Lectures 168

Jérôme-Olivier Allard, Nathalie Faure, Richard D. Nolane, Roger Bozzetto, Philippe-Aubert Côté, Pascale Raud, Jonathan Reynolds

Exclusif au Volet en ligne (Adobe Acrobat, 1 435Ko) de Solaris 168, Automne 2008

 

Graham Masterton
Descendance

Paris, Bragelonne (L’Ombre), 2008, 334 p.

[couverture] Graham Masterton, l’auteur de la célèbre série Manitou publiait, en 2006, Descendant, traduit en français par les éditions Bragelonne au début de l’année courante. Le lecteur de Descendance est entraîné, parfois un peu malgré lui, dans une chasse aux vampires pas vraiment originale mais, il faut se l’avouer, relativement divertissante.

James Falcon, le personnage principal du récit, est californien, roumain du côté de sa mère. Au début des années 1940, au terme de ses études, Falcon publie un article posant comme hypothèse l’existence des strigoï, sortes de vampires issus des contes valaques. Peu de temps après la publication dudit article, le jeune homme reçoit la visite de deux officiers de l’armée américaine qui lui apprennent que ses théories sont fondées: les strigoï existent bel et bien, et, comble du malheur, ils sont alliés aux Nazis. Accompagné de Jill, une jolie maître-chien, James Falcon, visiblement le seul à connaître assez les strigoï pour les combattre, est donc embarqué de force dans une aventure qui s’étendra sur une quinzaine d’années, de l’Europe ravagée par les bombardements nazis à la banlieue londonienne où se terre Dorin Duca, supposément le premier et le plus puissant des strigoï.

Bien que Falcon soit un Van Helsing assez attachant, et que Jill remplisse plutôt bien son rôle de joli faire-valoir, Descendance n’est pas le roman d’horreur du siècle, ni même du mois. Rien ici pour vous faire tourner frénétiquement les pages ou pour emplir vos nuits de sueurs froides: le suspense tombe trop souvent à plat, et les scènes gore, quant à elles, n’ont que très rarement l’effet recherché, suscitant plus souvent chez le lecteur un roulement d’yeux condescendant qu’un frisson de dégoût. On est loin, très loin, de ce qu’a pu être Manitou. Les dialogues manquent de piquant, la narration traîne trop souvent de la patte et l’écriture, très peu lyrique, est par moments plutôt terne. Va savoir pourquoi, Descendance demeure malgré tout une lecture divertissante, mais sans plus. [JOA]

 

Robert Charles Wilson
Mysterium, Romans & Nouvelles

Paris, Denoël (Lunes d’encre), 2008, 728 p.

[couverture] L’auteur canadien Robert Charles Wilson a atteint une notoriété internationale depuis que son roman Spin, pour lequel il a obtenu le prix Hugo en 2006, a connu un succès mondial. Mysterium, sous-titré Romans & Nouvelles, publié au début 2008 par les éditions Denoël, comprend six nouvelles inédites en français, dont «Julian: un conte de Noël» (finaliste au prix Hugo en 2007), et deux romans, Mysterium (lauréat du prix Philip K. Dick en 1994) et La Cabane de l’aiguilleur, premier roman de Wilson. Bien que les six nouvelles et La Cabane… soient particulièrement bien écrits et tout à fait intéressants, c’est le roman Mysterium qui s’avère être le texte le plus fascinant du recueil.

Un objet étrange, découvert en Turquie et sûrement d’origine extraterrestre, est ramené pour y être étudié au Laboratoire de recherches en physique de la petite ville de Two Rivers, au Michigan. Puisqu’une chose en entraîne nécessairement une autre, peu de temps après l’arrivée de l’artefact, une explosion détruit en partie le centre de recherches. Les pompiers dépêchés sur les lieux constatent rapidement que quelque chose d’étrange s’est produit. Des créatures surnaturelles – pour certains elles ont l’air d’anges, pour d’autres, d’horribles monstres – surgissent des flammes. Et ce n’est pas le plus bizarre puisque toute communication entre Two Rivers et le reste des états-Unis est désormais impossible. Les routes sont coupées par une forêt très, très ancienne. La ville entière semble avoir été transportée dans un monde parallèle…

Mysterium peut, de prime abord, prendre des accents de récit fantastique. La réalité banale des habitants de Two Rivers est soudainement bouleversée par un événement plus qu’étrange. Or, ce qui semble être issu du surnaturel s’avère finalement avoir une cause ancrée dans la réalité. Wilson fournit au compte-gouttes au lecteur les causes scientifiques qui pourraient expliquer les événements décrits dans le roman. Certes, c’est parfois un peu tiré par les cheveux, mais on y croit. Ou du moins, entraîné que l’on est par la prose de l’auteur canadien, on veut y croire.

La SF de Wilson est riche, brillante et subtile. Son style est aéré et élégant. La narration de ses textes, descriptive sans jamais tomber dans la complaisance, est toujours très juste. Toutefois, ce qui donne le plus de force aux récits de Wilson, ce sont les personnages, bien définis et attachants, que le lecteur prend un plaisir immense à découvrir au fil du texte. L’écrivain s’approprie un matériau relativement classique et le façonne, de manière très originale et personnelle, pour en faire une œuvre de grand talent. Robert Charles Wilson est un auteur à (re)découvrir absolument qui mérite amplement une place de choix dans vos bibliothèques. Mysterium, Romans & Nouvelles est une excellente introduction à son œuvre. à noter aussi, l’intéressante préface de Jacques Baudou. Qu’attendez-vous? Allez! Courez chez votre libraire!

Jérôme-Olivier ALLARD

 

Robert Charles Wilson
Axis

New York, Tor Books, 2007, 303 p.

[couverture] Gagnant du prix Hugo 2007 avec l’excellent Spin, Robert Charles Wilson offre avec Axis la deuxième partie d’une trilogie.

Dans Spin, l’action se situe dans un futur proche. Les étoiles disparaissent, car la Terre se trouve isolée du jour au lendemain de son environnement et protégée par une sorte de champ opaque placé là par des ETs inconnus. Alors que des milliers d’années défilent à l’extérieur de cette protection, les Terriens de ce début de XXIe siècle vivent normalement, sans accélération, ce qui explique que leurs mœurs et façons de penser nous sont assez familières. Le voile est perméable et des colons sont envoyés sur Mars, qui va poursuivre son évolution au rythme du temps extérieur, jusqu’au moment où la planète sera à son tour enrobée et préservée. Des contacts vont finir par s’établir entre la Terre et les colons martiens dont la technologie est plus évoluée, mais personne ne sait qui a pu mettre en place la protection qui entoure les deux planètes, ni dans quel but. Ces extraterrestres invisibles ont été nommés les Hypothétiques.

à la fin du roman, le lecteur découvrait une arche gigantesque plantée dans l’Océan Pacifique, porte vers Equatoria, un autre monde offert aux Terriens par les mystérieux Hypothétiques. Nul besoin de vaisseau pour traverser, l’arche permet de passer en bateau d’un océan à l’autre.

Dans Axis, c’est sur cette nouvelle planète que les personnages vont maintenant évoluer. La Terre est toujours présente, mais comme une patrie distante.

La scène d’ouverture d’Axis nous amène dans un paysage désertique où une petite communauté scientifique de Fourths– des humains modifiés grâce à une technologie martienne – est centrée autour d’un garçon de douze ans nommé Isaac qui a des pouvoirs très particuliers.

Sulean Moi, vieille Martienne Fourth exilée sur Terre, arrive dans la colonie pour rencontrer Isaac. Ses motivations sont à la fois éthiques et personnelles, humaines… Comme souvent chez R. C. Wilson, les personnages ne sont ni tous blancs ni tous noirs. Sulean, malgré son grand âge, cache des blessures d’enfance ravivées par l’existence d’Isaac.

Lise Adams habite Equatoria depuis des années et cherche son père, un scientifique disparu de la maison familiale dix ans plus tôt. Il s’intéressait à la nature des Hypothétiques et avait élaboré la théorie que la planète entière avait été transformée géologiquement pour pouvoir héberger l’espèce humaine et répondre à ses besoins (en énergie notamment). La jeune femme ne se doute pas que cette quête va la plonger au cœur de certains secrets d’état que certains ne veulent pas voir apparaître en plein jour, notamment le Conseil de Sécurité génomique dont fait partie son ex-conjoint, Gary. Elle engage Turk, un pilote d’avion et aventurier, pour l’accompagner, quand une pluie de matière biomécanique encore jamais vue sur la planète les bloque quelques jours à Port Magellan. De compagnon de route, il devient peu à peu son amant et la relation entre les deux personnages se renforce au fil du roman.

Lise a peu d’indices pour commencer sa quête. Elle n’a qu’une lettre écrite par un ancien collègue de son père, le docteur Dvali, et une photo où il figure en compagnie de plusieurs personnes dont une femme ridée d’origine martienne…

Robert Charles Wilson nous livre ici une suite aboutie, qui ouvre de nouvelles perspectives tout en approfondissant certaines questions, certaines dans les plus importantes: qui sont les Hypothétiques, ces ETs qui ont préservé l’humanité? Que veulent-ils?

Ils ont créé Equatoria, mais restent toujours inaccessibles et si résolument différents de l’homme que tout contact semble impossible. Un contact qu’espère pourtant l’équipe du docteur Dvali, qui s’est mise hors la loi pour arriver à ses fins à tout prix. Mais des entités qui manipulent des planètes, jouent avec les millions d’années, sont-elles capables de voir que l’homme est un être intelligent?

Robert Charles Wilson joue habilement de ses thèmes habituels: la confrontation des individus ou de petites communautés à un élément inconnu, étranger et inexplicable, et il en explore les possibilités avec le lecteur. Les personnages sont rapidement attachants, très humains, bien campés, et évoluent ou se découvrent dans leur complexité, leurs paradoxes, leur histoire personnelle, au gré des événements. Même si Turk ou le docteur Dvali frisent un peu les limites de la caricature parfois, Wilson nous a épargné le cliché total, heureusement!

Tous ces destins s’inscrivent dans une trame beaucoup plus large que dans ses autres romans, même les plus aboutis. Il reste de la matière pour le dernier volume à paraître. Le canevas science-fictif s’intègre parfaitement à une narration classique et structurée, basée sur les personnages.

Personne n’a de solution définitive, de réponse toute faite et le lecteur se surprend à échafauder ses propres théories sur les questions posées, d’autant plus facilement qu’il reste encore bien des choses en suspens à la fin du roman. La planète Equatoria, décor de l’action, est très présente. De relativement familière la plupart du temps, elle devient, dès l’évocation de la pluie de matière biotechnologique, un lieu profondément étranger dont la similitude avec la Terre n’est qu’apparence vite détrompée.

La forêt évoquée dans les derniers chapitres est profondément différente, et les personnages ne savent d’ailleurs plus comment réagir, ils oscillent entre la curiosité et la peur face au phénomène.

Axis agrandit les horizons dessinés par Spin et laisse le lecteur dans l’attente impatiente du prochain opus de cette fresque incroyablement vaste et structurée, qui a le mérite de rester accessible parce que les repères sont à taille humaine. J’ai découvert une thématique commune avec Le Vaisseau des voyageurs, vraiment beaucoup plus aboutie et dont j’attends les prolongements dans le prochain roman… mais je ne vous en dis pas plus, parce que c’est ma théorie!

Je conseille vivement ce roman à tous les amateurs de science-fiction humaniste, qui porte à réflexion, intéressés par le contact ET et ses implications à l’échelle mondiale. Mais aussi à ceux qui aiment s’impliquer dans la lecture, vibrer avec les personnages, partager leurs émotions et leurs vies. Roman d’aventure, d’ouverture, de réflexion… comme le dit si bien le père de Lise… «What we cannot remember, we must rediscover»…

C’est du bon, de l’excellent Wilson qui nous promet un final en apothéose avec Vortex. Courez acheter Axis si vous lisez en anglais – il est sorti en poche! – ou attendez patiemment sa traduction en français. La sortie est prévue pour octobre ou novembre 2009 chez Denoël dans la collection Lunes d’Encre (source: Gilles Goullet, traducteur). [NF]

 

Joëlle Wintrebert
La Chambre de sable

Paris, Glyphe, 2008, 182 p.

[couverture] Marie a onze ans. Elle habite dans le Midi de la France et se réveille, comme chaque matin, dans sa chambre de sable… où «la fenêtre s’ouvre là comme une porte sur ailleurs, comme si l’aube de cette plage était la réalité, et le spectacle changeant de la fenêtre une pure fiction…».

Cette jeune fille au bord de l’adolescence vit entre Sylvana, sa mère monoparentale trop préoccupée d’elle-même pour l’aimer correctement, et leur amie, Nana, une artiste peintre éprise de liberté dont elle fait son modèle. Son père est absent, vague souvenir tiré d’une photo déchirée.

C’est l’été des changements pour Marie qui va être confrontée au monde adulte de bien des façons, à commencer par le nouveau comportement de sa meilleure amie d’école, qui se maquille et commence à embrasser les garçons.

Vive et intelligente, Marie aime jouer avec les mots et même en inventer, au risque de se mettre sa mère à dos, car elle n’a pas la langue dans sa poche! Son imagination l’entraîne, solitaire, dans des visites du cimetière dont elle ne dit rien à personne. La vie de tous ces morts la fascine, au point qu’elle commence à inventer des destinées à ces portraits anciens posés sur les plaques de marbre.

Lors d’une de ces visites, elle repère un vieil homme qui pose des fleurs uniquement sur des tombes d’enfants. Intriguée, elle découvre en le suivant qu’il s’agit de son voisin d’en face, Justin Taillevent, un être timide, solitaire et effacé. Marie va apprendre que le monde des adultes peut être chaleureux, mais aussi dur, cruel, pétri de mensonges et de vengeances mesquines et que la sincérité n’est pas toujours le meilleur des remparts. Elle n’aura de cesse de percer le secret de Justin… au risque de bouleverser leurs vies.

Fidèle à ses thèmes de prédilection, l’auteure nous parle de femmes, de féminité, avec sensibilité et sans sensiblerie, de sensualité, mais aussi de confiance et d’amitié. Les adultes vus par Marie sont dépeints sans compromis et souvent englués dans leurs contradictions. Les gens, même les plus sympathiques, s’avèrent plus troubles qu’il n’y paraît de prime abord et le mal se trouve souvent aussi dans l’œil de ceux qui regardent.

Pour ce roman, écrit à la première personne dans un style concis, superbe et prenant, vivant, sensuel parfois, Joëlle Wintrebert nous propose un voyage à travers les mots, les émotions et l’imaginaire d’une demoiselle sans concessions dont le monde est blanc ou noir. Le ton est toujours très juste et c’est bien là une adolescente qui nous ouvre son univers, ce qui donne une grande force à ce texte. Marie renvoie le lecteur à sa propre traversée vers l’âge adulte et la fin de certaines illusions.

à dévorer lentement, ce roman qui navigue entre onirisme, quotidien et surnaturel se déguste comme un bon plat gorgé de saveurs douces-amères et laisse une trace rare au cœur. Merci, madame Wintrebert!

Nathalie FAURE

 

Robert W. Chambers
Le Roi en jaune

Noisy-le-Sec, Malpertuis (Absinthes, éthers, Opiums), 2007, 260 p.

[couverture] Robert W. Chambers (1865-1933) est de ces auteurs dont la faible notoriété au-delà des cercles spécialisés n’a rien à voir avec l’influence qu’ils ont pu avoir sur la littérature fantastique. Tout le monde n’a pas son August Derleth sans qui, et quels que soient ses défauts, H. P. Lovecraft serait resté un illustre inconnu plus ou moins mort de faim au temps des pulps

Le parallèle avec Lovecraft ne s’arrête pas là, car si Robert Chambers se voit réédité de temps à autre, il le doit justement au créateur de Cthulhu qui, dans son fameux essai épouvante et surnaturel en littérature, avait fait un éloge appuyé du Roi en jaune paru en 1895. C’est ainsi que Robert W. Chambers, auteur fort connu de son temps surtout pour des romans d’action sentimentaux, mais instantanément oublié après son décès, a gagné un peu d’immortalité avec ce petit chef-d’œuvre de fantastique décadent. L’édition plus que bienvenue de Malpertuis est la première intégrale en français de ce recueil dont une partie avait été publiée en 1976 chez Marabout sous le titre du Roi de jaune vêtu, et dont une autre des nouvelles («La Demoiselle d’Ys») l’avait été cette fois par mes soins en 1980 dans un numéro spécial de mon fanzine Crépuscule. Et outre le fait d’offrir enfin l’intégralité du volume original, l’édition de Malpertuis est enrichie de nombreuses notes, préfaces, appendices et photos.

Le recueil se décompose en deux parties, la première regroupant quatre longues nouvelles tournant autour d’un ouvrage malfaisant et intitulé «Le Roi en jaune», un «monstrueux livre interdit dont la lecture entraîne terreur, folie et tragédie spectrale [et qui] atteint vraiment des sommets remarquables de peur cosmique», pour reprendre les termes de Lovecraft. «Le Roi en jaune» est en effet une porte sur un autre univers d’où surgissent des noms devenus par la suite familiers comme ceux de la cité de Carcosa, d’Hastur ou encore des Hyades. Dans la longue lignée des livres maudits, «Le Roi en jaune» n’a vraiment rien à envier au Nécronomicon!

Le reste du recueil propose des nouvelles indépendantes, fantastiques où non, et l’ensemble reste très marqué par l’ambiance bohème que Chambers avait connue dans sa jeunesse et lors d’un long séjour à Paris. L’ambiance oppressante et décadente des textes liés au «Roi en jaune» fait de ceux-ci de grands moments du fantastique pré-lovecraftien. Le Roi en jaune est sans aucun doute le meilleur livre de Robert W. Chambers, même si d’autres comme In search of the Unknown, recueil d’histoires sur des créatures mystérieuses (dont l’une, «Le Chef de port», avait été incluse dans le Fiction Spécial 19, 1971), mériteraient une traduction en français.

Pour commander ce livre indispensable et vendu seulement 15 € (environ 23,00 $CAN) en dépit de son grand format et de sa présentation professionnelle, passez soit par les grandes librairies en ligne, soit par l’éditeur lui-même (www.ed-malpertuis.com). Une autre belle réussite en tous les cas de cette «petite édition» qui bénéficie des techniques les plus modernes de l’impression à la demande couplées aux facilités de l’Internet. Et bravo à Christophe Thill pour son travail imposant et irremplaçable à la fois de traduction et de recherche littéraire.

Richard D. NOLANE

 

Christophe Lambert
Le Commando des immortels

Paris, Fleuve Noir (Rendez-vous ailleurs), 2008, 260 p.

[couverture] Christophe Lambert a déjà publié deux romans dans la même collection, et il propose ici un curieux roman qui mêle l’uchronie et la fantasy.

Pour contrer les armées japonaises qui envahissaient la Birmanie lors du dernier conflit mondial, l’armée alliée fait appel à un commando qui, comme dans Le Pont de la rivière Kwai, doit saboter une ligne de chemin de fer. Mais pour cela ils ont besoin d’instructeurs en guérilla, et donc ils vont faire appel à des spécialistes de la lutte silencieuse en forêt, à savoir des Elfes. Mais ceux-ci n’acceptent qu’à la condition que Tolkien fasse partie du groupe. Et donc l’armée convainc J. R. R. Tolkien de venir en Birmanie rencontrer les Elfes dont il parle la langue.

Nous est alors proposé un portrait imaginaire de Tolkien, qui est âgé, a du mal à suivre et répugne à se battre mais y est obligé. Il écrit de longues lettres à sa femme, et pour cela Lambert s’est inspiré de sources connues dont il donne les références en annexe.

Cette rencontre imprévue entre un auteur inventant un monde – la Comté – et une époque antérieure ou presque à l’humanité, avec la guerre dans les forêts birmanes en 1942 en compagnie d’Elfes, offre une hybridation curieuse qui vaut le détour.

Roger BOZZETTO

 

Jim Butcher
Les Dossiers Dresden T.3: L’Aube des spectres

Paris, Bragelonne, 2007, 410 p.

[couverture] Pour la troisième fois, Jim Butcher nous plonge dans les enquêtes d’Harry Dresden, seul vrai magicien de l’annuaire de Chicago, expert en enquêtes policières où le crime se conjugue au surnaturel. Cette fois-ci, Dresden doit élucider une étrange épidémie d’attaques de fantômes – très vilains, les fantômes, ceux de Poltergeist sont plutôt gentils. Flanqué d’un chrétien fanatique qui se prend pour un chevalier, Dresden tente de découvrir quelle entité puissante et mystérieuse pousse les spectres à attaquer les vivants. Quel est le lien entre cette entité et la jeune femme qui, quelques jours plus tôt, est venue demander de l’aide à Dresden sous prétexte qu’elle sentait sa mort approcher? Est-ce une vengeance orchestrée par la reine locale des vampires, Bianca, qui vient d’inviter Dresden à son anniversaire? Ou y a-t-il un rapport avec l’arrestation, quelques mois auparavant, de Leonid Kravos, ce sorcier débauché? Un puzzle compliqué dont Dresden ne vient pas à bout sans difficulté.

Et le lecteur non plus, le détective-magicien se livrant à des déductions dont la logique m’a parfois échappé. Malgré cela, ce troisième opus des aventures d’Harry Dresden a comblé mes attentes de lecteur-débordé-avide-de-distraction : on dévore le livre, on se demande ce qui va arriver. Dans mes commentaires précédents sur la série, j’avais pointé quelques faiblesses liées au style choisi par Butcher. En effet, j’avais l’impression que celui-ci écrivait ses romans de la même manière qu’il écrirait un scénario pour une série télévisée. Si faire de l’humour alors que de vilains monstres vous courent après passe bien à l’écran, cela peut constituer un travers agaçant dans un roman. Bien entendu, il est illusoire de penser qu’en milieu de série Butcher change de style, et ce qui m’avait agacé dans les deux premiers tomes se retrouve aussi dans le troisième: les jurons grotesques de Dresden, les dialogues déplacés dans les scènes d’action, etc. Je dois avouer toutefois que Butcher s’est amélioré quant à sa prose. Les personnages, hauts en couleur, soulèvent l’intérêt et on aime passer du bon temps avec eux.

Si l’on s’attarde sur les idées derrière les intrigues des Dossiers Dresden – juste les idées de base en oubliant tout le reste, y compris le personnage de Dresden lui-même – on se retrouve toujours, il me semble, devant une amorce d’histoire originale. En dehors de l’univers de Dresden et avec des choix d’écriture différents, Butcher donnerait d’excellents romans d’épouvante. S’il essaie, je serai parmi les premiers à me précipiter à la librairie. [PAC]

 

Anthelme Hauchecorne
La Tour des illusions

Sartrouville, Atelier de Presse (L’Atelier du futur), 2008, 297 p.

[couverture] Plutôt délicat, de commenter le premier roman d’un débutant. Certes, je ne suis pas un expert absolu en la matière. Toutefois, après avoir parcouru quelques textes, écouté des discussions sur ce sujet au congrès Boréal et appris par cœur l’essai d’Yves Meynard, Comment ne pas écrire des histoires, je sais que les textes des débutants présentent souvent des faiblesses caractéristiques qui disparaissent avec l’expérience. Pointer ces faiblesses est nécessaire dans une critique, mais cela me semble aussi un impératif d’encourager l’auteur débutant à persévérer. Telles sont les considérations qui guideront mes commentaires sur La Tour des illusions, premier roman d’Anthelme Hauchecorne, un jeune auteur français. Soyons francs: La Tour des illusions me pousse à croire que nous avons là un auteur à surveiller. Cependant, son roman souffre des faiblesses typiques d’un auteur débutant, faiblesses qui touchent tant l’intrigue que les idées et les personnages – la lecture de ce roman m’a constamment remis en mémoire l’essai d’Yves Meynard, d’où viennent ces notions.

Le synopsis de La Tour des illusions intrigue. On assiste à l’histoire de Myriam, une jeune mère qui, fuyant un milieu violent avec son bébé, trouve refuge dans un squat de sans-abri dirigé débonnairement par le vieux Hughes. Malgré celui-ci, ainsi que la protection de Justin, un clochard qui était autrefois un scientifique célèbre, le monde des sans-abri reste pour la jeune femme une jungle dangereuse. Il faut résister en effet au gang du Diablotin, un vaurien de la pire espèce. Mais aussi à un scientifique fou, dont les expériences sinistres nécessitent des cerveaux vivants prélevés à même la communauté des sans-abri…

Cette intrigue de prime abord alléchante a vite perdu de l’intérêt pour moi : après une quarantaine de pages, j’ai anticipé tout le reste du roman. Si certains internautes l’ont trouvé très original, ceux qui ont vu les films SF des années 1950 – surtout Donovan’s Brain (1953) – se retrouveront en terrain connu. Aucun protagoniste n’a soulevé ma sympathie: la narration passe d’un personnage à l’autre sans les creuser suffisamment; j’ai perdu de vue qui est le héros ou l’héroïne et je ne me suis attaché à personne. De plus, le gang du Diablotin est trop caricatural: dès leur première apparition, ces vauriens font trop songer aux frères Dalton pour que je les prenne au sérieux – il y a manifestement là une inside joke qui tombe à plat. Hauchecorne excelle dans les descriptions, il présente, je crois, une capacité de loin supérieure à la prose des débutants dont j’ai lu les textes. Je l’ai même trouvé meilleur que des auteurs chevronnés comme Bernard Werber. Seulement, ses métaphores, perçues par certains comme de l’humour noir, me semblent souvent mal employées. Lors d’une scène, le maire de la ville où se passe l’action rougit et le narrateur le compare à un phallus géant. Je n’ai trouvé cela ni sérieux, ni drôle, ni efficace. Juste malhabile.

Ce bilan peut sembler négatif. Néanmoins, je n’y vois pas la conséquence d’un manque de talent. J’y vois plutôt un jeune auteur qui présente beaucoup de potentiel – sa prose est agréable à lire; les personnages et les lieux sont bien décrits. Mais il souffre encore d’une certaine inexpérience et n’effectue pas les choix les plus judicieux pour construire et présenter une histoire. Heureusement, ces défauts disparaissent avec le temps et il me tarde de voir ce qu’Anthelme Hauchecorne nous offrira la prochaine fois.

Philippe-Aubert CÔTé

 

Graham Joyce
Requiem

Paris, Bragelonne, 2008, 310 p.

[couverture] Graham Joyce est en passe de faire partie de ma liste d’auteurs dont je lis automatiquement toutes les nouveautés (ou plutôt toutes les traductions). Après avoir lu Lignes de vie (Solaris 162), Les Limites de l’enchantement et En attendant l’orage (Solaris 165), je me suis donc empressée de dévorer Requiem (qui a obtenu en 1996 le British Fantasy Award du meilleur roman), bien que le thème m’intéressait moins cette fois-ci.

Tom Webster est un veuf qui ne se remet pas de la mort de sa femme. Perturbé, épuisé et cherchant à fuir on ne sait quoi, il part pour Jérusalem que lui et sa défunte femme avaient toujours voulu visiter. Là, il décide d’aller frapper à la porte d’une vieille amie, Sharon, qui travaille comme conseillère dans un centre pour femmes en difficulté. Mais Sharon n’est pas chez elle, et Tom se ramasse dans un hôtel du quartier ultraorthodoxe de Jérusalem. Il y rencontre un vieil homme juif étrange et paranoïaque, David, qui y vit en permanence, et lui confie qu’il a en sa possession des fragments des manuscrits de la mer Morte, qui pourraient bien révolutionner la religion, et par conséquent la face du monde. David veut que Tom fasse sortir les documents du pays pour les confier à des universitaires

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