Les Imaginales d’épinal, Cuvée 2008

Imaginales
Dans l’ordre habituel, Élisabeth Vonarburg, Lucie Chenu, Lionel Davoust, Nathalie Dau, Stéphanie Nicot, Robin Hobb et Sylvie Miller. (Photo: Annaïg Houesnard)

par Élisabeth VONARBURG

Exclusif au Volet en ligne (Adobe Acrobat, 1 435Ko) de Solaris 168, Automne 2008

 

Du 23 au 26 mai, j’étais l’invitée de la Ville d’épinal, principal maître d’œuvre et soutien de ce festival très couru, avec Stéphanie Nicot qui animait de nombreuses tables rondes avec son brio habituel. Je prends d’habitude beaucoup de photos, mais cette année, le jetlag (en français) me minant, je n’ai pas assez fait mes devoirs. Les photos accompagnant cet article sont donc en grande partie de Thierry Duchêne, du site Des mots, des livres (www.desmots-deslivres.com), et d’Annaïg Houesnard, une jeune journaliste de l’excellent site Elbakin (www.elbakin.net/).

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Le Magic Mirror est le chapiteau très kitsch où avaient lieu les cafés littéraires (Photo: é. Vonarburg)

Pour se différencier de plusieurs centaines de salons du livre, les Imaginales, Festival des mondes imaginaires, a été conçu d’emblée comme l’un des rares salons thématiques consacrés à une littérature aujourd’hui dominante dans les pays anglo-saxons, de plus en plus appréciée en France et déjà majoritaire chez les jeunes lecteurs: le «récit d’imaginaire» (dit-on dans la présentation officielle du festival). On y retrouve donc, et de manière œcuménique, fantastique, science-fiction, réalisme magique, contes et légendes… Finies, apparemment, les anciennes querelles françaises SF/fantasy-fantastique, mais le cœur du festival est formé par deux branches majeures de la littérature d’aujourd’hui: la fantasy (prononcé à la française, bien sûr) et le roman historique – essentiellement sous sa forme uchronique. J’avoue avoir été sidérée par la quantité d’œuvres de ce type qui s’écrit en ce moment en France. Est-ce encore pour les auteurs un moyen d’écrire de la science-fiction? Peut-être, car, ici comme au Québec, celle-ci semble relativement en perte de vitesse: la fantasy dominait ces Imaginales, comme l’indiquait bien le nombre des tables rondes consacrées à ce genre. Et d’ailleurs, trois des invités principaux étaient le Canadien Sean Russell, l’états-unienne Robin Hobb (alias Meghan Lindholm), et l’états-unien Tad Williams (lequel des trois comprenait assez le français et le parlait un peu? L’états-unien, bien entendu…). Il y a en Europe, et en France en particulier, un engouement pour le médiéval qu’on imagine peu ici – le Moyen-Âge, pour le Québec est une époque totalement fantasmée, la colonisation ayant réellement commencé au XVIe siècle. Mais en France… L’investissement des auteurs et des lecteurs dans la fantasy plus traditionnelle est donc ici d’une nature quelque peu différente.

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Adrianna Lorusso (de profil) Jacques Baudou, Vincent Gessler, Sylvie Laîné. En arrière-plan, la rive de la Moselle.  (Photos: é. Vonarburg)

Comparée à la foire monstre des Utopiales de Nantes, les Imaginales sont de dimensions plus modestes – cinq à six mille personnes au lieu de trente mille –, mais beaucoup plus relax et conviviales; d’ailleurs l’entrée y est gratuite, un choix soutenu par la municipalité et qui permet de toucher un public de non-spécialistes, ainsi que les écoles, très présentes en début de festival. Le cadre s’y prête aussi particulièrement bien: les activités se déroulent dans un grand parc aux splendides arbres au moins bicentenaires, au bord de la Moselle, sous plusieurs chapiteaux et dans la grande salle du centre d’exposition. Le temps était un peu maussade, mais cela n’a pas empêché les discussions sur l’herbe! Et comme le bar est, très délibérément, situé dans le prolongement de la Bulle du Livre où ont lieu ventes et dédicaces, les contacts entre public et créateurs se font tout naturellement. On est, après tout, en France, et comme on n’y fume plus dans les lieux publics (non, vraiment, plus du tout), c’est redevenu un plaisir pour les non-fumeurs…

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En haut, Claude Ecken, Michel Pagel, Francis Berthelot et en bas, perdu parmi les livres, Henri Lœwenbruck.  (Photos: Thierry Duchêne et é. Vonarburg)

Beaucoup de nouveaux auteurs, beaucoup de jeunes auteurs: la relève semble assurée en France, du moins en ce qui a trait à la fantasy. Les prix Imaginales (couronnant uniquement des œuvres de fantasy) ne comptent pas moins de six catégories et si Thomas Day et Fabrice Colin, gagnants respectivement pour le roman et le roman pour jeunes, ne sont plus tout récents, Nathalie Dau (catégorie nouvelles) l’est encore… Tout comme Catherine Dufour, qui était venue nous visiter au dernier Boréal. Cela n’empêche pas la vieille garde d’être au rendez-vous, que ce soit Jacques Mondoloni, Pierre Pelot (c’est sa région), Francis Berthelot… ou moi-même! Et la garde de milieu aussi, bien entendu: les Jean-Claude Dunyach, Sylvie Lainé, Sylvie Miller (traductrice émérite sur place, avec Lionel Davoust), Mélanie Fazi, Michel Pagel, Jean-Claude Ligny, Bernard Werber (très couru)… Peu importent les âges, on se retrouvait dans une atmosphère bon enfant, que même les éternelles querelles intestines bien françaises ne semblaient pas trop ternir (je ne surveille pas le résultat des courses et ignore donc où l’on en est de ces affrontements). On a en tout cas célébré avec conviction la renaissance de Galaxies, désormais entre les mains de Pierre Gévart, et qui recommence en nouvelle série au numéro 1 (avis aux collectionneurs). Et l’on a pu admirer des sculptures bizarroïdes et de forts beaux tableaux et illustrations, sans parler de la fresque conçue et réalisée pendant tout le festival par Yoz, B, Pascal Yung, Charline, et Krystal Camprubi, et qui sera installée dans un lycée d’épinal.

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Don Lorenjy, Bernard Werber, Jacques Mondoloni et Élisabeth Vonarburg (Photos: Thierry Duchêne)

Un festival dynamique et des plus sympathiques, donc, où je conseillerais vivement aux amateurs de voyages en Europe d’aller faire un tour.

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Catherine Dufour, que l’on a vue à Boréal en 2008. En médaillon, Tad Williams.  (Photos: é. Vonarburg)

Élisabeth VONARBURG

 

PhotoD’origine française, mais résidente de Saguenay (anciennement Chicoutimi) depuis 1973, Élisabeth Vonarburg est reconnue dans toute la francophonie pour la qualité de ses nouvelles et de ses romans de science-fiction, notamment la monumentale série Tyranaël publiée chez Alire. Elle pratique avec autant d’assurance la traduction et la critique, a oeuvré à Radio-Canada et à La Presse, en restant encore et toujours fidèle à Solaris. Son dernier livre publié, tout aussi monumental puisque découpé en cinq volumes, s’intitule Reine de Mémoire (Alire), un roman de fantasy historique à nul autre pareil.

 

Mise à jour: Septembre 2008 –

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