants, un shérif sympathique (joué par Michael Biehn), une héroïne court-vêtue et un héros mystérieux. On imaginerait facilement que ce film a été réalisé en 1972, à l’exception du caméo de Bruce Willis et de l’utilisation de téléphones cellulaires. étrangement, même si Rodriguez a décidé de recréer un vrai film d’horreur dans le style des années 70, sans nous épargner aussi les défauts des films gore de cette époque, Planet Terror finit par fonctionner malgré tout. Après un départ un peu lent et la crainte que l’on ne se lasse de l’effet vieillot et ridicule de certaines scènes, le film trouve son rythme et on se surprend à en apprécier la projection avec un réel plaisir coupable. Une note toute spéciale sur la prestation de Rose McGowan, absolument brillante dans le rôle de Cherry Darling.

Quentin Tarantino a choisi une approche totalement différente. Son Death Proof, s’il a toutes les qualités et les défauts des films d’action des années 70, est plus un regard sur ce cinéma, avec ses références, ses poursuites en voitures délirantes et ses clichés pris à revers. Comme il s’agit d’un film de Tarantino, c’est très bavard, les dialogues sont très écrits, élaborés, coupés au couteau et d’une efficacité incroyable quand on réalise que tout ce bavardage, qui semblait superflu, finit par être relié à l’action. Et cette action, elle est prenante et constante une fois que le film entre dans sa partie principale. Côté interprétation, Kurt Russell, en cascadeur-psychopathe, est parfait; Rosario Dawson se paye certaines des meilleures répliques du film; et Rose McGowan offre, pour la seconde fois de la soirée, une performance charmante en Pam/Butterfly. Difficile de dire qui de Tarantino ou de Rodriguez a recyclé les personnages et interprètes de l’autre film, mais le processus de récupération typique des films d’exploitation des années 70 est plus évident – et fonctionne donc plus efficacement – dans le second film. (D’ailleurs, Michael Biehn revient dans le rôle du sherif.)

Vous aurez compris que, pour ce cinéphile-ci, Death Proof offre une expérience plus amusante, plus intéressante et plus complète que Planet Terror, même si ce dernier offre également une expérience amusante.

Il est impossible de parler de Grindhouse sans mentionner quelques-unes des fausses bandes-annonces de films d’exploitation ou de série B qui sont présentées avant chaque film. Précisons tout de suite que, bien que le procédé soit très drôle (et même succulent), j’ai trouvé étrange la nouvelle confirmant que Rodriguez a réalisé pour vrai un de ces films (Machete, sortie prévue en 2008): je ne suis pas convaincu que ce genre de film soit si intéressant en dehors du concept proposé par Grindhouse. Le plaisir référentiel a ses limites, et une bonne part de l’amusement éprouvé lors du visionnement (qui dure tout de même un peu plus de trois heures) s’envolerait si le cinéma actuel nous proposait ce genre de film à tous les mois. Il n’en demeure pas moins rigolo de voir les bandes-annonces de «Don’t» (parodique) ou de «Thanksgiving» (cette dernière est exactement comme les bandes-annonces de films d’horreur des années 70!). Dans certains cinémas, on a poussé encore plus loin le gag en incorporant une de ces bandes-annonces aux authentiques bandes-annonces de films à venir, dont la délirante «Hobo with a shotgun», à ne pas manquer!

Comme le concept même de Grindhouse repose sur l’expérience cinéma, je ne sais pas trop ce que donnera le film en DVD; je vous suggère donc fortement de tenter de le voir en salle s’il joue toujours au moment où vous lisez ceci. L’ensemble des films vaut amplement le prix d’un seul billet de cinéma. [HM]

28 coups de poing plus tard

Vingt-huit semaines après l’éclosion soudaine de la «Rage», un nouveau virus au nom explicite, la population d’Angleterre n’existe plus, s’étant soit entre-tuée, ou étant morte de faim (dans le cas des enragés, trop désorganisés pour s’alimenter). Une force de l’Otan, menée par les étatsuniens, a établi dans l’Isle of Dogs, au milieu de la Tamise au cœur de Londres, un périmètre de sécurité où sont accueillis les rares survivants et les expatriés, ceux et celles qui avaient eu la bonne fortune de séjourner à l’étranger au début de l’épidémie. C’est le cas de Tammy et Andy, une adolescente et son jeune frère, qui ont la chance de retrouver leur père (incarné par Robert Carlyle). Celui-ci leur ment sur les circonstances de la mort d’Alice, leur mère, et la manière dont il s’est lui-même échappé de justesse. Mensonge qui lui rebondit dans la face, assez littéralement, lorsque Alice est retrouvée vivante et ramenée dans un laboratoire de quarantaine, dans la même île des chiens. Un gène rare lui aurait en effet permis de survivre à la Rage après une morsure, tout en devenant elle-même porteuse.

à partir de là les choses se gâtent, tant pour les réfugiés, les militaires, que pour une poignée de fuyards centrée autour des deux enfants. «Se gâtent» au point que je suis sorti de ce film sonné par tant de violence, assénée à un rythme aussi soutenu. (Je dois toutefois préciser que je n’ai vu aucun film des séries Saw et Hostel; je ne vous propose donc pas une comparaison.)

La co-héroïne, Tammy, est incarnée par une jeune actrice aux yeux d’elfe répondant au nom déplorable d’Imogen Poots (on se croirait dans un épisode d’Harry Potter: les deux autres enfants acteurs sont affublés des noms Mackintosh Muggleton et Beans El-Balawi).

Le film est signé Juan Carlos Fresnadillo, cinéaste qui nous avait donné l’excellent Intacto (2002), sur la chance et le hasard. Les acteurs sont de relatifs inconnus, hormis Harold Perrineau (Lost) et surtout Robert Carlyle (qui, apparemment, avait un rôle dans Eragon, mais je n’en garde aucun souvenir – allez savoir pourquoi).

Si comme moi vous avez apprécié 28 Days Later comme un changement bienvenu aux tropes du film de zombie, 28 Weeks Later devrait vous satisfaire tout autant. Le dénouement laisse aux producteurs le choix de créer ou de ne pas créer un 28 Months Later – car, dois-je vraiment le préciser, la fin du deuxième film n’est décidément pas prophylactique… [DS]

The Reaping: La Onzième Plaie d’égypte

Il est tentant d’expédier ce film en une boutade. Stephen Hopkins, qui a réalisé pour la télé (douze épisodes de la populaire série 24, entre autres) et qui a laissé au cinéma le précieux héritage de Lost in Space, Predator 2 et Nightmare on Elm Street 5, signe avec The Reaping ce qu’on pourrait appeler la Onzième Plaie – hélas pas restreinte à l’égypte.

Voilà un film réalisé bruyamment plutôt que brillamment. Un genre de ragoût où figurent tous les ingrédients requis, mais cuisinés sans talent. Rien d’original dans le prêtre tourmenté interprété (correctement) par Stephen Rea (l’inspecteur Finch dans V for Vendetta), rien d’original dans les fausses gravures bibliques que l’on compulse en lieu de recherche documentaire, pas grand-chose d’original dans les peurs mises en scène (même à la télé, la série Millenium eut des moments plus intenses).

Katherine (Hilary Swank, qui était pas mal plus intéressante dans Black Dahlia), interprète la jeune épouse d’un pasteur devenue athée dans des circonstances que je vous laisse découvrir si jamais vous louez ce film. Cette universitaire sceptique se consacre dorénavant à infirmer les rumeurs de miracles et leur trouver des explications rationnelles, ce en quoi elle excelle. (Une des rares bribes intéressantes du film est d’ailleurs offerte lorsque Katherine résume en quelques phrases l’explication scientifique des dix plaies d’égypte, que je ne connaissais pas.) Cela établi, on vient chercher la sceptique convaincue pour enquêter dans un patelin louisianais où une rivière a viré au rouge – une rivière de sang, assez littéralement. Une fillette (Anna Sophia Robb au visage d’elfe, vue dans le déplorable Bridge to Terabithia) aurait par ailleurs causé la mort de son grand frère sur les bords de ladite rivière, qui traverse un marécage.

Les «plaies» s’accumulent (grenouilles, mort du bétail, mouches…) tandis que l’enquête de Katherine et de son adjoint (un Noir «miraculé» à sa façon, et très croyant) progresse au petit bonheur (ou plutôt, en l’occurrence, au petit malheur). Là où le film déçoit – à part son scénario aléatoire – c’est dans la disproportion entre les effets (les «plaies», d’envergure variable) et les enjeux (je peux au moins révéler qu’ils sont strictement locaux et n’innovent en rien).

Confusion pour confusion, louez donc plutôt The Serpent and the Rainbow, de Wes Craven (1988), on y ressentait au moins une certaine intensité. [DS]

Fido

Tous auront remarqué un essor du film de zombie depuis quelques années. à voir le succès d’œuvres telles Dawn of the Dead (nouvelle mouture) ou 28 Days Later, on ne peut s’empêcher de penser que le film de zombie possède la structure idéale pour explorer les inquiétudes du moment. Dans un XXIe siècle où la paranoïa est au goût du jour, les zombies incarnent la déshumanisation, les ennemis sans visage ni conscience, la phobie des épidémies…

Fido a beau aborder les mêmes enjeux, on aura de la difficulté à le considérer comme «un autre film de zombies». Les premières minutes donnent le ton déjanté: dans des années 50 où une guerre anti-zombie a pris la place de la Seconde Guerre mondiale, les humains ont réussi à se tailler des enclaves où la vie a repris son cours normal. Tourné en couleurs vives au sein d’une banlieue américaine archétypale (mais ironiquement tourné au Canada), Fido s’annonce dès le départ comme un hybride entre George Romero et Douglas Sirk, une comparaison qui s’approfondit par la suite. Car dans cet univers parallèle, les zombies peuvent être contrôlés à l’aide de colliers spéciaux qui les rendent aptes à accomplir de simples tâches ménagères. Toutes les bonnes familles de la ville où demeure la famille Robinson ont un zombie domestique: comment, autrement, entretenir la banlieue parfaite où ils vivent?

Et là se trouve l’attrait principal de Fido: même dans un sous-genre où le commentaire sociologique est attendu, le scénariste/réalisateur Andrew Currie parvient à renouveler les thèmes pour s’attaquer à des considérations sur le racisme et la lutte des classes.

Mais n’allez pas pour autant croire qu’il s’agit d’un mélodrame sirupeux: Fido ne se prend jamais au sérieux et bénéficie d’un humour noir constant, à mi-chemin entre l’inconfort et le grotesque (attendez de voir la compagne de «Mr. Theopolis», ou bien la façon dont les funérailles sont menées alors que plane la menace des résurrections zombies). Entre la surface sympathique du film et les morts violentes qui ponctuent son déroulement, il y a une dissonance fascinante: l’effet final de Fido dépendra en grande partie de votre aisance à naviguer entre ces extrêmes. Ce n’est pas un film à apprécier au premier degré.

On souhaiterait tout de même que le résultat final soit plus percutant. Avec la richesse des enjeux abordés par Currie, on demeure un peu déçu du manque d’audace de la deuxième moitié du film. Ceci étant une production canadienne en partie financée par les subventions de l’état (hé oui…), il n’est pas surprenant de voir que la finale manque de moyen, atteignant les limites de son budget une dizaine de minutes avant la conclusion, qui souffre d’une mise en scène appliquée et peu convaincante. Dommage, surtout étant donné la qualité visuelle frappante du reste du film.

Brièvement aperçu en salles canadiennes au début de l’année et prévu pour une sortie américaine modeste plus tard cet été, Fido passera sans doute inaperçu pour une bonne partie des amateurs de genre. Ce qui est malheureux, car dans un marché saturé de Resident Evil et de 28 Weeks Later, ce film de zombie intelligent et plein d’humour laisse une bonne impression. Donnez-vous la peine d’en rechercher une copie. [CS]

The Last Mimzy

Il n’est jamais trop tard pour être adapté au cinéma. Plus de soixante ans après sa parution, voici que la nouvelle classique de science-fiction «Mimsy were the borogoves», de Lewis Padgett (un pseudonyme pour Henry Kuttner et Catherine Moore), vient d’être portée au grand écran, ajustée aux préoccupations du jour. Ainsi, gageons que Kuttner et Moore n’auraient pas imaginé une adaptation de leur œuvre où figurent des agents du Department of Homeland Security, ou bien un logo d’Intel…

Mais avec tout le temps qui a passé, il ne faut pas être surpris de voir des différences importantes entre la nouvelle d’origine et l’adaptation. Si l’idée de base demeure (des jouets en provenance du futur augmentent l’intelligence de deux enfants contemporains), les conséquences et la conclusion qu’on en tire diffèrent passablement de l’intention originale des auteurs, et ceci d’une manière qui ne manquera pas de déplaire aux puristes qui se souviennent de leur lecture d’origine.

Attardons-nous d’abord aux qualités du film. On s’attache peu à peu aux deux jeunes protagonistes de l’histoire, un frère et une sœur découvrant une boîte mystérieuse sur une plage à la période des vacances. La boîte est remplie d’objets intrigants qui leur fournissent des idées nouvelles et des habiletés inhabituelles qui échappent progressivement à la compréhension de leurs parents. Tout cela est mené de manière efficace, dans une veine sympathique et merveilleuse qui n’est pas sans évoquer le style que pratiquait autrefois Steven Spielberg dans des films comme E.T.

Hélas, c’est à partir de ce point que The Last Mimzy diverge de sa nouvelle d’origine pour bifurquer dans le convenu que nous sert la majorité des films hollywoodiens. Une expérience avec les nouveaux jouets tourne mal et attire l’attention des autorités fédérales, qui ont tôt fait de séquestrer toute la famille. Mais les enfants savent que quelque chose d’autre doit être accompli rapidement, sans quoi l’humanité future est condamnée à un «blabla» terrible. Car pour étoffer les 90 minutes du film, les scénaristes ont eu recours à une des intrigues les plus conventionnelles qui soit: les jouets ne sont pas le produit d’une simple expérience chronologique ratée, mais constituent les éléments cruciaux d’un plan pour sauver le monde d’une catastrophe écologique. La deuxième moitié du film, mue par les demandes d’un thriller, est donc encombrée par des agents fédéraux, une course contre la montre, des exploits rehaussés d’effets spéciaux et une conclusion (à deux niveaux de narration imbriqués) où tout se termine bien.

The Last Mimzy évacue donc de façon inconvenante un des éléments cruciaux de la nouvelle, c’est-à-dire l’irréversibilité de l’intelligence atteinte par les enfants éduqués par les jouets du futur. Le film se termine par un retour à la normalité qui déplaira à plusieurs. Et c’est sans mentionner les incohérences scientifiques, ou encore la sous-intrigue par laquelle on reconnaît les pouvoirs des enfants grâce à des images mystiques tibétaines et un peu de chiromancie… Disons seulement que la logique et la rationalité ne font pas partie des valeurs reconnues par les producteurs de ce film.

Bref, pour les amateurs adultes de bonne SF, The Last Mimzy est affligé de problèmes majeurs. Mais pour un film jeunesse, The Last Mimzy n’est pas sans qualités. Le ton du film est charmant, pas trop bête et sans grossièretés. Les enfants acteurs sont remarquablement sympathiques. Et il s’agit d’une rare adaptation de SF classique. Si vous avez à choisir un film à voir en famille, de bien pires choix s’offrent à vous. [CS]

Meet the Robinsons

Avec le foisonnement des films d’animation infographiques, l’effet de nouveauté commence à disparaître, ce qui est une excellente nouvelle. Libéré de l’attrait du neuf et de l’insolite, de tels films doivent maintenant se distinguer par leurs qualités intrinsèques: solidité de l’intrigue, personnages, qualité de la réalisation, humour et ainsi de suite.

Meet the Robinsons est le deuxième film d’animation numérique de l’équipe Disney, et le résultat est beaucoup plus satisfaisant que Chicken Little. Adapté du livre de William Joyce, A Day With Wilbur Robinson, Meet the Robinsons offre une histoire de voyage dans de temps, un jeune protagoniste génial, beaucoup d’humour… et une attitude directement inspirée de Walt Disney.

Mais ça prend un moment pour en arriver là. La première demi-heure du film nous fait rencontrer Lewis, un jeune garçon abandonné à un orphelinat. Inventeur génial, Lewis ne peut trouver de parents adoptifs, ce qui l’amène à développer une machine à explorer ses souvenirs. Mais une présentation à une foire scientifique tourne mal grâce à l’intervention d’un sinistre antagoniste qui vole son invention avec le but de la revendre. Comme si ce n’était pas assez, voilà qu’un autre garçon kidnappe Lewis pour l’amener en voyage dans le futur…

Film réalisé pour la jeunesse, Meet the Robinsons souffre un peu de la naïveté de son scénario et d’un départ assez lent. Mais ce que personne ne peut prédire, c’est la bizarrerie frénétique du deuxième tiers, durant lequel l’introduction à la famille Robinson est réalisée avec une énergie qui laisse parfois pantois. à des moments imprévisibles, le film se transforme en une parodie de films d’arts martiaux asiatiques, se colore momentanément d’une noirceur dystopique ou bien présente une douzaine de personnages en rafales de quelques secondes. Si Meet the Robinsons est un film jeunesse, il est tout d’abord conçu en fonction de ceux avec une capacité d’attention réduite. Heureusement, tous les registres du film s’ajustent plus harmonieusement lors de la conclusion, qui exploite quelques paradoxes temporels pour livrer une finale d’une efficacité surprenante.

Mais au-delà de l’intrigue, Meet the Robinsons propose une vision du monde qui saura faire plaisir aux amateurs de science-fiction: le jeune Lewis a une foi inébranlable en la science et en son pouvoir à changer le monde pour le mieux. Le futur qu’il visite est haut en couleur, propre, dynamique et spectaculaire. Un des thèmes sous-jacent du film, en fait, est la responsabilité de l’inventeur à concevoir, construire et utiliser ses innovations. Peut-on trouver un thème plus science-fictionnel? Plus remarquablement, le film se termine par une citation de Walt Disney reliant explicitement les thèmes du film à ceux de la compagnie Disney elle-même. Fumisterie corporative, peut-être, mais également une profession de foi curieusement candide pour une entreprise de cette importance.

Sans être complètement réussi, Meet the Robinsons redonne tout de même espoir pour les studios d’animation de Disney après les ratés de Chicken Little: mieux contrôlé, plus habile et généralement plus satisfaisant, voilà un film qui augure bien pour les films d’animation en général, peu importe leur provenance. [CS]

Next

Un quart de siècle après sa mort, Philip K. Dick continue d’être le chouchou d’Hollywood. Si les adaptations de ses livres donnent parfois de bons résultats (A Scanner Darkly, Minority Report et Blade Runner), il est tout aussi fréquent de voir son nom lié à un film de série B sans importance tels Screamers, Impostor ou Paycheck. Il y a dans l’œuvre de Dick de quoi plaire à n’importe quel producteur peu scrupuleux: des douzaines de nouvelles pulp remplies d’idées astucieuses et mémorables qui peuvent être remises au goût du jour. Certes, ce qui en résulte est souvent si éloigné de l’œuvre d’origine qu’il faut parfois considérer la contribution de Dick comme purement homéopathique.

Next, du producteur Jerry Bruckheimer, s’inscrit dans la liste des adaptations de Dick qui ne passeront pas à l’histoire. Plus ou moins inspiré par la nouvelle «The Golden Man», Next est avant tout un autre regard sur l’idée de la clairvoyance. Ici, c’est un magicien vivant à Las Vegas, Cris Johnson (Nicholas Cage), qui profite d’un don particulier: il peut voir à peu près deux minutes dans son futur, un don qui lui permet d’accomplir des trucs de magie authentiques et de corriger ses actions en sachant ce qui risque de se passer. Pour des raisons plus romantiques que logiques, il peut voir un peu plus loin dans le temps les événements liés à une jeune femme (Jessica Biel) qu’il tente de rencontrer. Pendant ce temps, un sombre complot terroriste se prépare, amenant des agents du FBI à s’intéresser aux avantages tactiques offerts par un magicien capable de prédire le futur.

Ce qui aurait pu être intéressant entre des mains plus habiles s’avère ici tout à fait convenu. à part quelques scènes à effets spéciaux d’une qualité inégale, Next vivote d’un moment à l’autre, n’atteignant jamais sa vitesse de croisière. Les scénaristes semblent dépassés par les événements et les possibilités, ne réussissant jamais à nous épater (ou même à nous convaincre) avec les pouvoirs de Johnson. Des pouvoirs bien inconstants, soit dit en passant: les règles du jeu semblent changer à mesure qu’avance le film. Cette absence de rigueur est poussée à son paroxysme avec une conclusion qui se moque du reste du film. Déception? Il aurait fallu qu’au départ il y ait eu des attentes: jamais le film ne s’élève au-dessus de la série B.

Pour le reste, Nicolas Cage (récemment vu dans Ghost Rider, un autre film bien décevant) livre une performance qui ne sort guère de son style habituel. Jessica Biel n’a rien d’autre à faire que d’avoir l’air jolie. Julianne Moore s’en tire mieux comme agente du FBI, mais pas beaucoup mieux. Quelques astuces et deux scènes d’action avec des gros objets projetés en l’air ne réussissent pas à combler le vide du reste du film. Au mieux, on esquissera un sourire devant les terroristes discutant entre eux en français européen, comme quoi les Américains continuent de se convaincre de la terrible menace représentée par la France… Mais ne cherchez pas d’explications géopolitiques, car ces terroristes n’ont aucune autre motivation que de tout faire sauter.

Bref, le film saura au moins meubler une soirée si vous avez déjà tout vu au vidéoclub. [CS]

Mise à jour: Juin 2007 –

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