Solaris sur les ondes de Radio Canada !

Pour ses 40 ans, Solaris a eu la chance de se voir offrir une entrevue à la radio ET à la télévision de Radio Canada ce vendredi 19 décembre… Nous en sommes très heureux !

Vous pouvez aller écouter et visionner les reportages sur Internet !

La version radio

Vous pouvez retrouver ici l’entrevue donnée à Anne-Josée Cameron hier vendredi ! C’est à l’émission Radio Canada cet après-midi, dans la section Arts et Spectacles à 16h19 exactement.

La version télé

Pour la version diffusée au Téléjournal de Québec, c’est par  : allez à environ 37 min !

Merci à Anne-Josée Cameron

de nous avoir donné une aussi belle visibilité !

Des critiques ! Des critiques ! – Yellowstone, de Ludovic Albar

Ludovic Albar
Yellowstone

Saint-Laurent-d’Oingt, Mnémos (Thriller), 2014, 362 p.

Albar_YellowstonePlus qu’un immense parc naturel protégé et la grande attraction touristique du Wyoming, Yellowstone est la caldeira d’un volcan d’une trentaine de kilomètres de diamètre, assoupi mais non éteint. Siège d’une grande activité il y a des millénaires, il peut se réveiller à tout moment, couvrir de cendres tous les États-Unis et y mettre fin en tant que nation organisée et impérialiste. Ainsi se conclut ce roman où, de surcroît, la côte ouest vacille sous les séismes et les éruptions pendant que la partie est croule sous les réfugiés. Et les retombées traversent l’Atlantique pour ravager l’Europe, interceptant la lumière solaire, promettant au moins un hiver de plusieurs années pour la Terre entière, interrompant provisoirement le réchauffement climatique mais assénant le coup de grâce à une situation écologique, économique et sociale terriblement dégradée. Car, l’avoue un des personnages, la planète est condamnée à long terme. Malgré les soubresauts et les pénuries d’une économie défaillante, se construit une base énorme lunaire, tremplin pour une émigration vers Mars, du moins pour les riches, les politiciens et les personnels dont ils ont l’usage.

En attendant la mise à feu de ce fatal détonateur, la Terre de 2052 peine depuis une décennie à s’organiser en un embryon de gouvernement mondial sous lequel les grandes puissances restantes continuent à empiéter sur leurs attributions, à rivaliser pour tirer les derniers avantages de la situation et se placer le mieux possible pour l’émigration. Les États-Unis sont sous la coupe des fondamentalistes religieux et se sont isolés du sud défaillant. L’Union Panasiatique est dominée par la Chine. Le conflit israélo-iranien se poursuit après l’atomisation d’une partie du Proche-Orient. L’Europe divisée assure à peine ses besoins alimentaires et croule sous les réfugiés climatiques des péninsules ibérique et italienne, des Balkans et du sud. Dans son ensemble se sont instaurées les Zones, des ghettos ethniques, religieux, raciaux et politiques autonomes de fait. En France, un parti fasciste leur réserve un sort analogue aux Roms, récemment victimes d’un pogrom continental. L’Afrique retourne à la barbarie. L’auteur évoque bien une Amérique du Sud fédérée mais est plutôt évasif sur l’état de la Russie. Sa fresque d’un globe en pleine déglingue est un peu incomplète.

Ce type de littérature, surtout français, gagne le reste de l’Europe. Il exprime le pessimisme et la déception devant l’impuissance d’un Euroland bancal, relais d’une mondialisation opposée aux aspirations de ses peuples, et le resserrement autour de lui d’un nœud coulant de pays en guerre, prédateurs ou instables. Parvenue au stade final, cette désolation défile sous les yeux de Vlad, mi-policier mi-agent secret, envoyé à son retour de la Lune à Paris infiltrer les organisations clandestines qui gangrènent le pays. Il appartient à un corps d’élite et sa chair est bourrée d’implants biologiques et électroniques, dont une bille qui enregistre ses pensées et ses actes et a déjà permis d’injecter sa personnalité dans un de ses clones, puis dans plusieurs, un aspect de la moralité de cette société. Inquiétant mais victime rachetée, il trouvera pourtant l’amour et deux billets pour Mars. Écrit à la première personne dans un style entre San Antonio pour le vocabulaire et Maurice Dantec pour l’ambiance, les longueurs et les dérapages grammaticaux, ce thriller assumé comme tel devient un peu lassant. Quoique lisible, il décevra ceux qui ont aimé sa série Quantex et sa vision globale du Système Solaire.

Jean-Pierre LAIGLE

Des critiques ! Des critiques ! – Les Fantasmes de Svetambre, de Lucie Chenu

Lucie Chenu
Les Fantasmes de Svetambre

Encino (Californie), Black Coat Press/Rivière Blanche, 2014, 228 p.

Chenu_FantasmesLucie Chenu est une auteure qui refuse de cloisonner les genres, et ce depuis plusieurs années, que ce soit comme anthologiste ou dans ses propres textes.

Après Les Enfants de Svetambre, recueil paru en 2010, voici Les Fantasmes de Svetambre. Des contes et des histoires, qui révèlent des rêves, des cauchemars, des tranches de vie et oui… des fantasmes plus osés, sensuels. Les genres et les atmosphères se côtoient au fil des pages. Certains textes ont été écrits pour des anthologies thématiques et la plupart ont déjà été publiés dans des revues pas toujours accessibles au Québec.

Résumer un recueil est, au mieux, une gageure. Treize nouvelles, toutes différentes et toutes portées par une même voix, un style qui s’adapte au genre du texte (sf, fantasy, polar, parfois mélangés) tout en révélant un ton très personnel. Le fil rouge ? Le rapport à l’humain en général et aux individus en particulier. La colère qui pointe parfois face à l’injustice, la guerre, l’usage de la force envers les plus faibles (« Lune de mon cœur », « Mission humanitaire », « Niche, cabane, ya ! »). Le mythe joue avec la réalité, pour parfois réveiller des peurs parentales (« Les Disparus de Saint-Bosc »), flirter avec les contes de cape et d’épée de notre enfance en leur donnant une tournure nouvelle (« Ayehannah ») ou encore se retrouver dans la jungle urbaine de New York (« La Cité des rebelles ») après un petit voyage par l’Amérique du Sud. Premier texte dans cette veine et coup de cœur (« La Sorcière de la montagne noire »), où solitude et perte voisinent avec la magie d’un lien avec une bête dont on dit qu’elle a neuf vies…

Lucie fait voyager son lecteur à l’intérieur de lui-même aussi : le rêve devenu réalité tangible et pourtant si virtuelle qu’elle peut tourner au cauchemar sous des airs de Rock (« My Generation ») donne dans la SF pure et montre l’humain égal à lui-même dans ses peurs et ses fantasmes. « Le Bol d’argent », entre fantasy et psychologie, sonde les frontières entre ce monde et celui du rêve intime dont le quotidien perd la saveur au réveil. Alors que « (R)EVE » pose la question du double : qui succomberait à la tentation d’un autre soi et qu’en ferait-il ?

Musique en filigrane de bien des nouvelles et le point de départ exclusif de la très maniérée « Deliciæ Meæ ». Et enfin, mais pas des moindres, le ton plus comique et typiquement hard boiled du polar de « La Brigade des Enquêtranges » met une pointe de légèreté bienvenue dans un recueil globalement excellent et très chargé en émotions diverses…

Recueil qui se termine sur le très beau et poignant « Partir »… Avec un soupir. C’est fini, il n’y en a plus.

Dis, Lucie, tu as encore d’autres histoires ?

Nathalie FAURE