Sci-Néma 148

par Christian SAUVé [ CS ], Hugues MORIN [ HM ] et Daniel SERNINE [ DS ]

Exclusif au Volet en ligne (Adobe Acrobat, 1 058Ko) de Solaris 148, Hiver 2004

Cabin Fever

à plusieurs égards, ce film d’horreur est un retour aux films d’épouvante pour adolescents des années 80. Pas un hommage tout en clins d’œil à la Scream, mais une véritable tentative de recréer l’atmosphère de ces films à petit budget dans lesquels l’horreur se mesurait au nombre de jeunes filles nues, au volume d’hémoglobine et à la durée de la finale cauchemardesque.

Le film commence avec cinq adolescents qui vont passer une semaine dans une cabine perdue au fond des bois. Au programme: sexe et romance pour deux couples, chasse d’écureuils à la carabine pour le cinquième membre du groupe. Mais ce qu’ils désirent et ce qu’ils obtiennent change complètement dès qu’un homme manifestement mal en point vient saigner à la porte de la cabine. C’est à ce moment que le cauchemar commence, car l’homme est porteur d’une forme particulièrement virulente et contagieuse de la bactérie mangeuse de chair…

Après cette rapide mise en situation, le reste de Cabin Fever est un exercice en tension où l’horreur règne en maître, avec des personnages de plus en plus désespérés. La violence est certainement au rendez-vous, avec des images atroces, des morts dégoûtantes et ses «héros» qui sombrent dans la folie la plus pure. On est en effet très loin des néo-slashers aussi drôles qu’inoffensifs, et on aurait envie de recommander Cabin Fever aux amateurs de films dégoulinants. Hélas, le scénario n’est pas à la hauteur des ambitions. Les mécanismes de transmission de la maladie ne sont pas cohérents. Plusieurs péripéties dépendent du manque d’initiative des protagonistes ou reposent un peu trop sur des coïncidences. Pire encore ; les dix dernières minutes du film soulignent à gros traits l’humour noir qui était sous-jacent jusqu’à ce moment, ce qui vient saboter un peu l’attitude fièrement réactionnaire que le film semblait adopter envers la nouvelle vague de films d’horreur américains sans venin.

Le réalisateur Eli Roth reconnaît être un disciple de David Lynch, ce qui expliquera sans doute certaines des vignettes les plus étranges du film («Pancakes ! Pancakes ! »). Et de fait, même si la réalisation est un peu cahoteuse et inconsistante, Cabin Fever apparaît comme un début prometteur pour ce nouveau réalisateur qui sait manier la caméra pour créer une atmosphère, et n’a pas peur d’en montrer plus que moins. [ CS ]

Underworld

La bande-annonce d’ Underworld laissait espérer un succès assuré pour un certain type de cinéphiles. Vampires et loups-garous dans la dernière bataille d’une guerre millénaire ! Une romance à la Roméo et Juliette ! Des tonnes d’armes automatiques ! Une cinématographie stylisée ! Kate Beckinsale en combinaison moulante de latex !

Le film se hisserait-il à la hauteur des attentes ainsi créées? Hélas, non. La bande-annonce offrait vraiment tous les meilleurs moments du film. Le spectateur qui a apprécié Blade s’attend maintenant à un minimum de sophistication et d’imagination lorsqu’on lui dépeint une société occulte en marge de notre réalité. Malheureusement, lorsque vient le moment d’expliquer comment cette guerre continue d’avoir lieu de nos jours, Underworld patauge dans le convenu. Les vampires sont contrôlés par trois anciens, alors que les loups-garous semblent subsister par la seule vertu d’avoir l’air très trash . Pire : vampires et loups-garous ne donnent presque pas l’impression d’avoir des pouvoirs surnaturels. à de très rares exceptions près, il aurait pu s’agir d’humains jouant le rôle de créatures surnaturelles, et ça n’aurait fait aucune différence !

Chaque fois que le scénario menace d’avoir une bonne idée, elle est immédiatement oubliée au profit d’autres sornettes. C’est tout l’univers de Underworld qui sonne faux ; du toc comme il n’est plus acceptable d’en voir à l’écran. L’intrigue à la Roméo et Juliette annoncée ne s’avère être qu’un autre exemple de fumisterie. Aucune romance à l’horizon, ce qui pourrait être relativement original si cette absence ne trahissait pas une évacuation complète des sentiments humains du film. On remplace tout par des grimaces supposément menaçantes mais qui finissent par être ridicules. Oui, il y a une guerre. Mais serait-ce trop demander que d’être intéressé par ce qui se passe?

Je vous entends protester : le film doit sûrement se racheter en offrant de bonnes scènes d’action, n’est-ce pas? Encore ici, la réponse est non. Underworld se caractérise par des échanges de coups de feu à l’arme automatique particulièrement ennuyants, et comme tous les personnages ont des automatiques, ça ne laisse pas beaucoup de place pour des arts martiaux distingués. La cinématographie léchée aurait pu polir ce film ordinaire et le rendre au moins visuellement intéressant. Mais une fois passé l’effet de nouveauté, Underworld est une succession de plans sombres après l’autre, d’une monotonie monochrome qui ne fait que souligner la monotonie du reste.

Au moins, les fans de Kate Beckinsale pourront se rincer l’œil, car elle n’est vraiment pas mal dans un ensemble qui semble avoir été peint sur elle. Mais ne soyez pas surpris si votre excitation s’atténue aussi rapidement que celle procurée par la cinématographie. Son personnage est une poupée avec quelques lignes de dialogue : elle ne dégage aucune personnalité, aucun sourire, aucune émotion perceptible sur son visage. Jolie, mais aussi ennuyeuse que le reste du film. Dommage! [ CS ]

Scary Movie 3

Considérant le sérieux dans lequel se drapent la plupart des films de science-fiction – avez-vous beaucoup ri pendant A. I.? Minority Report? n’importe quel des Matrix? -, le genre est une cible naturelle pour la parodie. Après s’être amusé, dans les deux premiers volets de la série, avec les films pour ados et les films de maisons hantées, le troisième Scary Movie s’attaque aux films d’horreur à composante SF, en particulier The Ring et Signs.

Si vous aviez fui les deux premiers Scary Movie , repoussé par les mauvaises critiques ou les gags plus grossiers les uns que les autres, ce volet, plus maîtrisé que ses prédécesseurs, pourra peutêtre vous plaire. Jim Abrahams, qui remplace les frères Wayans sur la chaise du réalisateur, apporte avec lui un humour presque rétro. S’il y a toujours des blagues de bien mauvais goût (pédophilie, démembrements et décapitation ne sont que quelques-uns des sujets charmants mentionnés en passant), Scary Movie 3 repose moins sur l’humour choquant et un peu plus sur les recettes éprouvées du slapstick et de la parodie. Car s’il y a au moins une réussite totale dans Scary Movie, c’est la minutie avec laquelle le directeur photo et son équipe ont réussi à recréer non seulement le look , mais également l’atmosphère des films parodiés. Certaines scènes semblent tirées tout droit des films d’origine, de l’humidité glauque de The Ring au charme rural de Signs et à la grisaille urbaine de 8 Mile .

Scary Movie 3 amuse, certes, mais sans nécessairement faire rire, et s’il évite les pires moments des deux premiers films, il semble également éviter leurs sommets comiques (oui, il y en avait). Certaines scènes loufoques passent bien, comme celle où l’héroïne s’obstine au téléphone avec la voix mystérieuse qui lui promet la mort d’ici sept jours : s’agit-il de sept jours de semaine? est-ce que les congés fériés sont inclus? est-ce que ça se termine à minuit, ou à la seconde près? Mais après deux ou trois scènes rigolotes du genre, le reste du film semble pris dans une espèce de routine. L’arrivée de Leslie Nielsen comme président américain, aux deux tiers du film, provoque autant de gémissements que de rires, alors qu’il réutilise pour une énième fois sa routine de gaffeur inconscient.

En matière de comédie parodique, on est loin de Hot Shots ou The Naked Gun, et encore plus des classiques tels Top Secret. Au moins, cette troisième édition apporte la réponse à la question que se posent depuis des années plusieurs critiques : «Est-ce que Scary Movie aurait été plus drôle sans toutes ces grossièretés?»

La réponse est : «Pas nécessairement.» [ CS ]

 

The Matrix Revolutions : Finding Neo

Il m’est impossible de parler de ce troisième volet de Matrix sans revenir sur et faire des comparaisons avec les deux premiers.

The Matrix, le premier de la série, a été une révélation, une superbe surprise SF, un habile mélange d’idées nouvelles et de récupération, de technologies de pointe et de références aux traditions de la bande dessinée et des films d’arts martiaux, le tout épicé d’un soupçon de mysticisme et de philosophie. Le mélange était parfait, le timing était parfait.

J’avoue que je m’attendais à plus pour cette suite. Le fait est que, oui, on nous en livre plus. Plus d’effets spéciaux, plus d’action, plus de mysticisme, plus d’agents Smith, etc. Et pourtant, tous ces plus ne suffisent pas à élever le diptyque The Matrix Reloaded/The Matrix Revolutions au niveau du premier volet. Car précisons tout de suite que par leur ambition, leur scénario et leur facture, les deux suites sont en réalité un seul long film coupé en deux morceaux pour des raisons externes à l’histoire elle-même. Le cinéphile frustré par la non-fin de Reloaded s’aperçoit d’ailleurs, dès les premières secondes de Revolutions, que l’action reprend au moment exact où elle avait été abandonnée. Ce troisième volet est beaucoup moins bavard que son prédécesseur et permet mieux d’apprécier la structure générale de l’intrigue des deux films.

Cette intrigue est séparée en deux. D’un côté, nous suivons Neo et compagnie, accompagnés de ce qui reste des autres équipages venus à leur rescousse vers la fin de Reloaded. Leur but est simple: rejoindre Zion avant l’affrontement entre humains et machines, celles-ci s’approchant dangereusement des protections de la ville souterraine. Morpheus a aussi son propre agenda : permettre à Neo d’accomplir son destin pour sauver l’humanité. En parallèle, nous suivons les activités du conseil de Zion et des stratégies que le commander en charge de la défense mets sur pied pour se protéger de l’attaque ultime des machines. On s’en doute, ces deux intrigues se fusionneront lors de l’affrontement final.

Quand à Neo, bien qu’élu, il n’en sait pas beaucoup plus que nous, et sa nouvelle rencontre avec l’Oracle ne l’éclairera pas plus que le spectateur. Les échanges entre Neo et l’Oracle, qui se veulent intrigants, donnent plutôt l’impression de tourner en rond. à trop vouloir faire mystique, les dialogues deviennent un peu n’importe quoi. Comme dans le premier film, Neo combat des agents et poursuit son destin sans trop savoir quoi faire, en se fiant à son instinct ; bref, les frères Wachovski n’ont fait que répéter les éléments du premier film. On a l’impression que s’ils avaient eu moins de moyens, ils auraient pu condenser les deux derniers volets en un seul film de deux heures trente, en réduisant simplement la longueur des scènes e combat, ce qui n’aurait pas nui à l’intérêt de l’ensemble. Comme c’est souvent le cas en SF au cinéma, les limites financières du premier The Matrix avaient obligé ses créateurs à faire preuve d’une concision bénéfique pour tout le monde.

Mais la grande faiblesse du dyptique Reloaded/Revolutions, c’est que jamais je ne me suis senti profondément impliqué, jamais je ne me suis senti réellement inquiet pour les personnages. J’ai eu l’impression que tout allait dans le sens où ça devait aller, sans véritables surprises. L’histoire d’amour entre Neo et Trinity ne nous émeut pas ; comme tout ce qui touche personnellement les humains de Zion, elle demeure trop accessoire pour que l’on s’y attache réellement.

Je constate que, jusqu’ici, j’ai émis surtout des commentaires négatifs. Il ne faut pas conclure qu’il s’agit de mauvais films ou que je n’ai pas aimé. C’est un peu la faute des frères Wachovski qui avaient placé la barre très haute avec le premier film, la haussant même par le jeu de leur auto-mythification. J’ai passé de bons moments avec les deux derniers films aussi, et certaines scènes sont très fortes. Il faudrait être injuste pour ne pas reconnaître la perfection technique qui a repoussé les standards habituels et l’inventivité de la mise en scène avec ses nouveaux plans, ses nouvelles manières de filmer. La poursuite sur l’autoroute et le combat avec les centaines de Smith, dans Reloaded, les affrontements hommes-machines ou encore la cité des machines, dans Revolutions, sont mémorables. Mais The Matrix était plus que la somme de ses parties, alors que Reloaded/Revolutions n’atteint pas ce statut de grand film.

Je termine avec un détail que j’ai trouvé, a posteriori , révélateur : j’ai vu Reloaded sur un tout petit écran de télé et Revolutions, en IMAX, le lendemain. Malgré tout, je n’ai pas eu l’impression de vivre une expérience différente, preuve pour ce cinéphile-ci, que l’action, les effets spéciaux, le son numérique et l’écran géant ne sont pas suffisants par eux-mêmes. [ HM ]

Gothika : Revisiter le sixième sens

Gothika est à classer parmi les films à la The Sixth Sense et Stir of Echoes, dans lesquels un personnage dans un environnement réaliste est aux prises avec un phénomène qu’il ne comprend pas et qu’aucun de ses proches ne peut ou ne veut reconnaître, d’où un sentiment d’isolement et la crainte de la folie.

Halle Berry joue Miranda Grey, une psychologue qui travaille dans une prison pour meurtriers. Après une longue journée de travail, sur le chemin du retour à la maison, elle évite de peu une adolescente qui apparaît dans la nuit pluvieuse au milieu de la route. Elle s’approche de la jeune fille pour constater que cette dernière est en état de choc, violentée. Puis la jeune fille s’enflamme spontanément…

Black out.

Miranda se réveille à l’intérieur d’une cellule de la prison où elle travaille. Son collègue Pete Graham (Robert Downey jr.) est son psychiatre. Elle apprend qu’elle est incarcérée en attente de son procès, qu’elle sera accusée du meurtre sauvage de son mari, assassinat ayant eu lieu le soir où elle rentrait chez elle. Miranda ne se souvient de rien et même si les preuves sont accablantes, elle est persuadée ne pas avoir commis ce meurtre. Mais lorsqu’elle commence à avoir des visions de la jeune fille violentée, elle se met à douter sérieusement de sa santé mentale.

Ce n’est que le début de Gothika, réalisé par le français Mathieu Kassovitz. L’histoire ne raconte ni n’invente rien de nouveau, mais l’utilisation de thèmes connus n’empêche pas le scénariste et le réalisateur de livrer un excellent petit film fantastique, au scénario bien tricoté qui ménage de bons effets au spectateur, baigné dans une ambiance qui joue un rôle aussi important que la résolution de l’intrigue elle-même.

La présence de Chloé – une autre patiente interprétée par Penélope Cruz, incomprise elle aussi et traitée à l’origine par Miranda – ajoute une dimension psychologique supplémentaire sans nuire au flot de l’intrigue principale. Enfin, élément non négligeable, la résolution n’apparaît pas en un seul coup de théâtre, mais graduellement, si bien que tout le dernier tiers du film reste intéressant, même pour le spectateur qui aura compris l’histoire.

En conclusion, j’ai noté qu’avant le film – vu au Paramount de Montréal – on nous a présenté les habituelles bandes-annonces, mais parmi celles-ci, deux ne publicisaient pas des films à venir, mais bien les sorties en DVD de films déjà passés en salle, soit Terminator 3 et The Matrix Reloaded. Au cinéma, c’était une première pour moi et, ma foi, c’est avec un peu de tristesse que j’ai vu se réaliser une des prédictions annoncées dans mon chapitre «Le Futur du cinéma» du volet «Sci-néma» de Solaris 144. [ HM ]

 

Confusion dans l’ordre

Lorsque je suis sorti de la projection de The Order (nous étions cinq spectateurs un samedi soir), une chose était claire pour moi, et une autre restait obscure. L’évidence, c’était la raison de l’échec du film aux guichets: presque rien de bruyant, ni poursuites ni fusillades, pas de montage épileptique ni d’explosions, pas de vedettes, pas d’histoire simple et facile à suivre.

Alors, en l’absence de tous ces défauts, d’où me venait cette insatisfaction, ou du moins cette perplexité? à l’analyse, c’était le scénario, qui a un peu la complexité d’un labyrinthe, voire même d’un casse-tête représentant un labyrinthe, casse-tête auquel manqueraient plusieurs pièces.

Heath Ledger (hélas impliqué dans des désastres tel Four Feathers et des nullités comme A Knight’s Tale, celui-ci du même réalisateur, Brian Helgeland) incarne un jeune prêtre étatsunien, Alex Bernier, membre d’un ordre fort ancien mais décimé, les Caroliniens. Ceux-ci sont, aux yeux du Vatican, encore plus suspects que les Jésuites d’avoir voulu constituer un pouvoir parallèle au sein de l’église, en plus d’avoir comme motivation principale la Connaissance. Le doyen de l’ordre, le père Dominique, meurt à Rome, apparemment de suicide ; mais son pupille Alex n’y croit guère et se rend enquêter dans la Ville Sainte à la demande du cardinal Driscoll. Le jeune prêtre est accompagné d’une belle artiste exorcisée qui tenta jadis de l’assassiner, qui vient de s’échapper d’un hôpital psychiatrique et dont il est secrètement amoureux.

Après, ça se complique.

Le film a été distribué au Royaume-Uni sous le titre The Sin Eater, et c’est de cela qu’il s’agit davantage que d’un ordre religieux hérétique. Un laïque, William Eden, jeune d’apparence mais âgé de cinq siècles, qu’Alex aurait pour mission de débusquer et d’exécuter avec une dague précieuse, s’avère être un «mangeur de péchés», capable, grâce à des objets bénis et des formules en araméen, d’absorber les péchés d’un mourant et de lui accorder ainsi une absolution que l’église lui refuse.

Mentionnons aussi un mystérieux évêque noir régnant sur un repaire souterrain et soutirant des prophéties à des pendus au moment de leur mort, ainsi qu’un complot autour de la succession du pape agonisant… et nous aurons tracé le portrait embrouillé d’un récit confus.

L’impression que laisse cette coproduction germano-américaine, tournée surtout avec une équipe technique et des acteurs italiens, est que le scénario (pourtant crédité au réalisateur) a été concocté en comité. Ou alors que le monteur s’est juré de torpiller le film en coupant des scènes cruciales. Ou encore qu’un producteur a exigé l’ajout de scènes-choc qui ne s’intègrent hélas nullement au récit. Peut-être tout cela à la fois…

En bout de course, il m’en reste de superbes images (la direction photo est impeccable), des ambiances dignes des meilleurs moments de Interview with the Vampire ou The Crow, d’excellents moments fantastiques (par exemple à l’occasion du «transfert» des péchés)… Tout cela suffit pour que j’en recommande la location en tant qu’objet de curiosité ; voyez si vous aurez plus de succès que moi à élucider le scénario. [ DS ]

Un voyage au Médiocre Âge

Un archéologue est envoyé au Moyen Âge par les concepteurs d’une installation qui devait à l’origine réaliser la téléportation (un «fax pour objets en trois dimensions») mais qui s’avère plutôt une machine temporelle. Hélas, le professeur Johnston se retrouve naufragé au XIV e siècle. Son fils et son équipe de fouille se portent (plus ou moins) volontaires pour aller le chercher sur le site d’une bataille entre Anglais et Français. Hélas (bis) une explosion dans les installations (essentiellement un cercle de miroirs sur une plate-forme) rend leur retour fort problématique. La propension de chacun à se séparer du groupe achève de compliquer la situation, tandis que se prépare un jeu de rôle «grandeur nature» mettant en vedette une machine de siège fonctionnelle (un trébuchet). Les motivations des inventeurs de la machine temporelle, incarnés entre autres par David Thewliss, restent obscures, tout comme celles de l’inévitable représentant de l’armée, un salaud comme il se doit.

Je ne trahirai pas grand-chose en révélant qu’ils ne reviennent pas tous, que les survivants sont exactement ceux qu’on prévoyait et que l’un d’eux choisit de rester au Moyen Âge afin d’épouser une Dame locale.

Il y a des films tellement quelconques qu’ils ne parviennent pas à faire vibrer ma corde critique. Underworld était de ceux-là : un film glauque tissé de déjà-vu, mais sans rien d’horripilant.

Timeline, en revanche… Ici, au Québec, on a beaucoup fait de cas du tournage local de ce film adapté d’un roman de Michael Crichton dans lequel on retourne dans la France de 1357. Ç’aurait évidemment pu être tourné n’importe où : en fait de Moyen Âge, on voit beaucoup de forêt (jeune), une petite rivière des Laurentides, un village avec une place forte qui fait très «décor», une modeste église romane et un château pas mal plus convaincant.

La liste des films scénarisés par Chrichton ou inspirés de ses romans est longue. On y trouve du meilleur ( Andromeda Strain, Coma, Rising Sun ), mais hélas beaucoup du pire ( Congo, Twister, Sphere, The 13th Warrior ). Timeline, avec sa distribution d’acteurs de troisième liste, s’inscrit résolument dans la colonne du pire et vient prouver que la meilleure volonté des figurants ne parvient pas à générer de bonnes scènes d’action. Quant au vieux réalisateur Richard Donner, qui jadis tourna d’excellents films mais qui n’avait rien fait depuis le nullissime Lethal Weapon 4 (1998), convenons que ce n’est pas ce film-ci qui le fera remonter au firmament du cinéma.

Dans toute sa longueur le récit manque de nerf autant que de crédibilité. On ne croit pas à ces archéologues et à leur site de toc, on ne croit pas à ce hameau français appelé Castlegard (!), on ne croit pas à ces Français de la guerre de Cent Ans (à peine plus à ces Anglais, du reste), on ne croit pas à cette bataille de nuit. Mais pire encore, trente jours de tournage pour les cavalcades et le siège ne donnent qu’un résultat médiocre, faute de répétitions adéquates, sans doute, faute d’un bon maître d’armes et d’un bon maître équestre pour chorégraphier gestes et mouvements. Résultat : de molles escarmouches, de tièdes duels, des poursuites hésitantes, des assauts à la limite de la bousculade. Seul un montage rigoureux (pour ces scènes-là du moins) a sans doute évité la plongée dans le ridicule.

La faute n’en est pas à la Compagnie Médiévale, club local de passionnés du Moyen Âge qui, à l’été 2002, a fourni une soixantaine de figurants costumés, armés et montés, pour transposer la guerre de Cent Ans dans les boisés de Terrebonne et d’Harrington. Voyant les documentaires sur la production de Lord of the Rings, je me rappelle m’être dit que Peter Jackson et acolytes avaient beaucoup trop investi dans le détail d’accessoires qu’on ne verrait jamais en gros plan. Une barrique est une barrique, et si on ne doit l’apercevoir qu’au fond d’une salle obscure, elle n’a pas besoin d’être sculptée par un artisan. à l’autre extrême nous avons ce Timeline de toc où des lattes de bois mince sont agrafées à l’armature d’une embarcation. Je pense aussi à cet interminable gros plan, à peine flou, pendant une scène où le héros conte fleurette à l’héroïne, la scène qui s’étire… et moi qui ne vois que les broches. (Brièvement aperçue, sur l’autre face : la tête d’un clou si contemporain qu’il y manque seulement le logo de Rona.)

Autre exemple de travail bâclé : considérant que l’action se passe en France et que le tournage s’est fait au Québec, il est impardonnable qu’on n’ait pas choisi une comédienne francophone pour incarner le personnage de Dame Claire. Résultat : des Français qui, pour le peu de temps qu’ils parlent français, le font avec un accent américain, hormis Lambert Wilson (Français malgré son nom) qui incarne Sire Arnaud avec un accent parisien. Misère, on n’a même pas cherché un réviseur pour les quelques répliques en français («passez-moi l’hache» !).

Vraiment, sur les films «poche», je peux être intarissable… [ DS ]

Lord of the Rings : Le retour de l’émoi

Sous le déluge mercantile et le battage médiatique qui accompagnent la sortie du coffret DVD The Two Towers et celle du film The Return of the King, il est difficile de rester concentré sur l’œuvre elle-même, soit le troisième et dernier volet du Seigneur des Anneaux. L’exercice critique est compliqué par le fait que le réalisateur néo-zélandais Peter Jackson a créé un nouveau paradigme (éphémère? durable?), le paradigme «il y aura le DVD». En effet il est devenu impossible de commenter cette adaptation de l’œuvre de Tolkien sans tenir compte du fait que la version DVD, à paraître dix mois après chaque volet, sera plus complète et, souvent, plus cohérente que la version cinématographique. Cela peut paraître anecdotique mais ce ne l’est pas, du moins pour quelqu’un qui connaît le roman presque par cœur.

à cela s’ajoute le syndrome Internet : rarement aura-t-on vu autant de spéculation et de conjectures à partir d’informations ou de rumeurs diffusées sur la Toile mondiale, sur ce qui a été tourné à l’origine et ce qui a été filmé en post-production, sur ce qui a été intégré au montage ou laissé de côté, tant dans la version courte que dans la version longue, boulimie d’information alimentée par l’armée de figurants (26,000 selon le dossier de presse) et d’assistants qui ont participé à la production de Wingnut Films (2400 personnes impliquées dans la production et le tournage).

Premières victimes du paradigme «il y aura le DVD» : Christopher Lee et Brad Dourif, qui ont vu leurs personnages de Saruman et de Wormtongue gommés (quoique habilement) de la version cinématographique. Je ne révèle pas là un grand secret, l’affaire a été amplement publicisée et l’on se rend compte de cette absence dès le premier quart d’heure du film de 200 minutes. à l’opposé, une apparition fait plaisir à voir : la fameuse scène rétrospective entre Smeagol et Deagol, dont on savait qu’elle avait été tournée mais dont plusieurs se demandaient si (et où) on la verrait, constitue la première séquence de Return of the King. On enchaîne ensuite avec le «temps présent» où la fourberie de Gollum, guide de Sam et Frodo, est clairement réitérée. (Toutefois l’attaque de l’araignée géante Shelob tarde à venir, elle qui pourtant figurait à la fin du deuxième volet, dans la version imprimée.)

Je ne me lancerai pas ici dans une énumération de ce qui manque à ce troisième volet de Lord of the Rings, ce serait trop long et il faudrait la graduer selon l’importance de l’omission ou du report, depuis l’absence de Palantir chez le régent Dénéthor jusqu’à l’absence du prince de Dol Amroth et des autres alliés de Gondor, en passant par les ellipses concernant la saisie des vaisseaux corsaires ou la convalescence de Faramir et d’éowyn. Le principal épisode à manquer à l’appel est bien celui auquel s’attendaient les lecteurs du roman qui avaient réfléchi à la structure scénarique de l’ensemble – je parle du chapitre 8 du sixième livre (n’allez pas consulter la table des matières du roman si vous ne voulez pas déflorer la fin du film).

Dans son choix (judicieux, au point de vue cinématographique) de télescoper la chronologie du roman, Peter Jackson semble avoir, pour ce troisième volet, télescopé aussi les distances et renoncé à toute vraisemblance. Les déplacements d’immenses armées sont ultra-rapides, de vastes étendues sont franchies quasi instantanément, à pied, par deux hobbits épuisés.

Il reste que ce troisième volet est à la hauteur de toutes les attentes créées par le deuxième, et qu’il devrait rassurer (ou réconcilier?) tous ceux qui comme moi avaient mal digéré les graves entorses à l’histoire commises par les trois scénaristes, Jackson, Walsh et Boyens dans The Two Towers.

Tout comme dans le premier film, certains choix ajoutent considérablement à la montée dramatique, tel le fait que l’épée d’Elendil soit reforgée en prévision de la bataille de Minas Tirith, et non durant le séjour de Frodo et cie à Rivendell.

Les scènes de chevauchée et de bataille sont remarquablement réalisées, témoignant d’une intégration parfaite de l’animation numérique et du tournage avec de vrais cavaliers. L’intervention des créatures ailées que chevauchent les nazgûls, et l’assaut des mûmakils, les éléphants géants, s’avèrent particulièrement dévastatrices pour les armées de Rohan et de Gondor. Les machines de guerre, plus sophistiquées que dans la bataille de Helm’s Deep, font très authentique. Au chapitre des maquettes, c’est vraiment la ville étagée de Minas Tirith qui vole la vedette. Ici, tous les talents des ateliers Weta ont été mis à contribution pour donner vie à la vision de Tolkien. La cité blanche a un style, qui englobe l’ambiance, la statuaire et l’architecture, en passant par les costumes de ses habitants et de ses soldats. Pour quiconque a collectionné comme moi l’iconographie inspirée de l’œuvre de Tolkien depuis trente ans (en particulier les calendriers illustrés), plusieurs scènes s’avèrent des transpositions vivantes de certaines images marquantes, et pas juste celles signées Allan Lee et John Howe; je pense ici aux tours de Minas Morgul et de Cirith Ungol.

Mais tous ces aspects techniques ne doivent pas voler la vedette aux acteurs, principalement Elijah Wood et Sean Astin (Frodo et Sam). Avec l’aide perfide de Gollum, l’anneau achève de semer la zizanie entre les deux amis hobbits, puis parvient à subvertir l’héroïque porteur, dans un dénouement tout à fait fidèle à l’esprit et à la lettre de Tolkien.

Côté émotion, difficile de battre la scène des retrouvailles finales, écho délibéré de celle à Rivendell durant le premier film. Le couronnement et la réunion du roi avec sa fiancée sont mis en scène avec une sobriété dont aurait été incapable, par exemple, un Steven Spielberg – j’en frémis à la seule pensée.

Difficile d’attribuer des palmes tant les rôles sont bien… distribués, dans le sens où il m’a semblé qu’aucun personnage n’était mis en évidence autant que, disons, Gandalf et Frodo dans le premier film ou Aragorn et Gollum dans le deuxième. Hormis les petits porteurs de l’anneau,

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