Lectures 136

Exclusif au supplément Web de Solaris 136, hiver 2001

Julie Czerneda
Changing Vision

New York, DAW, 2000, 483 p.

L’auteure canadienne Julie Czerneda se lance dans les suites : dans ce roman, le lecteur retrouvera la métamorphe Esen-alit- Quar et plusieurs autres personnages qui avaient déjà eu la vedette dans Beholder’s Eye. (Les amateurs de Czerneda peuvent également se procurer Ties of Power, la suite du roman A Thousand Words for Stranger.) Ceux et celles qui apprécient la veine du space-opéra classique et romanesque science-fictif devraient goûter les aventures que Czerneda réserve à ses personnages.

De fait, les péripéties ne manquent pas dans Changing Vision. Cinquante années se sont écoulées depuis les aventures qui avaient fait d’Esen une jeune orpheline. Relativement jeune, car les métamorphes mûrissent si lentement qu’Esen compte plusieurs siècles de vie… Mais absolument orpheline, car tous les siens sont morts et elle est la seule survivante de son espèce.

Esen vit cachée, en compagnie d’un ami humain, Paul Ragem. Mais un simple voyage d’agrément va se transformer en équipée. Son identité d’emprunt sera menacée ; Paul Ragem sera reconnu, capturé et torturé ; et elle s’efforcera d’arrêter une guerre entre les hédonistes de D’Dsel et les pirates de Feneden.

Il y a des rebondissements qui manquent de vraisemblance, comme lorsqu’Esen joue le rôle d’une revenante à bord d’un croiseur pirate et terrifie trop systématiquement les gens qu’elle rencontre. Néanmoins, Czerneda livre un dénouement qui résout avec élégance les problèmes les plus grave rencontrés par la jeune métamorphe, mais l’auteure a accumulé un si grand nombre d’éléments que le roman déborde. Certains incidents paraissent franchement superflus, mais ils préparent sans doute de futures suites.

Le résultat se laisse lire avec plaisir, mais sans passion. La série devrait plaire aux amateurs d’histoires touffues, riches en épisodes variés et en planètes exotiques. Surtout que Czerneda apporte un soin particulier à la description des caractéristiques biologiques de chaque espèce. Bref, il s’agit d’un roman de science- fiction honnête et divertissant, destiné aux lecteurs qui ne boudent pas leur plaisir.

Jean-Louis TRUDEL

 

[Couverture]

Orson Scott Card
Les Enfants de l’esprit
(Le Cycle d’Ender – Tome 4)

Paris, J’ai lu (Millénaires), 2000, 374 p.

Voilà le genre de roman qui devrait clouer le bec à ceux qui ne croient pas que la science- fiction a ce qu’il faut pour susciter des oeuvres qui sont les égales des romans psychologiques du XIXe siècle, considérés à juste titre comme le nec plus ultra de la littérature. Ici, on peut réellement parler de roman psychologique de science-fiction. évidemment, il est difficile de comparer les deux genres car des auteurs comme Balzac ou Zola n’ont jamais eu à traiter de sujets tels que le transfert de personnalité ou le voyage spatial instantané. Il demeure tout de même que la psychologie et l’intrigue politique priment sur l’action. Pour ma part, j’aurais préféré plus de mouvement mais cela ne m’a pas empêché pour autant d’apprécier Les Enfants de l’esprit. Card tisse un réseau complexe de relations entre ses personnages dont les réactions ne sont pas toujours conformes à ce à quoi on s’attend traditionnellement de héros de science-fiction, ce qui crée des surprises. Leur quête qui consiste à sauver la planète Lusitania – condamnée parce que s’y trouve un virus dangereux vaincu dans le précédent roman, Xénocide -, est une sorte d’itinéraire philosophique. Card nous propose que les agissements des gens sont menés par la façon de penser qu’ils choisissent et non par des circonstances extérieures. La philosophie choisie peut avoir des conséquences néfastes même si ce n’était pas le but visé, ainsi que le démontre la condamnation de Lusitania en raison de la philosophie Yamato qui est pourtant pacifique mais son application stricte peut mener à des aberrations. Bref, c’est un roman qui malgré des longueurs, est assez admirable par son refus de la facilité et du simplisme. Cela me donne en tout cas le goût de lire les autres livres de la série. [DJ]

 

[Couverture]

Denis Duclos
Longwor, l’Archipel-Monde
(Le Cycle de l’Ancien Futur – Tome 1)

Paris, Rivages (Fantasy), 1999, 365 p.

Juin 1931. Voyageant sur la côte guyanaise, Pierre Boucquard veut savoir ce qui est arrivé à Augustin Coriac, un ami de son grand- père qui a disparu cinquante ans plus tôt. Il l’apprendra de l’indigène Bhogoral qui lui narrera les aventures survenues à trois personnes de sa tribu qui avaient accompagné Coriac pendant une partie de son périple dans l’archipel de Longwor. Denis Duclos entraîne alors son lecteur dans une odyssée dont la saveur est celle d’une époque où la carte du monde n’était pas complète. Il réussit presque à nous faire croire qu’il existe au large de la Guyane un archipel inconnu et inaccessible qui se compose de sept îles ayant des caractéristiques très différentes. C’est un roman qui surprend par son invention et sa finesse. Le texte au rabat de la couverture nous apprend que Duclos est un admirateur de Jack Vance et cela se sent. Il a certainement écrit Longwor dans l’esprit de l’auteur américain avec un sens sûr de l’absurde et de l’aventure picaresque. La seule chose que l’on pourrait lui reprocher est d’avoir l’action un peu lente parfois. Les dialogues, eux, sont savoureux. Malheureusement, il ne s’agit que du tome 1, alors, plutôt que d’aller vers la fin, on reste un peu sur la nôtre, de faim. Quant à moi, je suis suffisamment accroché pour avoir envie de connaître la suite.

Daniel JETTé

Mise à jour: Février 2001 –

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