Sci-néma 131

par Hugues Morin

Tiré de Solaris 131, automne 1999

Chapitre 2 :
Angoisses, terreurs et horreurs. L’ombre de Spielberg plane et l’emporte sur le steampunk.

Milieu et fin d’été encore fertile en films de F&SF. Le traditionnel «week-end du blockbuster» aux états-Unis, la fin de semaine du 4 juillet, a vu la sortie de Wild Wild West (Les Mystères de l’ouest), un film relativement attendu. Adapté d’une série télé dont je ne sais presque rien – et dont je n’ai vu aucun épisode – le film est plutôt mou. Amusant par moments, mais sans plus. Certains gags fonctionnent, font sourire, d’autres tombent à plat. Le niveau semble indiquer que les choix de Will Smith ont tendance à plafonner assez bas pour ce genre de production. Les éléments steampunk de l’intrigue sont relégués à quelques gadgets, ce qui a déçu l’amateur que je suis, et l’intrigue est très très lâche. Beaucoup de clins d’oeil – RCA, à ET et bien d’autres -, ce qui est certes amusant, mais qui ne suffit pas à faire prendre la sauce. Bref, même si l’on ne s’ennuie pas réellement, on se dit en sortant que Barry Sonnenfeld aurait dû faire bien mieux, et on se demande ce que viennent faire dans cette galère Kevin Kline et Kenneth Brannagh. J’ose à peine imaginer ce qu’en ont pensé les amateurs de la série d’origine. La Warner avait même été relativement déçu du produit -qui devait être sa locomotive de l’été, si vous me passez le jeu le mot – et avait envisagé de ne sortir le film qu’en août, alors qu’elle miserait en juillet sur Deep Blue Sea (Terreur sous la mer), de Renny Harlin. Mais Will Smith a insisté, cette fin de semaine du 4 juillet étant «la sienne» depuis Independence Day et Men in Black. Warner Bros. a tout de même précipité la sortie de Deep Blue Sea pour profiter du congé scolaire au maximum en présentant le film dès le 30 juillet.

Film sans grande vedette (Samuel L. Jackson étant un acteur connu mais pas une vedette), Deep Blue Sea avait un petit air de Jaws, puisqu’il traite de requins mangeurs d’hommes. Le prétexte est le suivant: une équipe de scientifiques travaille dans une base en mer sur des problèmes reliés au développement des cellules du cerveau. Pour ce faire, ils ont modifié génétiquement quelques requins. Ils sont plus gros, mais surtout plus intelligents. Ils se rebellent donc en profitant d’une tempête pour semer la panique dans la base et en dévorant ses occupants un à un. Harlin est un très habile faiseur, il l’avait déjà prouvé avec ses films précédents. Ici, faute de pouvoir renouveler le film de requins, lui et son scénariste ont décidé de faire les choses autrement. L’absence de gros noms est un bon point de départ, puisque comme pour le Alien de Ridley Scott, le spectateur ne sait pas qui peut mourir et qui doit survivre. Mettez Bruce Willis, Mel Gibson ou Julia Roberts dans un film et vous aurez la certitude que leur personnage ne mourra pas, OU du moins pas avant la toute fin. Pas de ça ici, Harlin annonce la couleur en commençant avec une scène typique à la Jaws, mais la fait se terminer bien autrement. C’est comme s’il disait: «Bon, on a tous vu Jaws, nous avons aussi des requins, mais on va faire autre chose.» Et ça fonctionne. à plusieurs reprises, il prend le spectateur à revers et son film se démarque parmi les meilleures productions du genre. Le résultat est plus proche de Jurassic Park, finalement: manipulations génétiques, parc au milieu de la mer, groupe de scientifiques isolé, tempête profitant aux créatures mangeuses d’homme. Voilà le menu de Deep Blue Sea, qui n’est pas parfait mais qui demeure un sacré film dans le genre. Et qui mérite une note parfaite pour la qualité de la codification sonore, un must.

Sorti la même semaine, The Haunting (Hantise) a le défaut d’être un remake, mais la grande qualité d’être l’adaptation du roman The Haunting of Hill House de Shirley Jackson. C’est aussi une réussite de mon point de vue. Un film d’horreur classique comme on n’en a pas vu depuis des lustres. Oubliez les slashers post-Scream et tous ses ersatz qui mélangent humour et horreur-gore, en axant toujours plus sur l’humour. Peut-on encore faire un film d’horreur qui se prend au sérieux, sans qu’il soit risible, et qu’il fonctionne? The Haunting est la preuve que oui. Pas un chef-d’oeuvre, mais tout de même un excellent film, qui ne fout pas une frousse à vous donner des cauchemars, mais qui procure de délicieux frissons. Et pas qu’une fois. Au cinéma, je n’avais rien vu de mieux depuis Poltergeist, et la réalisation de Jan De Bont nous le rappelle. Nettement le meilleur film de ce réalisateur, d’ailleurs. L’interprétation de Lily Taylor est superbe et les effets sont magistraux, poétiques malgré l’angoisse qu’ils suscitent. Quand à Liam Neeson, dans un rôle somme toute de second plan, il démontre une intensité qui fait honte au Jedi de The Phantom Menace.

Mais la terreur et l’angoisse devaient culminer réellement avec The Blair Witch Project (Le Projet Blair). Le propos du film n’est pas une nouveauté en fiction, mais il a été tout de même rarement exploité au cinéma ; des jeunes cinéastes vont tourner un documentaire sur une légende à propos de sorcières dans les bois. Ils disparaissent et un an plus tard, on retrouve leur matériel, leurs rushes, les bandes vidéo, etc. Le film nous montre le résultat de cette découverte. Esthétiquement, le film emprunte le concept du faux documentaire, brillamment développé dans C’est arrivé près de chez vous, utilisant des images volontairement tournées en amateur pour faire plus vrai, mélangeant divers formats, utilisant le bruitage hors-champs, etc. A ma grande déception, je n’ai pas éprouvé la moindre peur, le moindre stress de tout le film! Alors qu’on nous parle partout du film le plus effrayant depuis The Shining et The Exorcist, moi, je l’ai trouvé fort intéressant (esthétiquement), bien construit, etc. Bref, un quasi sans fautes (quelques longueurs ici et là), mais qui ne m’a pas effrayé du tout. Pourtant, je voulais être effrayé, j’étais prêt! Je n’attendais que le moment où cette peur qui vous prend aux tripes allait surgir – en vain. L’équipe belge de C’est arrivé près de chez vous, déjà mentionné, avait bien mieux réussi à nous foutre une trouille issue du malaise. Je dois toutefois mentionner que mon expérience d’exploitant de salles démontre qu’au moins les deux tiers des spectateurs qui sortaient de Blair Witch Project avaient visiblement eu peur. Quelques-uns m’ont ensuite raconté qu’ils n’avaient pas dormi de la nuit, d’autres qu’ils ne retourneraient plus se promener dans les bois, d’autres encore qu’ils avaient très mal digéré leur souper. à chaque soir, nous avons vu sortir des spectateurs carrément malade. Il faut reconnaître que peu de films donnent un tel choc à la majorité des spectateurs.

Bon, un mot sur un petit film qui a beaucoup fait parler de lui en Europe où il est sorti largement en salles, alors qu’ici il est passé inaperçu, mais est désormais disponible en vidéo. Il s’agit de Cube, du réalisateur canadien Vincenzo Natali (américain de naissance mais canadien d’adoption), dont c’est le premier long métrage, Six personnes se «réveillent» à l’intérieur d’une petite pièce cubique dont chaque face (les murs comme le plancher et le plafond) est identique et comporte une issue fermée par une trappe. Ils ne se connaissent pas et sont tous habillés de la même manière, avec leur nom sur leur vêtement. Bientôt, ils découvrent que les issues mènent vers des pièces cubiques identiques à la leur, à un détail près ; plusieurs pièces sont truffées de pièges mortels. Ils ne savent ni par qui, ni comment, ni pourquoi ils ont été installés dans cette prison. Ils se concentrent donc sur une chose: trouver une solution pour sortir du cube. Le point de départ rappelle un peu celui de Dark City, mais la situation est ici plus académique, plus cartésienne que mystique. Lorsqu’on se demande qui est responsable de la situation, plusieurs solutions sont envisagées ; complexe militaro-industriel, agence secrète gouvernementale, richissime cinglé, etc. Et contrairement aux autres films d’univers truqués (par exemple The Truman Show), Cube se concentre exclusivement sur la résolution de l’énigme et sur l’évolution des personnages qui y sont prisonniers. Si la finale comporte trop peu d’éléments explicatifs, le reste du film en fourni assez pour qu’il y ait tout de même une logique dans ce cube. La conception du cube lui-même est un de ces éléments d’explications, tout comme la composition du groupe: une mathématicienne, un policier, un médecin, etc, bien que la présence de l’autiste savant relève d’une certaine facilité. Un surprenant et intriguant petit film que je recommande à tout amateur du genre.

Avant de terminer, parlons de quelques productions qui m’ont semblé plus mineures. Inspector Gadget, d’abord, aux limites de nos genres, plutôt une B D, même si le film n’est pas de l’animation – en fait la frontière entre l’animation et le tournage réel devient flou avec toutes ces images de synthèse. Bof. Le film dure à peine 1h15 et à part quelques gadgets amusants, il ne raconte pas réellement d’histoire intéressante (on a vu ça quatre milliards de fois, au moins). Les enfants trouveront ça drôle et pas trop long. Teaching Mrs. Tingle (Attention Madame Tingle!), de Kevin Williamson (le scénariste de Scream et autres slashers nouvelle vague) devait relever de l’horreur, mais est plutôt un suspense. Et mou, en plus. Je manque de superlatif pour mettre devant le mot «prévisible» pour qualifier ce film. Williamson fait pire que se répéter. Désormais, il n’effraie plus et ne fait même plus sursauter. On attend Scream 3 pour décembre 1999. Avec Wes Craven à la réalisation.

Autre film plus mineur qu’il n’aurait l’être: Mystery Men (Les Supposés héro). Bien meilleur que les deux films précédents: il ne lève pourtant jamais vraiment. Parodie de films de super-héros, il joue sur deux tableaux; il tente de se moquer des super-héros, aspect en bonne partie réussi, mais met aussi en scène des anti-héros qui au final deviennent des héros, utilisant donc la recette qu’il tente de ridiculiser… Une dernière partie ambiguë donc. Ceci dit, le film soutire ici et là quelques sourires mais fait rarement rire -à l’exception de la scène où nos anti-héros arrivent à découvrir la pièce où le méchant tient le véritable super-héros prisonnier. Là, on ri un bon coup. Visuellement, le film est rempli de détails superbes, la ville de Champion City (sorte de Gotham City en moins glauque) est particulièrement réussie et certains plans sont imaginatifs (je pense à ce court plan-séquence qui amène à l’asile, au début). Il est dommage de ne pas en retrouver un peu plus, surtout vers le denier tiers, qui est beaucoup plus physique et plus prévisible. Bref, Mystery Men est une demi-réussite (et non un demi-échec, si vous suivez mon regard optimiste).

En cette fin de millénaire qui approche, le prochain volet de cette rubrique vous parlera de Sixth Sense (que l’on dit excellent), de Stigmata (qui a un petit relent d’Exorciste, à voir la bande-annonce) et de End of Days (sortie le 24 novembre). Signe des temps? J’attends aussi avec impatience Stir of Echoes, de David Koepp adapté du roman de Richard Matheson, avec Kevin Bacon; le film sort en salles le 10 septembre mais a été présenté en première mondiale lors de FantAsia 99. Et pour les amateurs de Tim Burton, un film qui promet que «les têtes vont rouler»!: Sleepy Hollow, sort le 19 novembre. Quand à Minority Report tournage a été repoussé et la sortie itou; à Noël 2000. Ne retenez plus votre souffle.

 

L’auteur de cette chronique tient à remercier Nicolas Gagnon qui lui en a fourni le titre.

Hugues MORIN

Mise à jour: Août 2000 –

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