Sci-néma 136

par Hugues Morin

Exclusif au supplément Web de Solaris 136, hiver 2001

Chapitre 4: Mais où sont donc les bons films de SF ?

Je ne sais pas pour vous, mais il me semble que les derniers mois ont été fort pauvres en bons films de fantastique et de science-fiction. J’ai pourtant la conviction d’être un assez bon public (on relira mes précédentes chroniques, à titre d’exemple), mais l’automne et l’hiver sont pour le moment plutôt consternants.

En fait, seuls deux films se démarquent un peu plus que les autres. L’un d’eux est disponible en vidéo et l’autre est toujours sur nos écrans en ce début d’année. Pour le reste, on en vient à être content lorsqu’au moins, c’est pas trop mauvais !

The Cell, j’ai beaucoup aimé. Bien qu’il s’agit du millième film sur un tueur en série dans lequel on tente de sauver sa prochaine victime (voir Silence of the Lambs, par exemple), l’intérêt premier n’est pas cette trame déjà vue, mais la vision du monde intérieur de l’esprit du tueur. Et cet intérieur vaut réellement le prix du billet d’entrée, par sa richesse visuelle, le trouble qu’on ressent à plusieurs moments et les trouvailles qui parsèment toutes les scènes qui s’y déroulent. C’est bien simple, on sort du film inquiet, nerveux, juste à penser à ce qu’on a vu dans l’esprit de ce type. Une réussite, donc. La seule véritable réussite en F & SF depuis des mois.

The Emperor’s New Groove est plutôt marginal à nos genres, puisqu’il s’agit d’un conte. Si j’en parle ici, c’est principalement parce que j’ai trouvé le film très bon : il me fallait bien parler de quelques bons films considérant la pauvreté du reste. Si vous appréciez l’animation de Disney, ce film est pour vous. Je l’ai trouvé tordant, je ne me souviens pas d’avoir tant ri dans un film d’animation de Disney. The Emperor’s New Groove a marché très fort aux états- Unis, mais a obtenu de piètres résultats au Québec. Rien de nouveau ici : les Anglo-Saxons étant plus friands d’animation que les francophones, d’autant plus ce type de films perd toujours de son charme à la postsynchronisation, en partie à cause des chansons (traduites en français puisqu’elles sont indissociables de l’histoire) et en partie à cause de la disparition des voix des vedettes originales. Notons au passage que ceci engendre parfois de véritables fausses publicités. On se souvient de l’affiche de Toy Story 2 qui portait en gros caractères les noms de Tom Hanks et Tim Allen, ce qui n’était vrai que pour la version originale, évidemment.

En ce qui concerne The Sixth Day, on peut parler de surprise intéressante. Ce film contient assez de trouvailles sur les gadgets du proche avenir et assez de bonnes idées scénaristiques pour tenir la route, bien mieux que ce à quoi on s’attendait avec notre copain Schwarzie. Bon, le clonage ne fonctionne absolument pas comme ce qui est montré dans le film, et notre pilote d’hélico apprend drôlement vite à tirer avec diverses armes, mais bon, c’est Schwarzenegger après tout. Parmi les bonnes idées, celle de mettre en parallèle les opinions du héros sur les re- pet et les poupées humaines est très bien exploitée ; la poupée est littéralement terrifiante !

Blair Witch 2, sans être génial, est aussi une agréable surprise. La suite est bâtie sur une esthétique plus standard que le premier film, mais considérant le point de départ, je m’attendais à un navet épouvantable. D’où mon étonnement: la chose, qui ne relève évidemment pas du Grand Art, n’est pas si mal foutue que ça. L’idée de base est de raconter comment un groupe de touristes, qui suite aux événements du premier film s’amuse à passer la nuit dans la forêt de Blair, se retrouve aux prises avec des événements mystérieux. Rien de bien nouveau, on en conviendra, mais le scénario tient la route avec quelques fils de l’intrigue intrigants et intéressants.

The Grinch est un cas. Pas totalement aimé, mais pas totalement déçu. Le film passe à côté de quelque chose. Il s’agit ici de fantasy, d’un conte, et pourtant, aucun émerveillement ne vient à l’esprit à l’évocation du film. D’une part, on retrouve un Jim Carrey aussi grimaçant que dans le rôle de Ace Ventura, et qui finit donc par agacer pas mal, et d’autre part une réalisation joyeuse et soignée de Ron Howard. Les deux éléments se marient mal et donnent un film où certains passages sont plutôt drôles, mais dont l’ensemble demeure décevant. Beaucoup d’effets et beaucoup de talent pour peu, finalement. Il manque au Grinch un élément essentiel à ce type de films : la magie.

Remarquez que jusqu’ici j’ai parlé de films meilleurs que ce à quoi je m’attendais, même si j’aurais aimé être plus surpris que ça. Ma plus importante déception vient certainement de Unbreakable, film attendu de Night Shyamalan, le réalisateur de The Sixth Sense, qui met encore en vedette Bruce Willis. Ce dernier joue le rôle d’un homme qui est le seul survivant d’un accident de train qui cause 131 morts. Non seulement a- t- il survécu, mais il n’a pas la moindre égratignure. Quelque temps après l’incident, un inconnu le contacte pour s’informer de sa situation. Contrairement à notre héros qui n’a pratiquement jamais été malade de sa vie, cet homme se blesse constamment. Le début du film est intrigant à souhait : un lien avec les univers de BD est instauré et alimenté de belle manière. Le déroulement est assez lent mais celui de The Sixth Sense l’était aussi, jusqu’à ce qu’un punch assez réussi vienne donner un bon coup de barre vers la fin du film. Bref, ce film avait tout pour plaire, mais pourtant il a déçu l’amateur que je suis et ça m’a pris quelques jours de réflexion pour découvrir pourquoi. Bien sûr, il y a le jeu des attentes, qui étaient ici très élevées, mais un détail a fini par ressortir. Le défaut principal de Unbreakable, c’est qu’on ne s’attache à aucun personnage, sauf pendant quelques minutes un peu plus intenses pendant lesquelles on s’attache au personnage joué par Samuel L. Jackson.

J’ai également vu, juste avant de boucler cette chronique, Lost Souls. Distribution intéressante, avec Winona Ryder, Ben Chaplin et John Hurt. Le film s’inscrit dans la veine des films fantastiques mettant en scène le diable et tournés depuis le début de 1999 (le choix ne manque pas : Ninth Gate, End of Days, Bless The Child, Stigmata, etc.). Lost Souls est plutôt bien réalisé, la progression dramatique est correcte, la finale aura laissé quelques cinéphiles perplexes, mais elle va au bout de sa logique, bien que son orientation explique à elle seule l’échec du film au box office. Un agréable moment, même si un tel qualificatif peut paraître paradoxal pour un film de peur. Sans être terrorisants, plusieurs passages sont particulièrement efficaces, à la fois pour faire sursauter (je n’ai pas sursauté comme ça depuis Stir of Echoes) et pour procurer un frisson, ce qui est de plus en plus rare avec les films d’horreur. Un scénario qui comporte son lot de déjà vu, mais mené de manière compétente. Certains critiques nostalgiques l’ont comparé à The Exorcist, en spécifiant que c’était trop semblable, en moins bon.

Alors parlons-en, de cette fameuse réédition de The Exorcist, qui contient, mentionne-t-on dans les publicités, des scènes ajoutées jamais vues auparavant (il ne s’agit pas de scènes nouvellement tournées, mais bien de scènes coupées au montage original). Je me souviens, dans mes plus jeunes années, avoir vu ce film (à la télé, je crois) et avoir eu plutôt peur. C’est donc avec une saine curiosité envers ce classique intouchable, que l’on a supposément trop souvent copié sans jamais l’égaler, que je suis allé voir cette «nouvelle» édition. Eh bien je vais vous dire ; j’ai trouvé ça plutôt raté, comme film. L’ensemble du scénario est incroyablement brouillon, le montage ignore tout plan de raccord et les scènes semblent montées les unes à la suite des autres sans réelle progression dramatique, en plus de comporter des scènes sans aucun intérêt, ni pour la progression dramatique, ni pour consolider une intrigue secondaire. Je sens que je vais me faire lapider par les puristes, mais j’ai vraiment trouvé ça plate et mal foutu. Il y a quelques scènes fortes, frappantes, comme celle où la fillette possédée descend l’escalier dans une posture impossible. Mais encore ici, cette scène de quelques secondes se termine abruptement et, sans transition, on se retrouve dans une scène calme qui contraste avec la précédente. Ce n’est pas cohérent.

L’histoire est consacrée à un cas de possession, mais qui somme toute n’est jamais expliqué. La fillette est tout à fait normale au début, une scène nous la montre si aimante avec sa mère. Puis une autre scène nous montre qu’elle communique ou semble communiquer avec un esprit grâce à une tablette de Ouija. Tout à coup, sans aucune transition ou progression, elle est possédée par un esprit maléfique et on ne saura jamais comment ni pourquoi c’est arrivé. Bref, j’en conclus qu’à sa sortie, le film a touché largement par quelques scènes plus choquantes (je pense aux propos blasphématoires de la fillette qui ont dû scandaliser en 1974, par exemple), mais que l’ensemble est et a toujours été brouillon et, par longs moments, ennuyant. Je note que ce film démontre que réintégrer des scènes coupées au montage ne prouve pas que ces scènes étaient bonnes ! N’en déplaise aux critiques nostalgiques mentionnés plus tôt, j’ai trouvé que Lost Souls est mieux fait et bien plus efficace, avec une histoire plus élaborée. Je vais ajouter un détail qui, pour ma part, clouera le cercueil de ce film qui aurait dû rester où il reposait : quelques jours plus tard j’ai reloué Stigmata, et, ma foi, je dois avouer que j’ai trouvé ça bien meilleur !

Pour terminer mon tour d’horizon, je dois également mentionner la malheureuse existence de Urban Legends: The Final Cut. Un navet d’une bêtise incroyable, qui se cache derrière de pseudo- références au genre. Le premier film de cette série inutile était déjà d’une incohérence pas possible, alors imaginez le tour de force de réussir à faire pire ! Je dois donner un exemple du type de foutaise que je déteste voir au cinéma, car ce genre de scènes contribue à abrutir le public et lui faire croire par son effet cumulatif que toute cette merde scénaristique est acceptable. Voici l’exemple : la fille s’endort avec son petit ami pas loin de son lit. Elle a un cauchemar et s’éveille en sursaut à trois heures du matin, seule. Elle jette un oeil sur le campus (l’action se passe à l’université, même si aucun des personnages étudiants ne semble avoir de cours !). Elle voit qu’on allume la lumière dans la tour principale, endroit où il y a eu un meurtre la veille. Que fait- elle ? Elle va y jeter un coup d’oeil, voyons ! Et qu’y trouve- t- elle, en plus d’une copine attirée là par un subterfuge ? Le meurtrier qui l’attendait, évidemment ! Il avait prévu qu’elle s’éveillerait à trois heures du matin et qu’elle regarderait dans la tour et qu’elle verrait une lumière s’allumer à ce moment- là et qu’elle viendrait jeter un oeil! Tout ce film est fait comme ça. C’est tellement ridicule qu’à plusieurs moments, on éclate de rire.

Comme je n’ai pas vu toute la production de fantastique et de science- fiction des derniers mois, je cède la parole à mon collègue Christian Sauvé, webmestre du site www.revue-solaris.com et cinéphile averti. Il nous parle de Red Planet et de Pitch Black. L’affiche de Red Planet, avec des humains sans casque sur Mars, m’avait découragé d’aller le voir, tandis qu’on m’avait tant dit de mal de Pitch Black et la bande- annonce était tellement mauvaise, que j’ai même refusé de le projeter dans les cinémas dont je me charge de la programmation. J’avais projeté Bats l’an dernier et juré qu’on ne m’y reprendrait plus! (Pour les curieux, mentionnons que Bats est ce type de film qui devrait figurer au programme des études cinématographiques pour enseigner tout ce qu’on doit ne pas faire pour faire un bon film !)

à toi Christian :

Pitch Black doit être proprement apprécié comme un film SF de série B, sans grandes ambitions mais doté de quelques éléments intéressants. On n’y tente pas de réinventer le sous- genre dans lequel des extra- terrestres mangent un humain à toutes les dix minutes, mais on joue de façon compétente dans les limites du domaine. On ne pourrait blâmer quiconque de vouloir sortir après les cinq premières minutes : la séquence de l’atterrissage catastrophe est un fouillis tonitruant d’images agitées et de montage incohérent. Mais le film s’améliore peu après et réussit à livrer un deuxième acte assez prenant. De bien belles images, une cinématographie audacieuse et quelques scènes d’actions épicent le tout. Vin Diesel est d’une présence imposante dans le rôle du méchant garçon Riddick. Le scénario commence à s’essouffler trente minutes avant la fin (la rumeur veut qu’il ait été réécrit par le réalisateur pour économiser le budget) et les dernières minutes, confuses, ne donnent ni un sens de grande confrontation finale ni de résolution satisfaisante. Les cinéphiles plus techniques apprécieront les efforts pour raconter l’histoire de façon purement visuelle, et ce même si le motif de la noirceur est employé de façon de moins en moins rigoureuse. (La finale se déroule presqu’au clair de lune.) Ce n’est pas de la SF dure – l’écosystème de la planète est impossible, tout comme la configuration suggérée du système solaire – mais il en surnage suffisamment d’éléments originaux pour valoir le détour.

Red Planet, au moins, est meilleur que Mission To Mars, ce qui n’est quand même pas un exploit. La distribution impressionnante est gaspillée dans des personnages insatisfaisants, à l’exception de Carrie-Anne Moss qui solidifie ici son statut d’héroïne d’action après The Matrix. Les effets spéciaux sont bien réalisés, malgré quelques ratés. Les plus gros problèmes se retrouvent au niveau du scénario : trous logiques béants, rythme boiteux, intrigues secondaires ennuyeuses ou bâclées, personnages mal définis et erreurs scientifiques atroces se succèdent pour saboter tout l’intérêt soulevé par la prémisse intéressante. Ça imite l’apparence et la structure d’une histoire hard SF comme en retrouve dans Analog, sans en livrer les détails ou l’intérêt. Ce n’est pas une faillite complète, surtout parce que l’on ne peut s’empêcher de rêver au potentiel immense de cette histoire, mais il n’y a pas lieu de se sentir coupable de laisser Red Planet sur les tablettes de son club vidéo.

Merci Christian. Je noterai en terminant que, depuis un an environ, de plus en plus de films mainstream (qui s’affichent comme tels ou dont le traitement est celui du réalisme) ajoutent quelques éléments de fantastique et de science- fiction, ou se situent aux marges de ces genres. Je pense à des films récents comme The Green Mile, What Women Want, Family Man, Bedazzled et même Castaway. Signe des temps du mélange et de la fusion ? Je ne sais pas. Mais je pense qu’à long terme, ça pourra peut- être rendre plus facile d’approche les films de genre au plus grand public, prêt à jouer le jeu et à suspendre son incrédulité.

L’année 2000 n’aura donc pas été, à mes yeux, une grande cuvée côté films de F & SF. Espérons que les films dont la sortie est prévue en 2001 sauront être de meilleure qualité. On attend avec impatience le Spielberg nouveau basé sur le scénario de Kubrick, A. I. avec Haley Joel Osment (le garçon qui a joué avec brio dans Sixth Sense et Pay It Forward).

à part ça, préparez- vous à recevoir Planet of the Apes, Tomb Raider, Jurassic Park III, Hannibal, Lord of The Rings, Ghost of Mars, Rollerball, bref, encore beaucoup de reprises et suites et peu de matériel original. Croisons les doigts pour A. I. et Lord of the Rings qui semblent les plus prometteurs du lot.

Je vous laisse sur mes choix pour l’année 2000. Du côté des meilleurs : Gladiator, X-Men, Frequency et The Cell. Les pires : Battlefield Earth et Urban Legends Final Cut. Ma plus grande déception : Hollow Man.

Bonne année cinéma 2001 !

Hugues MORIN
(Avec la collaboration de Christian SAUVé)

 

Âme dirigeante d’Ashem Fictions, une dynamique maison de micro-édition, Hugues Morin assure de manière tout aussi passionnée la bonne marche des cinémas Chaplin de Roberval et de Dolbeau.

Mise à jour: Février 2001 –

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