Lectures 169

Norbert Spehner, Richard D. Nolane, Roger Bozzetto, Jérôme-Olivier Allard, Pascale Raud

Exclusif au Volet en ligne (Adobe Acrobat, 1 076Ko) de Solaris 169, Hiver 2009

 

Nathalie Prince (dir.)
Petit Musée des horreurs: nouvelles fantastiques, cruelles et macabres

Paris, Robert Laffont (Bouquins), 2008, 1100 p.

[couverture] L’année 2008 aura été faste pour Nathalie Prince qui est maître de conférences en littérature générale et comparée à l’université du Maine (Le Mans, France). Après avoir publié son remarquable essai Le Fantastique (Armand Colin), elle co-dirige un recueil d’études, L’Indicible dans les littératures fantastiques et de science-fiction (Michel Houdiard), avec Lauric Guillaud, puis nous propose un beau cadeau de fin d’année, un Petit Musée des horreurs: nouvelles fantastiques, cruelles et macabres, une anthologie-pavé de 1100 pages.

Cette collection exceptionnelle regroupe plus d’une centaine de textes français et belges écrits entre 1880 et 1900, période dite «décadente» propice aux névroses et aux monomanies suspectes, aux fantômes fétides, aux charognes exquises et autres fantasmes sexuels dégénérés. Au sommaire, on trouvera quelques récits bien connus d’auteurs célèbres comme Guy de Maupassant (deux versions de l’incontournable «Horla»), Jules Verne («Frittt-Flacc»), Philippe Auguste de Villiers de l’Isle-Adam (avec entre autres l’admirable «Véra»), Jean Lorrain ou Marcel Schwob, mais aussi et surtout des trésors insolites et bizarres déterrés dans les journaux et les revues de l’époque, écrits par des écrivains parfois inconnus ou tombés dans l’oubli comme Jean Frollo, Lucien-Victor Meunier, Jules Lermina. Gaston Danville, Paul Arène et cie. Dans sa préface, intitulée «Per retro: la littérature fantastique des années 1880-1900», Nathalie Prince souligne que la «décadence, transgressive, se caractérise par une force de démesure et d’irrévérence, s’apparente à une littérature des extrêmes, des monstres de l’outrance et de la surenchère». Les différentes parties de l’ouvrage ont des titres plutôt explicites: fantômes, spectres et charognes, délires, névroses et folies douces, amours et désamours fantastiques, etc. Chacune de ces parties est précédée de «curiosités», soit un extrait de presse de l’époque traitant de sujets macabres comme les crimes de Jack l’éventreur, l’arrestation de nécrophiles, des apparitions de monstres ou de fantômes. Dictionnaire de plus d’une soixantaine d’auteurs de cette fin-de-siècle placée sous le signe de l’horreur et de la cruauté complète, c’est un volume original où l’on trouvera quelques perles rares de cette littérature fantastique d’époque, qui «puise dans les sujets les plus dégradants pour faire rayonner les plus grandes bassesses ainsi que les possibilités d’intenses voluptés qui passent par une tendance irrésistible vers le morbide et l’érotique», et qui permet de «déguster l’horreur comme un plat faisandé».

Un beau livre, digne de figurer dans la bibliothèque de tout amateur du genre et dont les textes couvrent une période somme toute peu explorée de la littérature fantastique franco-belge.

Norbert SPEHNER

 

Jacky Ferjault
Lovecraft et la Politique

Paris, L’Œil du Sphinx (Le Bulletin de l’Université de Miskatonic 2), 2008, 150 p. (Postface de Gérard Klein).

[couverture] Depuis que Lovecraft est devenu un auteur connu, malheureusement après sa mort en 1937, l’image de lui retenue par le grand public est celle d’un homme reclus dans sa maison de Providence et vivant dans un univers personnel fermé sur lui-même, décalé et peuplé de cauchemars. Ce portrait guère flatteur, mais correspondant si bien à l’image d’épinal qu’on aime à se donner de l’écrivain de Fantastique «maudit», a été largement propagé par August Derleth, l’homme sans qui HPL n’aurait peut-être jamais connu sa gloire au moins posthume et qui fut son ami et son correspondant…

Le recueil de larges extraits de lettres présentés et commentés par Jacky Ferjault à partir des cinq volumes publiés par Arkham House vient quelque peu remettre en question ce portrait, c’est le moins qu’on puisse dire. On y découvre un Lovecraft bien plus à l’écoute du monde qu’on ne l’aurait cru. Le sommaire s’organise en sept chapitres abordant, dans l’ordre, la conception lovecraftienne du monde, les doctrines politiques, la politique intérieure des états-Unis (de loin le chapitre le plus fourni puisqu’il couvre un tiers du livre…), la politique extérieure des états-Unis, la Première Guerre mondiale, Hitler et la montée du fascisme en Europe et les relations entre les états-Unis et l’Asie. Bien sûr, ce n’est pas un Lovecraft débarrassé de sa fascination pour certaines thèses d’extrême droite ou racistes qu’on va découvrir subitement ici, mais un homme évoluant au fil du temps vers nettement moins d’extrémisme politique et racial et faisant preuve d’une capacité à faire la part des choses bien plus importante qu’on aurait pu le croire. à la fin de sa vie, Lovecraft prétendra même être devenu «socialiste»… Ces chapitres sont suivis d’une postface éclairante sur les motivations et les angoisses de HPL, rédigée spécialement pour ce volume par Gérard Klein, «Lovecraft: un Marx du cauchemar».

Voici donc un livre qui remet quelques pendules à l’heure. Il comble aussi une lacune pour l’amateur francophone de Lovecraft, car le volume de lettres publié en 1978 par Christian Bourgois n’était qu’une sélection puisée dans les deux premiers recueils Arkham House couvrant la période 1915-1926. Mais il se révèle également fort utile pour tous ceux qui n’auraient pas opéré la traque patiente de Jacky Ferjault dans la série de chez Arkham House, laquelle, rappelons-le, ne présente qu’une partie de l’incroyable flot de lettres écrites par HPL.

Pour se procurer ce Lovecraft et la politique, à partir du Canada ou d’ailleurs, le plus simple est de passer par l’efficace librairie Atelier Empreinte (proche de L’Œil du Sphinx) en allant sur son site: http://www.atelier-empreinte.fr, rubrique «Lovecraft». Prix: 16 euros (+ port 5,50 euros pour le Canada par avion).

Richard D. NOLANE

 

China Mieville
Le Concile de fer

Paris, Fleuve Noir, 2008, 560 p.

[couverture] China Mieville commence à être connu en France, où cet ouvrage est le quatrième paru au Fleuve Noir. Ce romancier anglais de trente-cinq ans a déjà reçu le prix Arthur C. Clarke et le British Science Fiction Award. Le Concile de fer a lui aussi obtenu le prix Arthur C. Clarke en 2005, et il permet à l’auteur de poursuivre l’exploration de l’univers inimitable qu’il a posé dans Perdido Street Station et Les Scarifiés.

On ne présente plus ici la Nouvelle-Crobuzon (une ville-état sur une planète improbable), mais on en montre une période, celle où se construit, comme aux USA dans les années 1890, une ligne de chemin de fer entre Nouvelle-Crobuzon et… on l’ignore car le train reviendra à son port d’attache. On retrouve dans cet ouvrage les populations humaines et alien (cactées géantes, oiseaux dressés, golems) sans compter les esclaves et les zombies. Dans cette ville-état, le maire, appuyé par la Milice qui possède des pouvoirs surnaturels, règne en despote. Sans oublier une guerre contre un état voisin et ses sorciers. Des groupes de rebelles passent par divers stades: de la lutte par les pamphlets aux actions violentes. Ces terroristes urbains tentent de rejoindre les ouvriers du chemin de fer afin de prendre en charge le train, le fameux concile de fer. Ils sont poursuivis par la milice et arrivent à rentrer à Nouvelle-Crobuzon pour aider une tentative de révolution, qui est maîtrisée, mais on sent bien que la lutte continue.

Le roman est construit sur des lignes de fuites et de poursuites qui n’ont rien de gratuit. Ce qui se lit, c’est une révolte contre les pouvoirs légitimés par des votes truqués et appuyés sur la force des miliciens. Ce qui se voit, ce sont des images insolites et enthousiasmantes du train devenu une communauté de type flower power avant le combat.

China Mieville montre dans ses textes une passion pour les aspects de la politique, dans une perspective révolutionnaire de gauche vivante et trotskiste non austère. Ses ouvrages ne relèvent pas d’un genre précis: ils utilisent aussi bien les thèmes de la SF (planète étrangère, présence d’aliens) et ceux de la fantasy avec ces monstres bien que ce soient des mi-hommes mi-artefacts chimériques fabriqués par la justice au titre de peines. Un univers foisonnant, incomparable, enchanteur et lyrique.

On peut lire une interview de l’auteur au http://www.cafardcosmique.com /China-MIEVILLE-Monstres-Merveilles. [RB]

 

Richard Morgan
Black Man

Paris, Bragelonne, 2008, 580 p.

[couverture] Né en 1965 en Angleterre, Richard Morgan appartient à la seconde vague des romanciers cyberpunks qui utilisent des trames policières, des planètes et des résultats de nano-technologies pour construire des hommes supérieurs dont on a du mal à se débarrasser. On reconnaît les thématiques de Gibson, Pat Cadigan, Bruce Sterling, bref tous les auteurs des années 80 que Richard Morgan a fréquentés assidûment, de même qu’il a vu les films comme Blade Runner ou Le Cinquième élément, entre autres.

Les éditions Bragelonne ont publié Carbone modifié, son premier roman qui mêle les différents genres du cyberpunk anglais, et a obtenu le prix Memorial Philip K. Dick en 2003. Black Man, qui reçoit cette année le prix Arthur C. Clarke, reprend un certain nombre des mêmes éléments. Une enquête sur des meurtres, liés à la difficulté de s’échapper de Mars dans un vaisseau, où un individu s’éveille bien longtemps avant l’heure et où l’on est obligé de devenir cannibale pour survivre le temps du trajet Mars-Terre, aux vitesses actuelles. Des scènes de boucherie et de violence. Des complots qui mêlent plusieurs «agences», de type CIA en plus tordu, qui font appel à un homme supérieur, une «variante treize» au premier abord totalement cynique, afin de pourchasser le «cannibale», lui aussi un homme modifié. Le tout dans des USA qui n’existent plus, où la Floride est devenue «Jésusland», où d’autres états se sont reconfigurés en nouvelles entités spatiales, comme la Bordure et autres. On y rencontre des hommes câblés, des malfrats de toute sorte, des esclaves sexuelles produites avec des gènes de bonobos, ces singes si affectueux et toujours sexuellement disponibles…

Ce techno thriller, roman policier d’un futur possible, est écrit avec une fougue à la Dantec, mais sans tomber comme Dantec dans la diarrhée verbale et l’extrême droite. Une écriture cinématographique, avec des plages de commentaires en action sur le sens du futur, agrémentés d’une histoire d’amour émouvante. Un roman qui vous transporte. [RB]

 

George R. R Martin, Gardner Dozois et Daniel Abraham
Le Chasseur et son ombre

Paris, Bragelonne, 2008, 310 p.

[couverture] Trois auteurs pour un texte, c’est presque un record! Mais ce roman, au titre original de Hunter’s run (2004), est une sorte de chef-d’œuvre, une variante originale d’un thème archiconnu de la SF, le clonage.

Nous sommes dans un univers où des ET, les Enye, ont permis aux hommes d’essaimer dans l’univers. Sous leur contrôle, ils les placent dans des endroits inhospitaliers où ces hommes survivent et mettent en culture ou en exploitation les ressources du lieu. Comme les latinos immigrés qui servent pour les travaux lourds et sales les riches étasuniens. Un de ces colons, Ramon, d’origine mexicaine, est devenu prospecteur. Après un crime, il est obligé de quitter les lieux et, sans le savoir, il démasque une colonie d’ET d’une autre espèce pourchassée par les Enye, qui le capturent et, après lui avoir coupé un doigt, forment un duplicata. Ramon s’échappe et l’un des ET, ainsi que le duplicata, se lancent à sa poursuite. Après quelques péripéties, Ramon et son duplicata s’enfuient, puis le duplicata tue Ramon et prend sa place. Il retourne à la ville où il est mis en prison, puis sauvé par un faux témoignage.

Le roman vaut par deux éléments: d’une part les hommes sont comme du bétail pour les Enye, mais ce n’est pas nouveau, sauf la comparaison implicite avec les immigrants latinos. D’autre part la poursuite d’un humain par son duplicata, le meurtre de l’original par le duplicata et le fait qu’il prenne sa place avec les mêmes passions, les mêmes haines et le même comportement.

Un traitement SF du thème de l’ombre qu’ont si bien illustré les récits romantiques comme «L’Ombre», de Hans Christian Andersen.

Roger BOZZETTO

 

Stephenie Meyer
Les Âmes vagabondes

Paris, Lattès, 2008, 617 p.

[couverture] Les Âmes vagabondes est la traduction française de The Host, premier roman s’adressant à un lectorat adulte de l’auteure états-unienne Stephenie Meyer, connue internationalement pour sa série pour adolescents Twilight (Fascination en français).

Première publication SF d’une auteure de fantastique vampirique, Les Âmes vagabondes est d’une facture très classique, voire plutôt clichée. La paix et l’ordre règnent sur la Terre depuis quelques années. Des organismes extraterrestres parasitiques hyper évolués, se nommant eux-mêmes des «âmes», ont pris le contrôle de la planète en s’infiltrant incognito parmi les humains. Ces grégaires et altruistes aliens ont évidemment envahi la Terre pour «sauver» une espèce qui se vouait elle-même à l’extinction. Pour se faire, ils se sont insérés à la base du crâne des humains pour se connecter à leur système nerveux – déjà vu, quelqu’un? – et prendre ainsi le contrôle de leur corps, anéantissant, par la même occasion, toute trace de la personnalité de l’hôte.

Au moment où se déroule l’histoire des Âmes vagabondes, l’invasion est déjà terminée. Dans ce meilleur des mondes ne restent plus que quelques humains rebelles ayant réussi à éviter les pièges des Traqueurs, sortes de chasseurs de tête dont le but est de dénicher les insurgés pour qu’on leur implante une âme. Parmi ces humains se trouvent Melanie, son jeune frère Jamie ainsi que Jared, le beau mâle ténébreux à la mâchoire carrée de service, dont Melanie tombera bien évidemment follement amoureuse.

Le récit des Âmes vagabondes s’ouvre alors que Melanie est pourchassée par des Traqueurs. Puisqu’elle se sait perdue, elle décide de se suicider en se jetant du haut d’une cage d’ascenseur, préférant la mort au sort que lui réservent les âmes. Elle survit toutefois à la chute, mais est grièvement blessée. Les Traqueurs se saisissent d’elle et la ramènent à un centre de soins où un Soigneur lui insère Vagabonde, une âme expérimentée ayant vécu diverses incarnations sur plusieurs planètes, pour qu’elle trouve, cachée dans les souvenirs de Melanie, l’information qui pourra les mener jusqu’aux autres rebelles.

Toutefois, tout ne se déroule pas comme prévu puisque la personnalité de Melanie n’a pas été complètement éradiquée. Il semble même que celle-ci devienne de plus en plus forte. Vagabonde, tiraillée entre l’obligation de respecter la volonté de son espèce et l’influence croissante de Melanie, décide finalement de partir et de rejoindre Jared et Jamie. L’accueil qu’on lui réserve n’est toutefois pas celui auquel elle s’attendait…

Si on se doit de reconnaître le succès – sinon critique, du moins commercial – de la série Twilight, on ne peut s’empêcher de constater que le passage de Stephenie Meyer du roman pour adolescents au roman pour adultes ne se fait pas sans accrocs. Les assises science-fictionnelles des Âmes vagabondes peuvent sembler, à première vue, relativement intéressantes bien que peu originales. Or, il appert rapidement que la SF n’est qu’un prétexte pour nous passer une petite histoire d’amour sans grand intérêt. Les personnages sont unidimensionnels – quoi, en effet, de plus désagréable qu’un personnage féminin ne se définissant que par l’amour qu’elle voue à son homme? –; le style est sans éclat et d’un sentimentalisme mièvre; l’action, bien que plutôt soutenue, laisse trop souvent la place à d’impardonnables longueurs.

Le jeu entre les deux narratrices est sûrement l’aspect le plus intéressant des Âmes vagabondes. L’auteure se sert de différentes polices de caractères pour indiquer au lecteur qui, de Vagabonde ou de Melanie, prend la parole. Cette dissociation de personnalité, d’abord parasitaire, puis commensale, aurait pu être le pilier central d’une excellente histoire. Malheureusement, c’est trop peu pour racheter les nombreuses lacunes du roman.

Un lecteur attentif aurait pu voir une indication de ce qu’allait être le roman dans la dédicace: «à ma mère, Candy, qui m’a appris que dans chaque histoire, c’est toujours l’histoire d’amour le plus important.» Cela lui aurait peut-être évité de terminer sa lecture avec la désagréable impression qu’on s’est un peu payé sa tête et de déposer, avec frustration, ce roman de SF à l’eau de rose au fond d’un tiroir, en espérant que les mites ne feront pas une indigestion.

Il est à noter que la fin des Âmes vagabondes laisse présager une suite ou le début d’une autre saga. Quel dommage.

Jérôme-Olivier ALLARD

 

John Scalzi
La Dernière Colonie

Nantes, L’Atalante (La dentelle du cygne), 2008, 382 p.

[couverture] Après Le Vieil Homme et la guerre (Solaris 163) et Les Brigades fantômes (Solaris 165), dont je me suis délectée, voici donc le dernier opus de la série, dans lequel on retrouve John Perry, Jane Sagan et… Zoé, la fille du défunt scientifique Charles Boutin, que John et Jane ont combattu dans Les Brigades fantômes. Petit rappel de qui est qui: John est un fringant jeune homme de quatre-vingt-neuf ans: après soixante-quinze ans passés sur la Terre, il s’engage dans les Forces de Défense Coloniale (FDC), où il passe six ans comme soldat (grâce à un transfert de conscience dans un corps amélioré fabriqué avec son propre ADN); après plusieurs missions d’éclat, il gagne le droit de prendre une retraite de colon bien méritée, dans un corps jeune (mais non amélioré) sur la planète Huckleberry, où il vient de passer huit ans très paisibles comme médiateur du village. Jane est, quant à elle, une ex-lieutenante des Brigades fantômes, «fabriquée» avec l’ADN de la femme décédée de John, mais qui a sa propre personnalité. Elle aussi est désormais débarrassée de son corps ultra-performant, et coule des jours heureux et tranquilles avec John et Zoé, qu’ils ont adoptée après la mort de Charles Boutin, son père, et celle de Jared Dirac, le clone de son père. Le trio vit donc sur Huckleberry, petite planète où il ne se passe pas grand-chose, sinon des problèmes de chèvres et autres banalités. Une particularité cependant: Zoé est accompagnée en permanence de deux compagnons Obins, Pirouette et Cacahuète, que le peuple obin a délégué auprès de la jeune fille, car ce peuple vénère Boutin, qui leur a offert la conscience (ce peuple en était totalement dépourvu, étant une création des Consus, une autre race extraterrestre, qui leur avait donné l’intelligence, mais pas la conscience), créant par cette action une guerre entre les Obins et l’Union Coloniale (UC). Aujourd’hui, l’UC et les Obins sont alliés, ce qui a permis à l’UC d’exploiter les recherches de Boutin et de créer finalement un implant de conscience (basée sur la technologie Amicerveau qui permet aux soldats des FDC de rester en liaison mentale permanente).

Mais le petit bonheur tranquille de la gentille famille est troublé lorsque le général Rybicki (un commandant des FDC ayant bien connu John et Jane) vient les trouver pour leur demander de diriger sur Roanoke une nouvelle colonie de deux mille cinq cents colons, provenant de dix colonies différentes. Ils acceptent, malgré l’étrangeté de la demande, et s’embarquent avec les deux mille cinq cents colons et beaucoup de matériel en route pour Roanoke. Malheureusement pour eux, dès le début, les problèmes s’enchaînent, dont un plus grand que les autres: ils se retrouvent complètement isolés, incapables de communiquer avec l’UC ou qui que ce soit, car ils ont tous été bernés. Roanoke ne se trouve pas là où l’UC leur avait dit qu’elle serait, ce qui fait que l’UC cache à tout le monde la position exacte de la nouvelle colonie, tout ça pour les protéger du Conclave, une organisation secrète composée de quatre cent douze races d’extraterrestres. Celle-ci a juré de détruire toute nouvelle colonie qui se formerait. Bien évidemment, John et Jane se doutent que ce n’est pas la seule raison pour laquelle l’UC a bravé ce danger et mis en péril la nouvelle colonie, qui doit survivre sans technologie avancée. Ils ont bien raison, et ils s’apercevront bien vite que leur entraînement comme soldats des FDC et des brigades fantômes leur sera très utile, et qu’ils n’ont pas été choisis pour des prunes.

Bien sûr, je sais que ce résumé est un peu long et compliqué, mais l’univers mis en place par Scalzi est assez complexe et plein de races diverses et variées, qui se font la guerre à propos de tout et de rien. Cette mise en contexte était donc indispensable. Que dire de plus, sinon qu’à l’instar des deux précédents volumes, j’ai eu beaucoup de plaisir à lire La Dernière Colonie, qui ne souffre d’aucun temps mort. L’auteur y a inséré plus d’humour encore que dans les deux autres romans, et la verve de John Perry, ainsi que le manque de tact et de diplomatie de Jane Sagan (un souvenir de l’armée), m’ont très souvent arraché de grands sourires, voir même quelques éclats de rire. Avec de l’action, beaucoup d’action, et pas mal moins de réflexion que dans les deux précédents volumes, La Dernière Colonie est néanmoins une belle réussite de space opera. Cependant, je ne crois pas que je voudrais que l’auteur allonge la sauce plus encore. C’est pourtant ce qu’il semble vouloir faire en publiant en août dernier Zoe’s Tale (Tor) dans lequel, si je ne m’abuse, la même histoire sera racontée du point de vue de Zoé… Et la fin de La Dernière Colonie me laisse songeuse car, vraiment, il y a là une ouverture flagrante sur une suite…

Pascale RAUD 

Mise à jour: Janvier 2009 –

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