Sci-néma 133

par Hugues Morin

Exclusif au supplément Web de Solaris 133, printemps 2000

Chapitre 2.2
Polanski et De Palma dominent, Craven se répète et Morgan et Wong envahissent le grand écran.

Polanski. Disons le d’entrée de jeu, je suis vendu d’avance à tout film de Roman Polanski. Il faut donc que le réalisateur fasse de très grosses gaffes pour que je puisse ne pas apprécier ses films. J’ai donc adoré The Ninth Gate, malgré qu’il n’amène pas beaucoup de choses réellement nouvelles à l’arsenal de films de surnaturel qui a déferlé sur nos écrans depuis un an. Mais il apporte une manière qui si elle n’est pas nouvelle, se distingue tout à fait des productions américains, qu’elles soient de série A comme Sixth Sense ou de série B comme Scream 3. Et il apporte surtout l’aspect rafraîchissant d’un scénario qui n’est pas mâché d’avance et dont on ne peut décider s’il se terminera bien ou non pour le protagoniste. Même après le film, l’ambiguïté demeure, et cet aspect est des plus plaisant. Autre élément intéressant, voilà (enfin !) un film de surnaturel, donc de fantastique, qui ne se contente pas de tirer les ficelles de la peur, qui n’a même pas de réelle ambition de faire peur. Voilà une ambiance trouble, des événements pas nets, mais qui ne cherchent pas à vous faire sauter sur votre sièges et encore moins à vous abrutir avec une explication finale aussi ennuyeuse qu’inutile. A chacun des spectateurs de s’expliquer lui-même.

Cet aspect du film en fait un excellent film pour en discuter par la suite, comme mes employés et moi l’avons d’ailleurs fait après notre projection. Que se soit le rôle tenu par Emmanuelle Seigner (toujours excellente) ou encore ce personnage alambiqué joué avec intelligence par Johnny Depp (toujours excellent), l’intrigue générale et la réalisation si brillante. Juste avec l’exemple de la scène d’ouverture, en plan sur le vieil homme qui écrit puis sur le tabouret par terre au milieu de la pièce, on a un exemple de réalisateur subtil et qui nous indique dès le départ : vous allez voir un film pas comme ceux que vous voyez habituellement (lire : studios américains en grande partie). Polanski nous parle du diable et de ses admirateurs, nous parle de leur quincaillerie pour attirer le malin sur terre et toutes ces sortes de choses, mais constamment avec un sourire en coin, comme s’il se moquait un peu de cet attirail diabolique en même temps. Voilà un point de vue fort personnel qui détonne et fait plaisir. J’appuie ce commentaire en citant la scène où le collectionneur se retrouve devant une foule d’adorateurs de Satan de pacotille et leur fait «bouh!» et qu’ils s’enfuient à toutes jambes (replacée dans le contexte de ce que viens de faire ce vieux collectionneur, cette scène est superbe). Autre exemple, lorsque son employeur lui demande de retourner chez la baronne, Corso rétorque : «Vous êtes malade? Avez-vous vu sa secrétaire?».

Un film qui n’ajoute que peu à tout ces films de surnaturel, mais qui à long terme vieillira beaucoup mieux que tous les autres, assurément. D’ailleurs, parlons en, des autres, de deux en particuliers ; un B+ et un B-.

Série B de luxe avec la distribution d’adolescent qui ressemblent comme deux gouttes d’eau à tous les autres films d’ados et pratiquement à tous les autres films d’horreur ou de peur, Destination Ultime se démarque toutefois du lot par deux aspects. Le premier, c’est l’idée qui est exploitée par le scénario. Si elle n’a absolument rien de nouveau pour les littéraires, elle n’a que très peu été exploitée au cinéma récent, et jamais à ma connaissance de cette manière là dans ce genre de films-là. Dans le slasher movie pour ado, il y a deux types de morts en série : 1) Le maniaque à la Freddy/Jason/Stab/Myers, etc., qui décime tous les protagonistes sauf un ou deux question d’avoir de la viande fraîche pour une sequel. 2) L’extra-terrestre à la Alien/Virus/Supernova, etc. qui décime tout l’équipage sauf un ou deux question d’avoir quelques acteurs à réutiliser en cas de succès. Le premier bon point de Final Destination demeure donc l’idée qui est derrière le film, qui ne repose ni sur un maniaque ni sur un alien. Juste pour ça, le film est intéressant.

Autre point positif, la réalisation des scènes elles-mêmes, qui rappelle l’ambiance trouble de certains épisodes de The X Files, paranoïa incluses. Même si on a vu ça depuis des lustres et déjà chez Hitchcock, c’est toujours intéressant de voir que certains réalisateurs ont le talent de filmer ces scènes avec plus d’imagination que certains autres réalisateurs de slashers. Morgan et Wong, disciples de Chris Carter sont du lot.

Le reste du film est assez typique, bien que l’ensemble soit nettement plus intéressant que la majorité des films de ce genre. Certaines morts surprennent réellement, ce qui est une réussite en soit avec ce genre de films où normalement on prévoit toutes les morts tellement la sauce devient réchauffée. Il y a beaucoup d’aspects prévisibles, mais certains ne le sont pas, ce qui mérite un B+. Par contre, le film pèche aussi par manque non pas de cohérence interne, mais pas manque de crédibilité à certains moments. Je prend pour exemple la finale qui se déroule 6 mois plus tard, à Paris. Pourquoi la mort a-t-elle attendu 6 mois avant de poursuivre le travail entamé plus tôt ? Réponse : pour que les scénaristes et réalisateur puissent tourner cette scène à Paris à la fin et faire croire au spectateur que tout est fini, mais surprise, ça n’était pas fini, hahahahaha ! Lorsqu’une partie de l’intrigue ne se voit justifiée que pour des raisons de scénarios et non pour l’intrigue elle-même, tous ces films se mettent le doigt dans l’oeil, Final Destination inclus. Malgré tout, la fin garde un certain piquant et le spectateur moyen adore le film.

Puis Scream 3. Oh que voilà un objet inutile. Bien filmé pour le genre (Craven n’est pas un incompétent), mais sans plus, sans réel plaisir. Le scénario est tarabiscoté au possible (impossible que le tueur puisse prévoir les actions des gens de la sorte, ce qui est le défaut majeur de tous les films de ce genre avec un maniaque tueur, tous sans exception !). Enfin, le principal atout du premier Scream était la nouveauté de faire un slasher à une époque où on n’en faisait plus et de le construire en évitant et dénonçant les règles du genre. Le second était d’une platitude absolue, utilisant bêtement les règles dénoncées dans le premier.

La seule originalité de cette nouvelle série était que nous n’avions jamais affaire à un seul tueur qui ressuscite à la Jason ou Michael Myers, mais bien à des tueurs différents à chaque opus. Par contre, c’est la victime qui est la même à chaque fois (Sidney) et ses amis aussi (Gale et Dewey). Scream 3 est meilleur que Scream 2 et c’est bien là lui faire un grand compliment. Autre répétition, on a encore l’aspect film dans le film, avec le tournage de Stab 3 (on avait Stab dans le second Scream et le dernier volet des mésaventures de Freddy Kruger reposait entièrement sur ce principe de mise en abyme. C’est amusant si on veut s’amuser, mais ça n’effraie nullement, ça fait sursauter ceux qui ne voient pas les ficelles qui pendent, c’est totalement incohérent de croire à ce scénario à l’explication finale qui vient imbriquer jusqu’aux premiers meurtres des premiers Scream dans un vaste et diabolique plan du tueur, c’est pas croyable…

La scène d’ouverture est la mieux réussie du film, Craven excelle vraiment pour ces scènes, puisque celle du premier avec Drew Barrymore est digne d’une anthologie du genre et que la meilleure scène du second était celle du cinéma. Le scénario était pourtant signé Ethan Kruger (aucun lien avec Freddy !!!), qui avait signé Arlington Road, qui bien que pas parfaitement cohérent au niveau prévision des actes par les méchants, était beaucoup plus marquant que ce Scream qui ne fera hurler que bien peu de monde.

Neve Campbell a toujours d’aussi beaux yeux, mais est-ce suffisant pour apprécier le film? Je mentionnais que Ninth Gate vieillirais bien, ce ne sera certainement pas le cas de ce Scream. Au même moment où jouait Scream sur nos écrans, nous pouvions voir la bande-annonce de Mission To Mars.

L’eau à la bouche devant la bande-annonce, qui démontrait que De Palma allait faire ce qu’il toujours fait de mieux, du cinéma-référence. On l’a vu avec ses nombreux films hitchcockiens, le voilà avec un films kubrickien à la 2001. Impossible de ne pas songer à 2001 en voyant ne serait-ce que cette bande-annonce, avec le type qui déambule dans son cylindre sur musique classique et le truc d’aspect monolithique noir (mais de côté) qui apparaît et nos astronautes qui retirent leur casque… la table était mise, et bien mise.

Mais juste avant la sortie du film, les choses se gâtent. Chez Disney (ah, ceux-là !), La projection pour la presse internationale tourne au vinaigre, des spectateurs rigolent et De Palma fout le camp et refuse de rencontrer les médias. On parle dès lors de bide partout, même de la part de journalistes qui n’ont pas encore vu le film. Ainsi, les spectateurs savent que c’est un mauvais film sans l’avoir vu.

De l’attente d’un excellent film, nous passons à la crainte d’un ratage total. Toute une chute.

Allons donc voir ce film pour en parler ensuite, d’accord ?

Eh ben dis donc. Qu’ont-ils eu les critiques des journaux à détester ce film à ce point??? Bon, disons tout de suite pour les amateurs de super SF, certains coins sont un peu ronds. L’E.T. fait un peu trop Disney, les explications finales sont trop… explicatives, la scène aurait gagné à être tournée sans dialogue. Mais malgré cela, à travers les méga-machins explosifs à la Armaggeddon et séries B-poches comme Supernova, c’est toujours réjouissant de voir un film comme Mission sur Mars. Le registre est celui des Apollo 13, Contact et bien sûr 2001. Même si on atteint jamais la quintessence de 2001, l’ensemble du film est un immense clin d’œil à Kubrick et Clarke. De Palma est égal à lui-même ce qui en dit long sur la qualité de la réalisation; certains plans sont absolument brillant. Les vaisseaux sont crédibles et ne sont pas du tout comme les navettes d’Armaggeddon qui se déplaçaient à la Star Wars!

J’ai passé un excellent moment et ça serait bouder mon plaisir que d’insister sur les détails qui n’en font pas un film génial. Je répète que dans le déluge de médiocrité que le genre nous offre malheureusement, c’est une bouffée d’air frais que de voir des astronautes crédibles dans l’espace, et ce malgré l’intrigue un peu naïve et le recyclage d’une thématique mi-SF mi-New Age. Ou bien les journalistes ont été mesquins envers un réalisateur qui a refusé de les rencontrer, ou bien ils ont été trop incompétents pour se rendre compte que ces astronautes-là étaient mille fois plus crédibles que les crétins savants d’Armaggeddon, ou le pilote cow-boy de Independance Day. Je penche évidemment pour cette seconde option mais toute l’affaire ne m’empêchera pas de revoir ce film avec un réel plaisir.

Au registre des films à venir, notons Gladiator de Ridley Scott (5 mai) ; Battlefield Earth avec Travolta dans le rôle de Terl (12 mai), Le Dinosaure, animation de Pixar (19 mai) ; Frequency (28 avril) ; Titan A.E. , animation de la Fox (16 juin) et bien entendu X-Men (14 juillet) et What Lies Beneath, de Zemeckis avec Harrison Ford, produit par Spielberg (21 juillet).Spielberg qui a d’ailleurs mis de côté le projet Minority Report adapté de Dick avec Cruise pour développer A.I. le scénario de Kubrick que le maître n’aura pas eu le temps de tourner. à suivre.

Hugues MORIN

Mise à jour: Août 2000 –

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