Sondage Solaris 2001: résultats

Le dernier sondage de Solaris date de 1993. On en trouve l’analyse dans Solaris 107 sous la plume de Guy Sirois, qui concluait son propos avec un avertissement : «Ne laissez pas n’importe qui s’amuser avec les résultats d’un sondage sérieux. L’envie pourrait lui prendre d’en organiser un autre dans cinq ans. Ou plus tard, de préférence.»

En réalité, il a fallu presque une décennie pour que nous récidivions en présentant un questionnaire sur le site web de la revue, du 1er octobre 2001 au 31 janvier 2002. Solaris a beaucoup changé depuis ce temps, ne serait-ce que par son format. La revue est publiée dans un monde qui a également beaucoup changé, où l’Internet fait partie de la vie de tous les jours. C’est en partie pour cette raison que l’édition 2001-2002 de notre sondage s’est faite exclusivement par voie électronique. Nous avons estimé que la très grande majorité de nos abonnés possédaient un accès Internet – à la maison, au travail, à l’école ou à la bibliothèque. Il s’agit d’un sondage anonyme : nous nous sommes limités à une vérification au niveau de l’adresse IP pour nous prévenir contre les réponses multiples. L’administrateur du sondage a éliminé les noms et adresses de courriel des répondants ayant tenu à les inclure dans leurs réponses avant de remettre les résultats au reste de l’équipe.

Nous avons reçu 66 réponses, presque deux fois plus que les 37 réponses de 1993. Toutes proportions de tirage gardées, la taille de l’échantillon se compare avec les données qui nous proviennent d’autres sources (par exemple, le sondage annuel de Locus, le magazine états-unien spécialisé dans les mêmes genres que Solaris). De la part d’un lectorat francophone généralement réfractaire aux sondages, c’est un bon taux de réponse.

 

Démographie

TABLEAU 1: Âge
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La courbe d’âge est d’une forme dite «de cloche» conforme aux données démographiques générales. La répartition démographique des répondants se compare donc assez bien à celle des congrès, des salons du livre et autres manifestations associées au domaine du livre, à l’exception de la dernière tranche d’âge. Mais cette absence suspecte de répondants de 60 ans et plus n’est peut-être qu’une distorsion momentanée causée par la relative nouveauté du médium employé, c’est-à-dire l’Internet.

Notre lectorat est bien distribué sur la courbe des âges, si on le compare toujours à Locus, dont le lectorat, surtout composé de baby-boomers, vieillit à chaque année. Après 27 ans d’existence, Solaris assure donc une relève chez ses lecteurs.

Par ailleurs, les deux tiers des répondants (67 %) étaient de sexe masculin. L’écart entre les lectorats masculin et féminin s’est considérablement rétréci depuis 1980 et 1985, alors que 89 % et 79 % des répondants étaient de sexe masculin. (Le sondage de 1993 n’a malheureusement pas demandé cette information.)

TABLEAU 2 : Quel est votre plus haut niveau d’éducation ?
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Le lectorat de Solaris est très instruit, surtout si on considère que, des sept répondants ayant indiqué posséder un niveau d’éducation secondaire, trois avaient moins de 18 ans, ce qui nous porte à croire qu’ils sont toujours aux études.

TABLEAU 3 : Occupation

étudiant : 21 % Administration : 13 % éducation/Enseignement : 11 % Profession libérale : 9 % Informatique/Nouvelles technologies : 9 % Secteur services : 6 % Artiste : 6 % édition/rédaction/journalisme : 3 % Science/Recherche : 3 % Secteur affaires : 3 % Secteur technique : 3 % Autres : 13 %

Nos répondants ont des emplois diversifiés. La présence de nombreux étudiants est compréhensible lorsqu’on se rappelle la forme de notre courbe démographique. Cette diversité se reflète jusqu’à notre catégorie «autre», dans laquelle nous retrouvons un chômeur, un bibliothécaire, un ouvrier sylvicole, un documentaliste…

 

Vous et Solaris

TABLEAU 4 : Comment connaissez-vous Solaris ?

  • Abonné : 47 %
  • Achat en Kiosques : 3 %
  • Achat en Librairie : 13 %
  • Emprunté d’un ami : 6 %
  • Bibliothèque Publique : 8 %
  • Bibliothèque Scolaire : 3 %
  • Matériel en-ligne : 9 %
  • Autres : 13 %

Près de la moitié des répondants sont abonnés à la revue, 16 % l’achètent en kiosques ou en librairie et 17 % l’empruntent d’un ami ou à la bibliothèque. Ces chiffres, certes fragmentaires, donnent cependant une bonne idée de la véritable diffusion de la revue au-delà du traditionnel abonnement. Constatation intéressante : 9 % des répondants connaissaient Solaris uniquement par son volet Internet – parmi ces répondants se trouvent quatre étudiants de moins de 18 ans lisant la revue depuis moins d’un an. Dans la catégorie «Autre» se retrouvent surtout des lecteurs occasionnels. Un répondant explique : «Je l’achète [Solaris] quand je le trouve.»

TABLEAU 5 : Depuis quand lisez-vous Solaris ?
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L’équipe de Solaris a été heureuse de constater une autre indication de l’évolution constante de son lectorat : plus du quart des répondants ont commencé à lire la revue en 2001, signe que les efforts de promotion des dernières années ont porté fruit ! Il est aussi utile de souligner que plus des deux tiers des répondants à ce sondage ont commencé à lire la revue… après la tenue du dernier sondage de 1993 !

 

Que pensez-vous de notre revue ?

Nous avons demandé aux participants de coter une série d’éléments selon un choix positif, neutre ou négatif. Nous avons assigné une valeur de «100» à une réponse positive, «0» à une réponse neutre et «-100» à une réponse négative. Prenons, comme exemple, la catégorie «Fiction». Nous avons reçu 65 réponses dans cette section : 42 «Intérêt constant» (positif), 22 «Intérêt occasionnel» (neutre) et 1 «Aucun intérêt» (négatif), ce qui nous donne un total de 4200 – 100 divisé par le nombre de réponses, soit 63 comme «moyenne». Attention, cette moyenne ne doit pas être interprétée comme un pourcentage d’appréciation puisque, si des réponses positives de tous les répondants donnent bien le chiffre 100, des réponses négatives de tous les répondants donnent non pas 0, mais bien… -100 !

TABLEAU 6 : évaluation du contenu (général)
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Ce tableau montre, tout comme les sondages précédents l’avaient fait en leur temps, que nos lecteurs aiment toujours lire avant tout de la fiction («Les fictions constituent la raison d’être première de la revue», écrivait un répondant) et des critiques d’oeuvres québécoises, ce qui confirme le bien-fondé du virage pro-fiction proposé par le nouvel éditeur de la revue, mais aussi l’intérêt important des lecteurs pour les articles (avec une prépondérance d’intérêt pour les articles littéraires).

Quand nous avons classé les réponses selon les catégories démographiques, quelques clivages sont apparus :

TABLEAU 7A:
Lecteurs de 35 ans et plus
vs
lecteurs de moins de 35 ans

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Nos lecteurs plus jeunes (35 ans et moins) préfèrent plus les articles (à l’exception de la chronique de l’Anachorète dilettante), l’éditorial et l’humour que leurs collègues plus âgés ; par contre, ils sont moins intéressés par les fictions et les critiques que ces derniers.

TABLEAU 7B:
Lecteurs vs Lectrices
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Si on redistribue les réponses selon le sexe des répondants, on s’aperçoit que les femmes, comparées aux hommes, démontrent plus d’intérêt dans presque tous les domaines, sauf celui de la critique d’oeuvres anglophones.

TABLEAU 7C:
Lecteurs d’avant 1995 vs
Lecteurs depuis 1995
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Il existe également des différences d’opinions assez importantes entre nos plus anciens lecteurs (avant 1995) et nos lecteurs plus récents. Ces derniers préfèrent les articles média et les critiques cinéma alors que nos plus anciens lecteurs apprécient plus nos critiques d’oeuvres anglo-saxonnes et québécoises.

Il reste du travail à l’équipe de Solaris pour satisfaire tous les répondants dans certaines catégories. L’humour, comme nous l’avions prévu, s’attire les commentaires les plus tranchés : «Jamais rien compris aux gags…», dit l’un, «Les clins d’oeil humoristiques sont toujours bienvenus», dit un autre…

Les commentaires sur le contenu dans son ensemble sont, comme le démontrent les deux tableaux précédents, très positifs. Solaris est bien équilibrée dans son format actuel, comme le souligne ce témoignage représentatif : «La revue permet de lire (souvent) de bons textes, de bons articles théoriques sur le genre, de bonnes critiques.» Le seul regret, chez quelques répondants, même deux ans après le passage au nouveau format : «L’absence de BD, qui était une tradition dans Solaris

Enfin, l’importance relative de la science-fiction par rapport au fantastique a toujours été un sujet qui enflammait les passions chez nos lecteurs. Comparons ces deux commentaires typiques de bien des réponses : «J’aimerais lire plus de SF et moins de fantastique/horreur» et «La science-fiction prédomine largement… vous n’osez pas assez sur le plan du fantastique». Face à cette quadrature du cercle – à laquelle il faut ajouter la problématique de la fantasy, nous en concluons que la rédaction et le comité de direction littéraire font un bon travail d’équilibre sur ce plan.

TABLEAU 8 : évaluation de la présentation
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Nous avons aussi demandé à nos lecteurs ce qu’ils pensaient de la présentation de la revue. Après avoir éliminé les avis des six répondants, qui avouaient connaître Solaris uniquement par son volet en-ligne et son site Internet, l’appréciation est très positive : «J’aime bien la présentation de Solaris. Il s’en dégage une grande impression de professionnalisme.» Comme on pouvait s’y attendre, de nombreux commentaires portaient sur le changement de format. Ce commentaire – «Le passage au format digest est une réussite totale» – illustre la quasi unanimité qui s’est faite autour de ce point particulier.

Par contre, pour les illustrations, tous les répondants avaient «leur» point de vue, et nous pouvons dire que ces points de vue se répartissaient d’un extrême à l’autre, allant du «botchées et banales» jusqu’à «absolument fantastiques» ! Encore ici, un répondant a, selon nous, prosaïquement fait le tour de la question avec cette phrase : «Vous savez, les illustrations, on en aime certaines, mais pas d’autres.»

TABLEAU 9 : évaluation du site web
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Nous avons finalement demandé aux participants d’évaluer notre site web. Certains répondants ont souligné la nature un peu confuse des échelles d’évaluation («la fréquence des mises à jour mérite plus que « j’aime bien » et « j’aime moins »»). Si le site est, dans son ensemble, bien apprécié de nos visiteurs («Un supplément d’information très apprécié.»), certains répondants ont soulevé quelques objections en ce qui a trait à la fréquence des mises à jour. La maquette du site est aussi généralement bien évaluée («Site très propre.»), même si quelques avis divergent de cette tendance («La page d’accueil me semble bien banale, tout comme la maquette générale.»)

Certains répondants ont souligné l’utilité de sections précises du site («Bravo pour les instructions aux auteurs pour la soumission des textes.») et le choix du support informatique pour les suppléments en ligne de la revue («Le format Acrobat est excellent, car il est ouvert à tous.»)

Enfin, soulignons que certains voudraient encore plus de matériel sur le site, particulièrement des fictions ; nous étudierons avec soin toutes leurs suggestions.

 

Vous et la SF&F

Nous avons aussi voulu connaître les habitudes de lecture de nos répondants. Par exemple, nous avons demandé quels autres magazines lisaient-ils régulièrement. Parmi les titres qui revenaient le plus souvent, peu de surprises : on note Bifrost (10 répondants), Galaxies (7), Faeries (6), de même que XYZ, Ténèbres et Phénix (5 chacun). Suivent cependant pas moins de 140 autres magazines et revues, d’Elle Québec à Playboy en passant par Science & Vie et Physics Letters

TABLEAU 10 : Auteurs favoris

  • élisabeth Vonarburg : 11
  • Isaac Asimov : 9
  • J. R. R. Tolkien : 8
  • H. P. Lovecraft : 7
  • Esther Rochon : 6
  • Arthur C. Clarke : 4
  • Guy Gavriel Kay : 4
  • Philip K. Dick : 4
  • Stephen King : 4

Nous avons également demandé à nos répondants de nommer leurs trois auteurs favoris, tous genres et toutes langues confondues. On le comprendra, le résultat a surpris une certaine membre de notre comité de direction littéraire… tout en confirmant la cote de popularité de plusieurs maîtres du genre. En tout, plus de 120 auteurs différents (en tous genres) ont été mentionnés (la plupart des romanciers de la SFFQ ont été cités au moins une fois).

TABLEAU 11 : Genres lus depuis…
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Manifestement, les lectrices et lecteurs de Solaris ne sont pas des nouveaux venus aux genres littéraires. Plus des trois quarts en lisent depuis une décennie, et près du tiers depuis au moins un quart de siècle.

TABLEAU 12 : En quelle langue lisez-vous?
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On voit que, malgré tout l’intérêt et la proximité du marché anglophone, le lectorat de Solaris continue de lire majoritairement en langue française.

TABLEAU 13 : écrivez-vous ?
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Ce n’est certes pas une surprise pour une revue littéraire, mais presque les deux tiers de nos répondants écrivent, pour le plaisir ou professionnellement. «J’écris pour le plaisir mais je souhaite publier, à moyen terme, j’étudie en ce sens et bien sûr je pratique. Un de ces jours je vous ferai parvenir un petit quelque chose…»

Quand nous avons demandé à nos répondants quels genres ils lisaient, il nous est clairement apparu que la science-fiction continue de représenter l’intérêt commun de notre lectorat : 91 % des répondants lisent de la SF. La fantasy arrive en bonne deuxième place avec 59 %, suivie de très près par le fantastique et l’horreur avec 52 %. De plus, il est intéressant de noter que 35 % de nos répondants lisent régulièrement du polar et 32 % des thrillers. Par opposition, seulement 5 % de nos répondants ont indiqué qu’ils lisaient de la littérature romantique.

 

Vox Populi – Compliments, critiques et suggestions

Enfin, partie importante de ce sondage, nous avons offert un espace permettant aux répondants de nous dire tout ce qu’ils pensaient, en bien ou en mal, de Solaris. à la lecture de l’ensemble des commentaires, il n’y a plus de doute dans nos esprits : vous aimez toujours et encore Solaris, de nombreux commentaires étant rien moins qu’enthousiastes : «La revue est nécessaire, voire essentielle. On aimerait simplement que davantage de gens le sachent.» ; «Votre équipe produit un périodique unique en langue française, d’excellente qualité, indispensable. Merci beaucoup.»

Si les compliments font plaisir, les critiques constructives sont tout aussi importantes. Pour la rédaction, elles constituent un précieux outil afin d’ajuster notre travail et d’affiner la qualité de la revue. Nous espérions que vous seriez franc… et nous n’avons pas été déçus ! On nous a demandé d’être plus sévères dans nos critiques, de présenter des articles de plus haut niveau, de publier des fictions encore plus intéressantes. Ce que nous nous engageons à faire.

Par contre, il est difficile de répondre et de corriger le tir face à certaines observations. De fait, comment contenter à la fois les répondants qui nous trouvent trop centrés sur le Québec et ceux qui nous reprochent de publier des auteurs francophones européens ou des traductions du Canada anglais ? Mais dans l’ensemble, ne vous y trompez pas : toutes vos suggestions nous sont très précieuses.

Et puis, il y a ces souhaits de certains répondants qui, pour nous, sont des compliments implicites : «J’aimerais que Solaris paraisse plus souvent.» (Nous aussi !) ; d’autres nous ont encouragés à poursuivre le travail dans la direction que nous nous étions fixé à l’automne 2000 : «J’aimerais bien retrouver la formule texte théorique / texte création que vous aviez dans un numéro précédent. C’était un concept gagnant.»

 

Vox Populi — La SF, Fantastique et autres

Finalement, nous vous avons laissé la chance de vous vider le coeur sur l’état de la science-fiction et du fantastique, ici et ailleurs. Vos réponses ont été diverses et fort intéressantes. En voici un bref échantillonnage :

  • «Je trouve qu’il se fait de la BONNE science-fiction et de l’EXCELLENT fantastique au Québec. J’aimerais qu’il y ait PLUS d’auteurs et d’auteures, mais ça, ça se commande pas !»
  • «La SFFQ est souvent très bonne mais ne doit pas se reposer sur ses lauriers…»
  • «Pour l’instant, seuls les Britanniques (plus des Australiens et des Néo-zélandais) font vivre la SF. Mais on ne sent nulle part de renouveau réel. Ça doit être l’âge…»
  • «Ce qu’il manque peut-être un peu ici, c’est une fenêtre plus médias (télé, radio, théâtre, etc.) sur les genres qui m’intéressent.»
  • «Je préférais la SF de l’âge d’or et des années 70 à celle d’aujourd’hui mais je reconnais qu’il se publie actuellement d’excellentes choses.»
  • «J’aimerais que Solaris fasse un peu plus de place, au sein de ses pages, aux chercheurs universitaires. Je sais que le milieu de la recherche littéraire québécoise et celui de la création en SFFQ ne se rencontrent pas souvent. […] Je constate avec plaisir que, malgré tout, les deux milieux s’ignorent de moins en moins et que quelques tentatives de rapprochement ont été faites. […] Il reste tout de même du chemin à faire.»

 

En conclusion

Guy Sirois avait bien raison : jouer avec des chiffres peut être dangereusement enivrant. Pour l’équipe de Solaris, cependant, la véritable ivresse est de constater la bonne réception de son travail chez ses lectrices et ses lecteurs. Une revue s’ébauche dans un silence relatif ; vos courriels et vos commentaires continus sont précieux, mais trop rares. Vos suggestions ont été lues avec intérêt et ont déjà commencé à provoquer plusieurs réflexions.

Merci à toutes et tous, et au prochain sondage. Cette fois, cela ne devrait pas prendre une décennie.

Christian SAUVé, responsable du sondage
Joël CHAMPETIER, rédacteur en chef
Jean PETTIGREW, éditeur
pour Solaris


Mise à jour: Mai 2002 –

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