Vive la SF libre!

Où trouver des textes de SF gratuits sur le Net

Mario Tessier

Les Carnets du futurible Image de présentation
Illustrations: Suzanne Morel / Les Graphoïdes

Réimpression internet d’un article paru dans Solaris 159, été 2006. également disponible en format Adobe Acrobat (304Ko).

Outre les livres et les revues que vous découvrez sur les rayons des bibliothèques et des librairies, vous pouvez consulter gratuitement une multitude de textes de science-fiction sur Internet. Plusieurs facteurs expliquent cette offre attrayante: un nombre grandissant d’œuvres entrent dans le domaine public, des écrivains désintéressés permettent aux lecteurs internautes de relire leurs histoires, des magazines en ligne choisissent de mettre à votre disposition les textes des auteurs vedettes de demain. Les quelques sites qui vous sont suggérés ici vous permettront peut-être de combler quelques lacunes dans vos lectures SF ou de découvrir des auteurs oubliés ou en devenir.

 

Les Grands Anciens

Association des Bibliophiles Universels (ABU): Ce site, une des rares bibliothèques virtuelles en français, contient 288 textes de 101 auteurs. Malheureusement, le site n’a pas été mis à jour depuis longtemps et ne contient pas beaucoup d’œuvres intéressantes, à part Verne et quelques textes fantastiques.

Blackmask Online: Ce superbe site contient plus de 18 000 œuvres, la plupart gratuites, libres de tous droits de reproduction. Les romans, nouvelles, et anthologies, sont disponibles sous divers formats électroniques: MS-Reader, Acrobat Reader, Rocket eBook, iSilo, Mobipocket, ainsi que sous forme de fichier texte compressé. Des critiques, offertes par les lecteurs, viennent éclairer la qualité des œuvres. Les textes sont regroupés par genres et par périodes; par exemple, le site possède 350 textes de science-fiction et 975 textes de pulps. On y trouve des auteurs ayant marqué le genre tels Abraham Merritt (9 textes), Stanley G. Weinbaum (12 textes), Robert E. Howard (17 textes), Henry Kuttner (The Valley of the Flame, The Dark World), E. R. Eddison (The Worm Ouroboros), Raymond F. Jones (This Island Earth, Renaissance), Edmond Hamilton (The Star Kings, The City at World’s End), Lord Dunsany (The Sword of Welleran and Other Stories), George Allan England (Darkness and Dawn), etc. Mais on y retrouve également des auteurs dont les textes sont maintenant introuvables comme Hugo Gernsback (Ultimate World), E. M. Forster (The Machine Stops), Homer E. Flint (The Devolutionist, The Emancipatrix), Karel Capek (R.U.R.), etc. On peut même y lire des ouvrages récents, que les auteurs ont eu la générosité de laisser libres de droits de reproduction, par exemple Halo (1991) de Tom Maddox.

Illustration: GallicaGallica: La bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France propose l’accès à 70 000 ouvrages en ligne. Cet ensemble constitue l’une des plus importantes bibliothèques numériques accessibles gratuitement sur Internet. On se doute bien que la science-fiction, ou la littérature d’anticipation, n’est pas nécessairement mise en évidence mais on y trouve tout de même des auteurs connus, ou moins connus, comme Camille Flammarion (Uranie, Lumen, La Fin du monde), Albert Robida (La Vie électrique, Un Chalet dans les airs), Georges Le Faure (Les Aventures extraordinaires d’un savant russe), Gaston Leroux (La Poupée sanglante), Jules Verne, etc. Il n’y a pas d’ouvrages contemporains, les plus récents remontent au début du xxe siècle. Les ouvrages sont numérisés en format pdf et tiff, sous mode image, ce qui engendre de très gros fichiers à télécharger. Il n’en reste pas moins que Gallica demeure le premier site francophone pour les textes électroniques gratuits.

Illustration: GaslightGaslight: Les bénévoles du Mount Royal College, à Calgary, ont numérisé des histoires provenant de plusieurs genres (aventure, policier, fantastique), écrites entre 1800 et 1919. Le site comprend des textes d’auteurs comme L. Frank Baum, Ambrose Bierce, Richard Burton (Vikram the Vampire), Arthur Conan Doyle, H. Rider Haggard, William Hope Hodgson, Jack London, H. p. Lovecraft, Arthur Machen, Bram Stoker et H. G. Wells (The Chronic Argonaut, 1888, la première version de La Machine à explorer le temps).

Projet Gutenberg: Le projet Gutenberg a pour but de mettre en libre téléchargement, sous forme de textes électroniques, des œuvres tombées dans le domaine public. Le projet, initié par Michael Hart à l’Université de l’Illinois, fête cette année son 35e anniversaire. Par la suite, le projet a été hébergé par plusieurs universités, jusqu’en 2000, date à laquelle le projet Gutenberg a été officiellement enregistré sous la forme d’une organisation sans but lucratif. Le catalogue compte à ce jour environ 20 000 ouvrages électroniques gratuits. On y trouve des auteurs classiques tels que Mary Shelley, Edgar Allan Poe, George Orwell, Edgar Rice Burroughs, Abraham Merritt, etc. Les œuvres de quelques écrivains français comme Albert Robida (La Fin des livres) et Jules Verne sont disponibles ainsi que des textes traduits en français d’auteurs comme Arthur Conan Doyle (La Grande Ombre).

 

Nostalgiana

Illustration: Capitaine FlamCapitaine Flam: Site très complet, et en français, sur le Capitaine Flam, alias Captain Future, un héros de pulps d’Edmond Hamilton. On peut y lire des textes originaux ainsi que des traductions.

Coming Attractions: Actualités (!) concernant les pulps. Consultez la liste de liens qui vous indiqueront des sources d’ouvrages électroniques.

Illustration: thepulp.netGuide to the online world of pulp magazines: Excellent site qui touche à tout ce qui a trait aux pulps. Vous y trouverez notamment une longue liste de liens vers des sites offrant des textes électroniques gratuits.

The Nostalgia League: Ce site plonge dans le passé des littératures de genre telles que la fantasy, la science-fiction, l’horreur et les histoires d’aventures. La section «bibliothèque» comprend des classiques tels que Farewell to the Master par Harry Bates (tourné au cinéma sous le titre The Day the Earth Stood Still en 1951), A Princess of Mars par Edgar Rice Burroughs, ou des textes plus représentatifs d’un autre âge comme The Monster-God of Mamurth d’Edmond Hamilton, Gulliver of Mars d’Edwin L. Arnold, The Insidious Dr. Fu Manchu de Sax Rohmer, etc. On peut également visionner des galeries de couvertures de romans et de collections qui ont marqué la SF.

Online Pulps: Vous découvrirez sur ce site des histoires parues dans Amazing Stories, Captain Future, Cosmic Stories, Fantastic Adventures, Future Fiction, Future Science Fiction, Planet Stories, Science and Invention, Science Fiction, Science Wonder Stories, Thrilling Wonder Stories, Unknown, par des auteurs peut-être injustement oubliés, comme Otis Adelbert Kline, Robert W. Lowndes, Philip Latham, G. Peyton Wertenbaker, Fletcher Pratt, Raymond Z. Gallun, Arthur K. Barnes, etc.

Printed Poison: Webzine inspiré des pulps à l’ancienne. Diffuse sous format pdf en imitant le graphisme et les tropes de cette littérature de genre. Cinq numéros publiés à ce jour. Des fichiers audio en format mp3 sont également disponibles.

 

Les classiques

Free Speculative Fiction Online : Si vous ne consultez qu’un seul site dans cette liste, celui-ci vous sera le plus utile. En effet, il répertorie les histoires dont la consultation est gratuite sur le Net et offre des liens vers les sites les hébergeant. Vous avez ainsi accès à des centaines de nouvelles ou de chapitres de romans par les plus grands auteurs.

Steampunk Short Stories: Cette page recense plus de 200 nouvelles provenant de divers sites Web. Bien que le steampunk figure dans le nom du site, ce n’est que l’un des genres abordés. Des auteurs tels que Brian Aldiss, Bruce Bethke, Terry Bisson, Jorge Luis Borges, Alexander Jablokov, Geoffrey A. Landis, Ian R. MacLeod, Kim Newman, Edgar Allan Poe, ainsi que bien d’autres, y sont représentés. Avec une interface facile d’accès et un index alphabétique, c’est l’un des sites les plus utiles de cette liste.

Infinity Plus: Ce site britannique héberge depuis 1997 des centaines de fictions, classiques ou inédites, par des luminaires du genre tels que Ian Watson, Jack Vance, Kim Stanley Robinson, Lucius Shepard, Ted Chiang, etc. Les textes sont souvent accompagnés d’une note de l’auteur, qui éclaire l’origine de l’histoire. On y trouve également des entrevues avec les auteurs, des critiques de livres. C’est un des sites les plus riches en matériel SF.

nooSFere: Ce site de référence pour la science-fiction française comprend une section consacrée aux fictions en ligne dans laquelle on retrouve des auteurs contemporains tels que Ayerdhal, Joëlle Wintrebert, Roland C. Wagner et Jean-Louis Trudel.

Quarante-Deux: Ce superbe site français consacré à la science-fiction comporte un volet intitulé «Les récits de l’espace», qui comprend des histoires en ligne de Philippe Curval, Greg Egan, et Michel Jeury (l’intégrale de son œuvre en nouvelles). On y trouve également des poésies et des pastiches.

SciFiction: Cet excellent site comprend plus d’une centaine de nouvelles classiques et inédites par des auteurs tels que Elizabeth Bear, Pat Cadigan, Robert Silverberg, Lucius Shepard, William Tenn, Fredric Brown, Chad Oliver, Kit Reed, Ellen Klages, Fritz Leiber, Alfred Bester, Terry Dowling, Kim Newman, etc. Une des meilleures archives de SF sur le Web! En six années d’existence, SciFiction a récolté une dizaine de récompenses et prix littéraires. Malheureusement, les propriétaires du site ont décidé de ne pas prolonger cette expérience d’édition en ligne. Cependant, les histoires sont toujours disponibles sur le site, pour une période indéterminée. Ne passez pas à côté du «Periodic Table of Science Fiction» de Michael Swanwick, un projet littéraire ludique assez réussi.

 

Les magazines en ligne

Les sites Web suivants offrent aux internautes l’équivalent d’un fanzine ou d’une revue de science-fiction, avec histoires, articles et critiques. Le format électronique varie entre pages Web et fichiers pdf.

365 Tomorrows: Collectif d’auteurs de science-fiction qui proposent chaque jour une fiction inédite de SF spéculative. Le projet va durer du mois d’août 2005 jusqu’à la fin de juillet 2006.

Anotherealm: Webzine mensuel contenant deux nouvelles histoires par mois. Le niveau des fictions est bon mais la facture du site laisse à désirer.

Illustration: AphelionAphelion Magazine: Webzine de science-fiction et de fantasy, établi depuis 1997. Déjà une centaine de numéros parus. Peu d’auteurs connus.

Fortean Bureau: Consacré à la fiction spéculative.

Infinite Matrix: Ce site, qui a fêté ses cinq ans d’existence, a fermé au début de 2006. On y trouvait de la science-fiction écrite par des auteurs importants du genre comme Cory Doctorow, Howard Waldrop, Robert Sheckley, Rudy Rucker, Bruce Sterling, etc. On pouvait également y lire des critiques et des essais. Le site devrait encore rester en ligne jusqu’à la fin de l’année.

Planet Magazine: Webzine de SF et de fantasy établi depuis 1994. De présentation soignée, le site, qui a survécu à différents formats, revêt maintenant l’apparence d’un blogue, ce qui permet de lire les premiers paragraphes d’une histoire avant de décider de lire la suite. Les fictions se révèlent souvent de grande qualité.

Strange Horizons: Ce webzine est un des plus professionnels du lot. Sa présentation est soignée, sa publication est hebdomadaire, son contenu est diversifié. On y trouve des auteurs en devenir comme Ruth Nestvold, Elizabeth Bear, Jenn Reese, Daniel Kaysen, Benjamin Rosenbaum, Tim Pratt, et même des écrivains plus chevronnés comme Lisa Goldstein et Ellen Kushner. On y trouve plus de 300 fictions en SF, fantasy et horreur. Pour découvrir les vedettes de demain.

Vestal Review: Trimestriel contenant des histoires très courtes.

 

Les auteurs

Des sites consacrés aux grands disparus offrent en ligne des richesses insoupçonnées. Par exemple, vous trouverez de grands classiques dans les sites sur Edgar Rice Burroughs (aussi sur literature.org), H. p. Lovecraft Archive et Clark Ashton Smith

D’autres auteurs plus contemporains mettent des textes à la disposition de leurs lecteurs: Terry Bisson, Greg Egan, Stephen Baxter, Charles Stross

Notons en particulier l’attitude de Cory Doctorow, un farouche partisan de la FreeCulture, un mouvement qui met de l’avant une approche moins restrictive des droits de reproduction (à distinguer des droits d’auteur). En effet, la plupart de ses œuvres sont disponibles en ligne et il publie même simultanément des versions de ses livres chez un éditeur commercial et gratuitement sur le Web. Il affirme que les ventes qu’il peut perdre sont largement compensées par l’accroissement de sa visibilité et les ventes ultérieures qu’il pourra tirer de ses œuvres grâce au lectorat élargi qu’il se bâtit ainsi1. Par exemple, même avec plus d’un demi-million de téléchargements de son premier roman, Down and Out in the Magic Kingdom, son ouvrage a tout de même connu cinq rééditions à ce jour.

Finalement, parmi quelques-uns de nos écrivains québécois qui proposent des textes en ligne, citons éric Gauthier et Claude Bolduc.

 

La SF russe

Russian science-fiction and fantasy : Ce portail, géré par des «fans» russes, contient une page de liens vers les auteurs russes contemporains traduits. Certains écrivains offrent leurs œuvres en traduction anglaise.

Russica Miscellanea: Ce site permet de consulter les traductions anglaises de plusieurs classiques de la science-fiction et de la littérature fantastique russe. On peut y lire les textes d’auteurs comme les frères Strougatsky (Monday Begins on Saturday, Destination: Amaltheia), Alexander Beliaev (Amphibian), Gennadi Gor (The Boy), Anatoly Dneprov (The Purple Mummy, The Maxwell Equation), Ivan Efremov (Andromeda), etc. Ces ouvrages ne sont pas dans le domaine public mais ils ont été rendus accessibles à cause des conditions uniques touchant les maisons d’édition appartenant à l’état de l’ancienne U.R.S.S.

 

Les romans

Baen Free Library: L’éditeur Baen propose gratuitement aux internautes près d’une centaine de titres en format électronique. Ainsi, on peut consulter les œuvres d’auteurs tels que Christopher Anvil, Lois McMaster Bujold, David Drake, Eric Flint, Michael Flynn, Mercedes Lackey, Keith Laumer, Murray Leinster, Larry Niven, Andre Norton, Fred Saberhagen, David Weber et bien d’autres. C’est une excellente initiative qui nous permet de découvrir ces auteurs et qui, peut-être, nous incitera à acheter leurs livres par la suite. Les textes sont disponibles en plusieurs formats: html, rtf, Microsoft Reader, Palm Reader, et Rocket Ebook.

Durendal: Ce serveur héberge des dizaines de titres d’auteurs connus, dont les œuvres sont maintenant dans le domaine public. On peut ainsi y lire des ouvrages de Ray Cummings, John W. Campbell, H. Beam Piper, Murray Leinster, Lester del Rey, etc.

 

Les scénarios de films

Sci-Fi Movie Page: Ce site contient les scénarios d’un grand nombre de films de science-fiction comme Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Barbarella, Brazil, Blade Runner, Gattaca, etc.

 

Les livres audio

Escape Pod: Site de baladodiffusion (ou podcast en anglais) proposant toutes les semaines des histoires sous format audio (mp3), provenant d’écrivains connus comme Cory Doctorow et Paul Di Filippo, ainsi que par des auteurs montants tels que John Scalzi, Benjamin Rosenbaum et bien d’autres.

Zombie AstronautsZombie Astronaut: Ce site consacré aux belles années de la radio se spécialise dans les fictions radiophoniques des années 40, 50 et 60 en fantastique et en science-fiction. On peut ainsi écouter, en fichiers mp3, des adaptations radiophoniques d’histoires classiques de Lewis Padgett («The Proud Robot»), de Ray Bradbury («I Sing The Body Electric»), de Georges Orwell (1984), etc. On y trouve même des pièces plus contemporaines comme «Repent Harlequin! Said The Tick Tock Man» de Harlan Ellison, interprétée par Robin Williams. La sélection change tous les mois.

 

Encadré 1: Les livres électroniques

Les livres électroniques (aussi appelés livrels, ou ebooks en anglais), comme le Rocket eBook, le Softbook Reader et le Cybook européen, ont connu un engouement passager lors de leur sortie commerciale à la fin des années 1990 mais n’ont jamais vraiment été adoptés par les consommateurs. énergivores et coûteux, ils ont rapidement été supplantés comme appareils de lecture par les assistants numériques personnels, ces petits ordinateurs versatiles de type Palm Pilot5.

Cependant, les écrans minuscules de ces ordinateurs de poche sont trop inconfortables pour une lecture prolongée. Un ordinateur portable de type ardoise (dont l’écran tactile se détache du clavier, par exemple) constitue un meilleur choix. Il peut aussi accueillir plusieurs logiciels pour lire et afficher divers formats de fichiers: txt (ASCII ou texte non formaté), pdf (portable document format), rtf (rich text format), lit (Microsoft Reader), MobiPocket, etc.

La technologie liée aux appareils de lecture est bien loin d’être mûre et plusieurs innovations risquent encore de changer le design de ceux-ci. Toutefois, on peut d’ores et déjà affirmer que les livres électroniques de demain seront plus proches du papier que de l’appareil électronique. En effet, les recherches sur l’encre électronique (une technologie d’affichage numérique peu gourmande en énergie) et les écrans souples donneront des produits finaux dont on commence à voir quelques prototypes émerger. Nous aurons ainsi à notre disposition un support léger, maniable, enroulable, à la manière des parchemins d’autrefois, un peu comme les chemises plastifiées dans lesquelles nous glissons une feuille, mais au contenu effaçable et réinscriptible à loisir par téléchargement sans fil.

Le premier véritable appareil de lecture utilisant l’encre électronique est le Sony Reader, qui devrait être mis en vente cette année en Amérique du Nord6. Il utilise 480 000 microcapsules (billes noires et blanches) réfléchissant la lumière ambiante, au contraire d’un écran rétro-éclairé, et dispose, en conséquence, d’une plus grande autonomie de lecture, soit environ 7500 pages. Avec un format de livre de poche et une gaine de cuir, le Sony Reader risque de devenir le iPod de la littérature électronique. Toutefois, si Sony ne s’en tient qu’à ses formats de fichiers propriétaires et à ses désastreux principes de gestion des droits numériques, il est probable que son livre électronique connaîtra le même sort que ses prédécesseurs.

Afin de démontrer la viabilité du concept, une filiale de la compagnie Philips a présenté à la fin de 2005 un prototype d’un appareil de lecture avec écran enroulable, le Readius «mobile e-reader», à peu près identique aux communicateurs de la série télévisée Invasion planète Terre (Earth: Final Conflict). Le Readius n’est pas destiné à la commercialisation mais des appareils semblables, basés sur cette technologie, apparaîtront d’ici quelques années sur le marché.

Notons que la SF a anticipé ces technologies depuis longtemps avec les grands posters enroulables de Un monde hors du temps (Larry Niven, A World Out of Time, 1976), les écrans en polycarbone d’Idoru (William Gibson, 1986), et au cinéma, avec les écrans transparents de la Planète rouge (Red Planet, 2000) et les journaux virtuels du Rapport minoritaire (Minority Report, 2002).

Sites Web

  • E-ink: site de la firme qui se spécialise dans la commercialisation des produits tirés de l’encre électronique.
  • Ebook: bon article sur le phénomène du livre électronique.
  • Nouvolivractu: blogue de veille sur l’e-ink, l’ebook, les nouveaux appareils et systèmes de lecture.

 

Les librairies en ligne

FictionWise: Cette librairie en ligne possède une large sélection de romans et de nouvelles de SF à prix réduit (3500 œuvres au catalogue): par exemple, la nouvelle de Silverberg «The World Outside» se détaille à 1,69 $US, le téléchargement du roman de Douglas Adams, The Hitchhiker’s Guide to the Galaxy, coûte moins de 8 $US. Notons que le site comprend une section gratuite où l’on peut télécharger gratuitement des nouvelles, qui font l’objet d’une nomination ou d’un prix. Un autre site commercial offre également une large sélection d’ouvrages électroniques.

 

En guise de conclusion, ou desiderata

La grande majorité des sites suggérés plus haut sont en anglais. Cet état de choses reflète évidemment la prépondérance du corpus de langue anglaise dans le genre qui nous intéresse autant que l’omniprésence de la langue de Shakespeare sur Internet.

Mais elle dénote également de la vitalité du domaine public aux états-Unis, qui, associé depuis longtemps à la contre-culture, refuse de laisser la logique capitaliste envahir tous les domaines de la pensée et de la création. Aux manœuvres de l’industrie du divertissement qui met de l’avant des mécanismes de gestion des droits numériques (plutôt un système de restriction de droits numériques)2, des organismes tels que l’Electronic Frontier Foundation, le Creative Commons, opposent des systèmes de gestion du droit d’auteur beaucoup moins restrictifs, comme le copyleft, ou des nouvelles manières d’appréhender la propriété intellectuelle. Voir à ce sujet l’encadré ci-dessous.

Encadré 2: Droits d’auteur et domaine public

Au Canada, le droit d’auteur s’étend 50 ans après la mort de l’auteur. Après cette période, l’œuvre est réputée appartenir au domaine public et peut faire l’objet de reproduction gratuite, par exemple sous format électronique. La grande majorité de la législation entourant les droits d’auteur dans le monde est déterminée par la date de décès de l’auteur ou la date de parution de l’œuvre originale.

Aux états-Unis, les pressions exercées par l’entreprise privée, et notamment par la Walt Disney Company, qui cherche à tout prix à protéger ses marques de commerce en matière de dessins animés, ont entraîné la prolongation de la durée de la protection de vingt années supplémentaires. Ainsi, la loi sur le Copyright Term Extension Act (aussi appelé le Mickey Mouse Protection Act) de 1998 a étendu la durée de la protection du droit de reproduction jusqu’à 70 ans après le décès de l’auteur – et de 95 ans pour les entreprises! En fait, l’industrie du divertissement cherche à repousser toujours plus loin la durée du droit de reproduction des œuvres, rendant illusoire et caduque la notion même de domaine public.

D’hier à aujourd’hui

Le Congrès américain décréta la première loi sur le copyright en 1790. Le terme initial était d’une durée de 14 ans, renouvelable pour une période additionnelle identique si l’auteur était toujours en vie à la fin du terme. Si celui-ci ne le renouvelait pas, pour quelque raison que ce soit, son œuvre passait dans le domaine public. Le renouvellement volontaire du droit d’auteur était alors une partie cruciale du système américain. Il assurait que des protections maximales étaient accordées uniquement aux auteurs qui en faisaient la demande.

Jusqu’au début du XXe siècle, seule une petite minorité d’auteurs renouvelaient leurs droits d’auteur après la période initiale de 14 ans; les autres permettaient à leurs œuvres de passer dans le domaine public. Entre la naissance du copyright et aujourd’hui, le Congrès américain a prolongé les termes de protection près d’une quinzaine de fois. C’est seulement en 1976 que les états-Unis abandonnèrent le concept de renouvellement du droit d’auteur. En deux siècles, la durée de vie des droits d’auteur est donc passée de 14 à 95 ans.

La Convention de Berne, signée en 1886, suggère que le droit d’auteur soit valable durant la vie de l’auteur plus 50 ans. Mais la convention mentionne également que les signataires peuvent fournir une protection plus longue. L’Union européenne a donc prolongé le droit d’auteur à la vie de l’auteur plus 70 ans. Le Canada, quant à lui, subit des pressions importantes de ses partenaires commerciaux américains et européens afin de faire concorder leurs politiques culturelles respectives, notamment en matière de propriété intellectuelle. Récemment, une députée canadienne s’est vue critiquée pour avoir tenté de changer la loi canadienne sur le copyright après avoir reçu des sommes provenant des groupes de pression de l’industrie du spectacle dans le cadre d’une campagne de financement3.

Comme dans d’autres domaines, la science-fiction avait prévu les problèmes liés au droit d’auteur. En effet, dans «Les éléphants sont mélancoliques» (1984) de Spider Robinson4, on assiste à la rencontre entre un influent sénateur américain et la veuve d’un artiste tentant de le dissuader de passer un projet de loi en faveur de l’extension de la durée du copyright. L’auteur nous fait comprendre que prolonger le droit d’auteur au-delà d’une vie humaine paralysera la créativité dans

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